La mémoire de la conquête spatiale n’est pas une priorité pour la NASA : rien n’est prévu pour conserver un souvenir de l’ISS

La Station spatiale internationale quittera le service en 2030 et l’agence spatiale américaine n’a rien prévu pour en conserver quelque souvenir. Une occasion manquée fort regrettable, alors que rendre la conquête spatiale plus tangible permettrait de maintenir l’intérêt que lui porte le grand public.

C’est désormais acté : la carrière de la Station spatiale internationale (ISS), qui devait initialement s’achever dès 2024, sera prolongée jusqu’en 2030. Ensuite, le vénérable laboratoire orbital de 400m³ lancé en 1998 terminera sa vie en se consumant dans l’atmosphère terrestre, avant que ses vestiges ne retombent sur notre planète, au fameux Point Nemo, à 2.700 km de tout rivage et à une profondeur de 4km dans l’océan Pacifique.

Pas de musée pour l’ISS

Rien ne sera donc conservé de cet avant-poste de l’humanité dans l’espace ; le programme récemment publié par la NASA pour planifier les dernières années et les derniers instants de l’ISS ne mentionne aucun souci de conservation, ou de rapatriement de l’une ou l’autre relique sur Terre. Et c’est là, pour beaucoup de passionnés de l’espace, une terrible occasion manquée de valoriser nos vieux vaisseaux, témoins des premiers pas de notre espèce dans l’espace.

Sollicitée par le grand public via collectSPACE.com, une plateforme dédiée à la commémoration de nos exploits en orbite, l’agence spatiale américaine ne s’est pas montrée très ouverte au souci de conserver des reliques. Dans un récent communiqué, la NASA a confirmé qu’elle n’y voyait pas une priorité: « Il n’a pas été question, dans le cadre du programme de la Station spatiale internationale, de ramener des objets uniquement pour les exposer. Aucune masse descendante n’a été mise de côté pour le moment sur les prochains vols de fret, car nous restons concentrés sur la maximisation de l’utilisation de la Station spatiale internationale. Toute décision concernant le retour d’artéfacts de la station spatiale sera prise à une date ultérieure, en fonction de l’espace de fret disponible, car nous donnerons la priorité au retour des objets scientifiques. »

Patrimoine spatial

Pourtant, l’enjeu muséal n’a rien de nouveau, et on peut estimer que de nombreux lieux culturels seraient partants pour exposer un fragment de l’ISS. En 2018 déjà, le Bureau de l’inspecteur général (OIG) de la NASA mettait l’agence en garde dans un audit : l’aspect patrimonial de l’exploration spatiale ne devait pas être négligé. L’OIG constatait déjà à l’époque que les représentants de la NASA étaient « incapables d’expliquer qui était responsable de la désignation d’un article comme bien patrimonial ou comment ou pourquoi un article a été désigné comme bien patrimonial. »

Il convient quand même de rappeler que rapatrier sur Terre quoi que ce soit qui se trouve dans l’espace reste une tâche complexe, chaque kilo et chaque volume étant compté lors des trajets dans un sens ou dans l’autre. On peut comprendre que l’aspect mémoriel ne soit pas prioritaire pour les planificateurs de l’agence. Mais perdre toute trace d’un vaisseau orbital qui nous aura servi pour plus de 30 ans au total et qui fait partie de notre imaginaire depuis une génération serait symboliquement désastreux. D’autant que bien peu de pièces de notre patrimoine spatial se trouvent sur Terre : les objets les plus touchants sont tous restés sur la Lune. C’est le cas de la seule œuvre d’art de notre satellite, la petite statue Fallen Astronaut créée par l’artiste belge Paul Van Hoeydonck, et qui commémore les explorateurs morts en mission. Celle-ci a été déposée en 1971 par la mission Apollo 15.

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