« La mer, notre porte de sortie du nucléaire » selon Jean-Luc Mélenchon : pourquoi ça n’est pas si simple

La campagne présidentielle française bat son plein parmi les candidats ouvertement déclarés, dans un contexte ou la sécurité de l’apport énergétique est devenu un enjeu capital dans l’Hexagone comme dans de nombreux pays. Si le candidat d’extrême-droite Eric Zemmour se fait plutôt discret sur les questions économiques en général, se déclarant rapidement pro-nucléaire entre deux prises de position sur l’immigration, son opposé politique total, Jean-Luc Mélenchon, en a fait lui un de ses chevaux de bataille. Le candidat traditionnel de la France Insoumise s’exprime régulièrement sur les enjeux énergétiques, et reste intransigeant sur la sortie du nucléaire.

Ce dimanche, en meeting à Nantes, le candidat d’extrême-gauche est revenu longuement sur l’enjeu énergétique en invoquant ce qui, pour lui, pourra remplacer le parc nucléaire français : « La mer Méditerranée, regardez-la : regardez sa puissance, sa force. Voila notre porte de sortie du nucléaire. Elle contient 66 fois l’énergie dont on a besoin à terre, et elle est là pour toujours. Avec le mouvement des marées, le mouvement des courants dans les profondeurs, la circulation de la Lune autour de notre planète. […] Avec ça, sur nos 1.000 km de côtes sur l’Hexagone, avec 50 éoliennes offshore, on a l’équivalent d’une centrale nucléaire. Il faut sortir du nucléaire, pas par idéologie mais parce que c’est dangereux. »

L’énergie houlomotrice, impressionnante…

Le tribun, devant un auditoire acquis à sa cause, a alors évoqué d’autres technologies qu’il estime capables de soutirer de la mer l’énergie qui nous est nécessaire: « Il y aura des éoliennes offshore, il y aura des machines houlomotrices. On sait les faire. » L’énergie houlomotrice désigne celle contenue dans le mouvement de la houle, soit les oscillations de la surface de l’eau. Cette énergie ne doit pas être confondue avec l’énergie marémotrice, laquelle utilise l’énergie des marées. Et il est vrai qu’elle semble très prometteuse : Le Conseil mondial de l’énergie a évalué à 10% le potentiel théorique de la demande annuelle mondiale d’électricité qui pourrait être couvert par l’énergie houlomotrice, et les initiatives visant à exploiter cet énorme potentiel se sont multipliées ces dernières années.

Mais là ou M. Mélenchon pêche sans doute par excès d’optimisme, c’est sur la maturité de cette technologie. Car exploiter l’énergie de l’océan n’a rien de bien aisé sur le terrain : le secteur houlomoteur doit encore résoudre des défis de taille, le premier n’étant rien de moins que la puissance de l’élément marin. Les tempêtes sont un véritable danger pour ce genre d’installation, comme le prototype houlomoteur CETO de La Réunion, qui a été emporté par un cyclone en 2014. Le site de référence Connaissance des Énergies liste aussi la difficulté du raccordement électrique en mer, de l’ancrage des installations, les contraintes d’entretiens, la mer étant par essence fort corrosive tout en encombrant toute machinerie mobile de particules organiques (coquillages, mollusques, algues,…) qui grippent les mécanismes.

…Mais pas prête d’être exploitée

« Les filières houlomotrices n’étant pas matures, leurs coûts de production de l’électricité restent difficiles à évaluer. Ils dépendent largement du coût de fabrication, d’installation, de maintenance des systèmes ainsi que de leur efficacité de génération, c’est-à-dire le ratio entre la puissance réellement délivrée en moyenne toutes conditions d’état de la mer confondues et la capacité théorique de production à pleine puissance » peut-on lire sur ce site de référence. Et cette fiche technique ne fait pas état d’avancée réelle dans le domaine depuis 2012.

De nombreux projets houlomoteurs ont été esquissés mais n’ont jamais été concrétisés. on peut quand même citer le système Pelamis, mis au point par la société écossaise Pelamis Wave Power (PWP), et dont une installation a bien vu le jour en 2004 au large du Portugal. Mais confrontée à des difficultés d’entretien, celle-ci a été démantelée en 2009. Un autre, la première au monde d’ailleurs, fonctionne bien au large de l’Écosse depuis 2000, mais ce prototype produit seulement 500 kW et reste vulnérable aux tempêtes.

D’autres projets ambitieux sont toutefois toujours à l’étude, entre autres en Australie, et pourraient changer la donne. Trois prototypes de bouées de onze mètres de diamètre ont été immergés et accrochés au sol marin en 2015, et elles produisaient chacune 240 KW. Mais pour l’instant, l’énergie houlomotrice reste très peu exploitée et la technologie nécessaire ne semble guère vraiment au point pour une exploitation à grande échelle.

Le vent, fiable mais insuffisant ?

Quant aux installations éoliennes en mer, il faut concéder au candidat de gauche qu’il s’agit là d’une technologie qu’on maitrise de mieux en mieux. En Grande-Bretagne, l’immense ferme à vent Hornsea 2 est entrée en fonction en décembre dernier, ajoutant ainsi 165 nouvelles éoliennes de 8,4 MW aux 174 du premier parc Hornsea 1, qui était déjà le plus grand au monde.

Une prouesse technique qui assure au Royaume-Uni 1.386 MW d’électricité supplémentaire. Les fermes à vent de Hornsea 1 et 2 devraient, à terme, fournir 4% de l’énergie nécessaire au royaume, soit de quoi alimenter 3 millions de foyers. Mais à titre de comparaison, les centrales nucléaires françaises actuellement en service fournissent chacune entre 900 et 1450 MW selon les modèles. De quoi encore une fois considérer M. Mélenchon comme très optimiste quand il estime que 50 grandes éoliennes en mer compenseraient la fermeture d’un réacteur.

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