La ‘prime de protection’ pour les soignants promise en mars retardée à cause d’un arrêté royal mal ficelé

Isopix/Montage

Le ministre de la Santé publique l’a nonchalamment confirmé. Faute d’arrêté royal valable à temps, les paiements n’auront pas lieu comme promis. C’est la preuve du manque de respect envers les travailleurs des soins et cela affaiblit davantage la confiance dans le gouvernement, a déploré l’opposition parlementaire.

Gants, masques, blouses, gel et spray désinfectants, ce matériel de protection contre le Covid, l’Inami a promis d’en alléger le coût pour tous les soignants. Une intervention de soutien financier pouvant s’élever à 500 euros par mois selon les spécificités de la profession et le nombre de contacts avec des patients.

Segmentée par périodes, de nouveaux versements couvrant les mois de septembre à novembre 2020 étaient prévus pour le 31 mars prochain. Mais cette date ne sera pas respectée. Les prestataires de soins en ont été informés, sans explications détaillées.

La députée fédérale Catherine Fonck (cdh) a dès lors interpelé le ministre de la Santé publique ce jeudi en séance plénière de la Chambre pour obtenir des justifications relatives à cet incompréhensible retard.

Avis négatif

Le ministre socialiste flamand Frank Vandenbroucke a reconnu ‘un retard bien réel’. L’objectif initialement fixé était bien de s’acquitter des paiements pour la fin de ce mois-ci mais, en l’absence d’un arrêté royal pris à temps, le planning a dû être modifié. Et pour cause, ledit arrêté prévu à cet effet n’était pas valable.

‘La raison du retard est un avis négatif de l’Inspection des Finances à propos de l’arrêté royal’, a lapidairement indiqué Frank Vandenbroucke (Vooruit), dont les services ont entretemps analysé ‘en profondeur’ cet avis et fourni ‘les arguments nécessaires’.

Ce ‘dossier argumenté’ n’a ensuite été transmis à la secrétaire d’État au Budget que la semaine dernière. Mais ‘l’urgence sera invoquée pour cette mesure’, a senti bon de préciser le ministre fédéral de la Santé, de sorte d’esquiver la procédure habituelle et l’attente d’un autre avis, celui du Conseil d’État. Et ce, afin que l’arrêté royal puisse être publié ‘à très court terme’.

Résultat, le ministre Vandenbroucke pense que les paiements pourront ‘normalement’ être exécutés en avril. À décharge, a-t-il fait valoir, le but était de ne pas financer sans base réglementaire et ainsi ‘éviter des ennuis aux prestataires de soins eux-mêmes.’

‘Problème de crédibilité’

Des explications qui ont laissé perplexe la parlementaire de l’opposition.
‘Il y avait déjà eu un arrêté royal pour la période précédente qui portait exactement sur le même sujet, avec exactement la même intervention sur le coût par rapport aux équipements de protection individuelle’, a souligné Catherine Fonck.

En plus de cette incohérence, la députée centriste a regretté la lenteur et le message indirect envoyé.

‘Cela portait sur la période de septembre à novembre. On est quatre mois plus tard. Il vous a fallu quatre mois pour prendre un arrêté royal, pour passer à l’Inspection des Finances, pour découvrir que l’Inspection des Finances n’était pas d’accord et pour corriger éventuellement et/ou valider sur le plan juridique cet arrêté royal’, a-t-elle insisté.

Pour la députée cdH, cette histoire pose un ‘véritable problème quant à la crédibilité politique’ et au respect des promesses de ce gouvernement vis-à-vis des soignants. ‘Eux qui courent un risque sept fois plus important que la population générale d’être touché par le virus.’

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