La période d’inflation va-t-elle durer longtemps ? La réponse se trouve dans notre passé

Que ce soit aux États-Unis ou en Europe, nous vivons dans une période inflationniste que nous n’avons plus connue depuis les années 70 et 80. Le mot « transitoire » a disparu de la bouche des banquiers centraux. Est-ce à dire que l’inflation va durer 20 ans et provoquer des récessions comme à l’époque ?

La stagflation ou la récession. Les économistes hésitent encore sur ce que l’avenir nous réserve, alors que l’inflation a atteint les 8,5% au mois d’avril aux États-Unis et les 7,5% dans la zone euro.

« C’est notre travail de nous assurer que l’inflation de cette nature élevée et désagréable ne s’installe pas dans l’économie », a déclaré Jerome Powell, président de la Fed, mercredi dernier, juste après avoir annoncé une hausse d’un demi-point des taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation. Tout en reconnaissant qu’il était très compliqué de faire des prévisions « 60, 90 jours à l’avance ». « Il y a juste tellement de choses qui peuvent se produire dans l’économie et dans le monde ».

Années 70 et 80

Beaucoup a déjà été écrit sur cette inflation galopante. Son ampleur n’a plus été vue depuis la fin des années 70 et début 80. Dans les années 70, retrace CNN Business, les États-Unis ont connu leur plus longue période de forte inflation. À cette époque, le président Nixon a décidé de retirer le dollar de l’étalon-or. Cela, ajouté à deux flambées des prix du pétrole, a fait grimper le taux d’inflation à 12,3 % à la fin de l’année 1974. La Fed a alors réagi en faisant grimper les taux d’intérêt directeurs jusqu’à 16%, en les baissant par la suite rapidement. Trop rapidement, en fait, si bien que l’inflation n’a pu être jugulée, et la croissance n’a pu repartir à la hausse.

À la fin des années 70, le président de la Fed de l’époque, Paul Volcker, a mis fin à cette politique et a maintenu les taux à un niveau élevé jusqu’à ce que l’inflation diminue. Cela a plongé une nouvelle fois les États-Unis dans une récession, mais l’inflation a fini par se calmer, de façon permanente cette fois, pour les 40 années suivantes (mis à part quelques épisodes temporaires).

« J’ai une immense admiration pour [Volcker] », a déclaré Powell la semaine dernière, lorsqu’il a été interrogé sur ses changements de politique. « Il avait le courage de faire ce qu’il pensait être la bonne chose ».

Faudra-t-il donc attendre deux décennies et deux récessions pour retrouver des niveaux d’inflation normaux autour des 2% ? Probablement pas, car la situation actuelle n’est pas la même que dans les années 70 et 80. D’abord, le marché du travail se porte beaucoup mieux, c’est vrai en Europe, mais surtout aux États-Unis où le marché du travail est même en surchauffe. L’économie des deux régions est beaucoup plus forte qu’à l’époque. En fait, le seul point de comparaison est la flambée des prix du pétrole.

On sait aujourd’hui pourquoi l’inflation est élevée: les perturbations de la chaine d’approvisionnement, la croissance de la demande qui a suivi la pandémie, et dans un second temps, le conflit entre la Russie et l’Ukraine.

WWII

« La période inflationniste qui a suivi la Seconde Guerre mondiale est probablement une meilleure comparaison pour la situation économique actuelle que les années 1970 et suggère que l’inflation pourrait rapidement diminuer une fois que les chaînes d’approvisionnement seront pleinement opérationnelles et que la demande refoulée se stabilisera », a écrit le Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche.

Plutôt que de récession, il faudrait parler de stagflation. Sans doute pour les deux prochaines années à venir, estiment les analystes de la Bank of America. On se situe dans une période d’entre-deux: « Il y a des preuves provisoires d’un assouplissement des défis de la chaîne d’approvisionnement et nous nous attendons à un processus de ‘deux pas en avant, un pas en arrière’ au cours de l’année prochaine ». Mais cette lutte contre l’inflation ne durera pas une décennie, prédisent-ils. Les prix devraient commencer à baisser d’ici 2023.

Tant la Fed que la BCE marcheront toutefois sur des oeufs: leur objectif est de juguler l’inflation tout en évitant de créer une récession par une politique trop stricte. La durée de la guerre en Ukraine est bien sûr difficile à prévoir, mais on l’a vu, elle n’est pas le seul facteur en jeu et ne constitue pas l’origine de cette inflation.

L’Europe se situe néanmoins dans une situation un peu différente des États-Unis. Plus lente à la détente, la BCE reconnait aujourd’hui qu’elle s’est trompée dans ses estimations. Il est de plus en plus clair que la banque centrale augmentera ses taux d’intérêt cette année. Certains s’attendent au mois de juillet, d’autres au 4e trimestre. Il est évident que l’Europe sera touchée plus directement par la flambée des prix de l’énergie, alors qu’un embargo sur le pétrole russe n’est désormais plus qu’une question de temps.

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