La moitié des infrastructures arctiques menacées par le dégel du permafrost

Le dégel du permafrost pourrait endommager jusqu’à 50% des infrastructures arctiques d’ici le milieu du siècle. Cela risque de coûter des dizaines de milliards de dollars en entretien et en réparations. C’est ce que révèle un rapport dirigé par des scientifiques de l’université d’Helsinki, en Finlande.

Le pergélisol (ou permafrost) mondial – une terre qui reste gelée toute l’année – a enregistré un réchauffement constant – entre 0,3 et 1,0 degré Celsius par décennie – depuis les années 1980. Certaines zones du Haut-Arctique ont connu un réchauffement de plus de 3 degrés Celsius en quatre décennies.

Ce processus est suffisant pour dégeler une grande partie du sol normalement gelé. Dans le nord de la Russie, en Alaska et au Canada, les routes se sont déjà affaissées et les fondations des bâtiments se sont fissurées.

Villages et villes

« L’infrastructure de l’Arctique est confrontée à de graves problèmes », a souligné Dmitry Streletskiy, géographe à l’université George Washington. « Cependant, la dégradation est un processus relativement lent, ce qui laisse suffisamment de temps pour éviter une partie des dommages ».

Les scientifiques préviennent que cette tendance va se poursuivre avec l’aggravation du changement climatique. Sur la base d’images satellites, on estime qu’au moins 120.000 bâtiments, 40.000 kilomètres de routes et 9.500 kilomètres de pipelines dans la région pourraient être mis en danger par le dégel du permafrost.

Les menaces portent sur un certain nombre d’autoroutes canadiennes, le réseau de pipelines Trans-Alaska et les villes russes de Vorkuta, Yakutsk et Norilsk. Les zones menacées comprendraient un total d’environ cinq cents villes et villages.

« Malgré ces problèmes imminents, la construction se poursuit dans l’Arctique », souligne Annett Bartsch, chercheuse polaire au sein de la société de conseil autrichienne B.geos. « Les images satellites montrent que les infrastructures côtières de la région ont augmenté de 15% – soit 180 kilomètres carrés – depuis le début du siècle. »

Environ 70% de ces travaux sont à attribuer à l’extraction du pétrole et du gaz. C’est particulièrement vrai dans la péninsule russe de Yamal et à proximité du champ gazier de Yamburg.

Coût élevé

Les ingénieurs utilisent diverses stratégies coûteuses pour construire sur le permafrost. Des pipelines sont par exemple posées le long des routes pour évacuer la chaleur. Les fondations sont posées sous les bâtiments pour assurer la stabilité du sol.

« Les coûts d’entretien des principales infrastructures de la région pourraient augmenter de 15,5 milliards de dollars d’ici le milieu du siècle », indiquent les chercheurs. « Mais même dans ce cas, il faudrait encore tenir compte d’environ 21,6 milliards de dollars de dommages. »

De plus, selon les scientifiques, ces chiffres ne représentent que les estimations les plus prudentes des coûts probables.

« Pendant longtemps, le réchauffement du pergélisol a été principalement considéré sous l’angle de l’impact des volumes de dioxyde de carbone et de méthane qui seraient libérés au cours de ce processus et qui pourraient contribuer de manière significative au changement climatique », explique Vladimir Romanovsky, géophysicien à l’université d’Alaska.

« Toutefois, l’impact des températures plus élevées sur les infrastructures de la région se fait déjà sentir. Pour les personnes qui vivent et travaillent sur ce pergélisol, ces questions sont beaucoup plus pressantes. »

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