La Wallonie agite un nouveau plan de relance, le fédéral doit maîstriser son budget: tous doivent faire face à une inflation revue à la hausse

La Wallonie lance un énième plan de relance pour combler son retard économique et faire face à la crise énergétique. Un plan jugé « inédit » par Elio Di Rupo, le ministre-président wallon. 2,5 milliards d’euros supplémentaires qui viendront s’ajouter aux plans déjà consentis pour faire face à la crise sanitaire. Du côté du fédéral, c’est l’heure du contrôle budgétaire. Les calculs ne sont pas simples avec l’incertitude liée à la crise ukrainienne et l’inflation. Une inflation revue à la hausse par la Banque Nationale qui table sur un pic à 10% et une inflation moyenne sur l’année à 7,4%. Seule lumière au tableau : l’économie belge devrait rester en croissance en 2022.

Dans l’actu: Elio Di Rupo annonce un accord signé entre le gouvernement, les syndicats et les organisations patronales.

Le détail: le plan est qualifié « d’inédit » et « d’historique ».

  • Quiconque s’intéresse de près à la politique wallonne sait que les plans de relance s’enchainent comme des perles depuis plusieurs décennies. Mais il est vrai que les années 2020 n’auront pas été tendres avec le sud du pays: l’épidémie de Covid bien sûr, mais aussi les inondations, et depuis un certain temps l’inflation, poussée par les prix de l’énergie et le contexte en Ukraine.
  • Jusqu’à présent, la Wallonie est peu intervenue sur la facture énergétique, laissant la main au fédéral. Une récente aide directe aux ménages avancée par le ministre Philippe Henry (Ecolo) n’a d’ailleurs pas pu aboutir faute de budget et de ciblage.
  • La Wallonie voulait un plan plus structurel qu’une aide spontanée de 100 euros. Le tout frais ministre wallon du Budget, Adrien Dolimont (MR), estimait même dans La Libre la semaine dernière que, dans ce cadre, « tout est faisable. Ce sont des choix politiques ».
  • Eh bien ce choix a été fait à l’unisson apparemment. D’abord par la majorité PS-MR-Ecolo, et ensuite avec le blanc-seing des syndicats (FGTB, CSC) et des organisations patronales (Union wallonne des entreprises, Unions des classes moyennes), mais aussi d’Inter-environnement pour inscrire le côté « durable » des mesures.
  • 2,5 milliards d’euros répartis sur 4 axes – énergie, emploi, recherche et jeunesse – et 42 projets. Quelques chiffres plus précis ont été avancés : 1,7 milliard d’euros pour la rénovation énergétique des bâtiments, 500 millions pour la mobilité durable, 400 millions pour la formation et 120 millions pour l’économie circulaire.
  • Le détail des mesures porte le sceau – en tout cas sur papier – des écologistes. Mais on sait que le PS de Paul Magnette a récemment appuyé sur l’éco-socialisme comme nouvelle doctrine du parti. Ces mesures « durables » s’inscrivent donc aussi dans cette logique.
  • Et puis bon, tout le monde se rend compte subitement que pour renforcer notre indépendance énergétique face au contexte international, cela passe par des énergies renouvelables, mais aussi nécessairement par une meilleure efficacité énergétique.
  • Elio Di Rupo a clairement pour objectif de combler le retard vis-à-vis de la Flandre qu’il a cité comme exemple. Là-bas, argumente le ministre président, les partenaires sociaux et le gouvernement arrivent à travailler main dans la main pour atteindre un objectif commun: le renforcement de la Région.
  • Dans les intentions, c’est un discours qui a été entendu tellement de fois. Espérons que le contexte particulier qui s’abat sur la Wallonie permettra cette fois de réellement tirer la Région vers le haut.

Fédéral : la Vivaldi discute budget et veut arriver à un grand accord pour Pâques.

