La guerre des talents dans le monde européen de la crypto fait rage: « Les sommes déboursées pour attirer des employés sont hallucinantes »

Bien que le marché des cryptomonnaies ait perdu beaucoup de valeur, les entreprises à croissance rapide qui se cachent derrière les technologies décentralisées sont plus avides que jamais de talents européens.

En un an, le monde des cryptomonnaies a beaucoup progressé et, surtout, s’est fait un nom. Ceux qui n’avaient jamais entendu parler du bitcoin ou du dogecoin avant la pandémie savent maintenant plus ou moins qu’il s’agit de pièces numériques et ont peut-être entendu parler du terme « blockchain ». Et bien que la capitalisation du marché des cryptos soit actuellement beaucoup plus faible qu’à l’époque grisante de 2021, l’innovation décentralisée de la blockchain et des crypto est là pour rester.

Les entreprises à l’origine de la révolution crypto semblent également s’imposer dans le secteur technologique. De grands acteurs tels que les bourses de FTX et Crypto.com ont réussi à apposer leur nom sur les plus grands stades des États-Unis et à amener les plus grandes stars du monde à promouvoir la crypto auprès de leurs fans. De grands mouvements de pouvoir sont également en cours en Europe. Binance, la plus grande bourse crypto au monde, a obtenu une licence en France, en Allemagne et en Italie en l’espace d’un mois.

Le titan de la crypto souhaite s’implanter à Paris et à Milan et va embaucher de nombreux employés. Mais recruter en crypto n’est pas facile. « Le secteur a connu une croissance trop rapide ces dernières années. Le nombre de personnes ayant une réelle expérience de la crypto est limité. Il faut donc faire preuve de créativité », explique Kaia Wang, responsable de la gestion de la LBank, à Business AM.

« Toutes les bourses cryptos recherchent agressivement du personnel »

LBank est une bourse crypto qui a été fondée en 2015 à Hong Kong, mais qui s’est transformée en un acteur mondial avec des bureaux en Chine et à Dubaï. Aujourd’hui, l’entreprise emploie près de 200 personnes et son marché numérique enregistre un volume d’échanges quotidien d’environ 1 milliard de dollars. Elle tente désormais de pénétrer le marché européen. Mais recruter en Europe est tout sauf simple. L’abondance des langues sur le continent est un obstacle, tout comme les différences entre les législations locales. Et LBank n’est certainement pas le seul acteur à tenter pêcher dans le vivier de talents européens. « Nous avons des problèmes pour embaucher des gens. Toutes les bourses cryptos recherchent agressivement du personnel. Le secteur de la crypto est encore extrêmement chaud », relève Wang.

Yan Ketelers, CMO de l’acteur belge de la blockchain Venly, confirme que la concurrence est rude sur le marché du travail. « Nous voyons de grandes entreprises de cryptomonnaies lever des sommes hallucinantes pour faire venir les meilleurs talents. Nous offrons des salaires tout aussi compétitifs, même si nous pensons que notre mission pour un meilleur engagement avec la blockchain est suffisamment convaincante pour attirer les employés qui nous correspondent », explique-t-il.

Venly a levé 21 millions d’euros lors d’un tour de table de série A à la fin du mois d’avril. Des sociétés de capital-risque prestigieuses comme CourtsideVC et Coinbase Ventures s’y sont ralliées, ainsi que des acteurs plus connus comme imec. « Une utilisation claire de cet investissement est le recrutement des meilleurs talents », souligne Ketelers.

L’entreprise belge a du pain sur la planche. Cette année, Venly souhaite embaucher au moins 70 personnes. Cela représente une croissance du personnel de 200%. L’équipe est actuellement composée de 36 membres. « Presque tout le monde travaille à distance, ce qui nous permet d’embaucher des profils très différents. Mais cela présente aussi des inconvénients. Nous voulons maintenir une bonne culture d’entreprise, c’est pourquoi nous allons également investir dans des événements de team-building et des rencontres », explique Ketelers. À long terme, Venly envisage même de créer des espaces de coworking dans les grandes places fortes européennes comme Berlin. « Cependant, ce n’est pas une priorité pour le moment », ajoute-t-il.

Entre autres choses, la LBank va également s’attacher à augmenter les salaires pour séduire les jeunes talents de la crypto. « Notre salaire est assurément compétitif pour la région, mais nous recherchons plutôt une bonne adéquation avec les candidats », indique Wang. Par conséquent, la bourse crypto recherche aussi activement des profils adéquats ayant un peu moins d’expérience en crypto. « Nous voulons évaluer s’ils s’intègrent à l’entreprise, puis les éduquer au monde de la crypto. C’est un processus qui demande beaucoup de temps, mais qui peut s’avérer très payant », explique Wang.

L’essor de la crypto academy

LBank est loin d’être le seul acteur de la cryptomonnaie à miser sur une approche plus éducative pour développer ses effectifs et rester compétitif. Les grandes bourses de cryptomonnaies ont depuis longtemps développé une stratégie pour attirer les talents et les préparer en interne au vrai travail: le déploiement de ce qu’on appelle les crypto academies.

Au sein de ces académies d’apprentissage en ligne (et souvent gratuites), comme la Binance Academy de la bourse crypto du même nom, les utilisateurs peuvent tout apprendre sur la crypto. Les employés prometteurs peuvent ensuite être recrutés via des événements et des forums.  » Nous proposons également des formations au numérique. Il est très facile de trouver des candidats adéquats grâce à ces outils », explique Wang.

Venly, lui aussi, mise sur des stratégies similaires. « Nous allons mettre quelques millions d’euros par an dans un accélérateur. Nous voulons que les gens proposent leurs propres idées dans lesquelles nous pouvons ensuite investir. Mais nous essaierons effectivement de recruter les meilleurs candidats », annonce Ketelers. Une académie propre serait encore mieux, car Venly pourrait alors former ses propres employés ou proposer des stages, explique le pionnier belge de la cryptomonnaie.

Cependant, pour l’instant, la plupart des grandes entreprises de cryptomonnaies semblent s’en tenir à la méthode la plus familière et la plus classique: envoyer ales recruteurs sur des canaux tels que LinkedIn et bombarder les discussions de groupe sur des apps comme Telegram et WhatsApp. Reste à savoir quelle méthode s’avérera la plus efficace au milieu d’un marché baissier.

(OD)

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