  • C’est l’heure du traditionnel contrôle budgétaire. Et l’exercice est compliqué face à l’incertitude des prix de l’énergie, de l’inflation de manière générale et de la croissance.
  • Commençons par une relative bonne nouvelle de la Banque Nationale belge: elle table toujours sur une croissance de 2,4% du PIB en 2022, même dans un contexte de prix du gaz (entre 115 et 120 euros) et du pétrole (entre 95 et 100 euros) élevés. C’est moins qu’espéré initialement suite à la relance post-covid qui aurait pu réduire fortement notre déficit. Au final, la BNB table sur un déficit de 4,4%, pas loin des estimations du Bureau fédéral du plan.
  • Au niveau de l’inflation, c’est une nouvelle douche froide. Sur DH Radio, Pierre Wunsch, le gouverneur de la BNB, n’exclut plus une inflation temporaire de 10%, et une inflation moyenne sur l’année de 7,4%.
  • Plus positivement, malgré l’incertitude de la guerre, le gouvernement, tout comme la BCE d’ailleurs, prévoit une baisse de cette inflation l’année prochaine et un retour à la normale (autour des 2%) pour 2024. La croissance devrait par contre faire le chemin inverse se dégradant à 1,5% en 2023 et 1,9 en 2024.
  • Sur la Première, l’économiste Geert Noels reconnait dans un premier temps « la résilience » de notre économie face aux chocs à répétition. Mais d’un autre côté, « avec l’arrivée de l’inflation, la confiance des ménages a pris un sacré coup, elle est même en dessous du niveau de la période covid. »
  • L’économiste ne voit pas l’inflation se calmer de sitôt. Tous les boucliers qui retenaient l’inflation sont en train de tomber: « On assiste à une phase de démondialisation. On remet en question cette globalisation. Le prix des matières premières s’envole (…). Le seul élément qui contient encore l’inflation est la technologie. Mais là aussi, l’Europe veut imposer davantage les géants technologiques. C’est justifié, mais il faut s’attendre là aussi à des pressions inflationnistes. »
  • Mais comment expliquer que l’inflation soit plus importante en Belgique qu’à l’étranger ? « Depuis 20 ans nous prenons des mesures qui font augmenter les prix de l’énergie de manière beaucoup plus importante que dans l’Europe ». L’économiste pointe du doigt « les taxes, les intercommunales, et le monopole de certains acteurs énergétiques. »

L’essentiel : c’est un affrontement de vision au sein de la Vivaldi.

  • Rappelons que le plan de relance fédéral axé sur la transition énergétique s’élève lui à 3 milliards d’euros. Mais selon le secrétaire d’État à la relance, Thomas Dermine (PS), cette enveloppe ne sera pas suffisante. Il plaide depuis de longs mois pour délier les cordons de l’État et donc de l’endettement pour faire face aux crises à répétition. De l’endettement vu comme un investissement.
  • Thomas Dermine veut combattre « l’austérité aveugle », un message à l’adresse de la secrétaire d’État au Budget, Eva De Bleeker (Open VLD), dans La Libre : « On se trouve dans un contexte qui n’a rien à voir avec l’emballement de la dette qu’on a connu dans les années 80 et 90. Aujourd’hui, malgré le choc que l’on vit, il y a toujours de la croissance économique, et les taux d’intérêt restent faibles. Et la charge de la dette n’augmente pas. Notre trajectoire de dette est tout à fait contrôlée. »
  • Ce n’est évidemment pas la vision de la libérale qui la semaine dernière épinglait « les rêves de quelques-uns, selon qui nous pourrions faire à peu près n’importe quoi et investir sans compter, en profitant des taux d’intérêt actuels. Mais ces taux vont repartir à la hausse, il serait irresponsable de ne pas en tenir compte ».
  • Bref, deux visions s’affrontent au sein même de la Vivaldi. Une dualité qui se retrouve aussi au niveau européen. La Belgique a toujours eu du mal à choisir son camp, même si le Premier ministre libéral, Alexander De Croo (Open VLD) a récemment rejoint les pays dits du « Club Med » dans leur demande de contrôler les prix du marché de l’énergie au niveau européen.
  • On se rend d’ailleurs compte que tout l’exercice budgétaire ne dépend pas que de la seule Belgique: quid si la hausse des prix de l’énergie dure dans le temps ? Quid de l’arrivée de millions de réfugiés au sein de l’UE ?
  • La secrétaire d’État libérale compte sur les réformes structurelles, notamment sur la réforme du marché du travail, qui doit agrandir la population active et réduire le nombre de chômeurs, pour financer les plans de relance, mais aussi les éventuelles aides aux ménages.
  • Au niveau de ces aides, le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) a déjà indiqué qu’une réévaluation sera faite en septembre. Pour le secrétaire d’État Thomas Dermine, c’est déjà tout décidé: « Des mesures énergie, il y en aura tant que la crise durera ».
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