La France veut étendre le Nutri-score à tous les aliments: pourquoi les produits du terroir français accumulent les mauvaises notes

La France veut généraliser le nutri-score, un indicatif santé populaire dans un nombre croissant de pays. Mais les producteurs d’aliments traditionnels s’alarment des très mauvais scores de leurs fromages et de leurs charcuteries. Cette note cote l’apport nutritif pour la santé, et pas le goût ni même la qualité des ingrédients utilisés.

Depuis quelques années, les nutri-scores se sont répandus dans les rayons des grands magasins : une note qui va de A à E, associée à un code couleur du vert au rouge, et présente sur un nombre croissant d’aliments afin d‘informer les consommateurs de ce qui est peu ou prou bon pour leur santé. Un système qui a été proposé et mis en place en 2014 à l’initiative du gouvernement français afin de compléter les informations nutritionnelles déjà présentes sur l’emballage, mais peu compréhensibles pour les non-initiés. Depuis, le nutri-score a été adopté dans d’autres pays comme la Belgique, l’Espagne, l’Allemagne et les Pays-Bas, et son utilisation est recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. En France, le système doit devenir obligatoire à partir de 2022.

Le terroir, catégorie D

Or cette mesure alarme de nombreux producteurs de produits traditionnels de l’inimitable terroir français, en particulier les fabricants de fromages, mais aussi de charcuteries : dans de nombreux cas, des aliments industriels obtiennent de meilleurs scores que leurs meules ou leurs jambons concoctés de manière ancestrale et contrôlée dans une région bien précise. C’est le cas, par exemple et parmi tant d’autres, de l’emblématique fromage bleu de Roquefort, préparé à base de lait de brebis cru et venu de l’Aveyron. Celui-ci se retrouve affublé d’un terrible E, alors que des fromages industriels similaires peuvent espérer un meilleur score. Un non-sens selon Sébastien Vignette, secrétaire de la confédération du Roquefort: « C’est paradoxal. Les produits industriels ultra-transformés avec des conservateurs peuvent avoir A ou B, alors que nos produits locaux très naturels sont stigmatisés. C’est une vision punitive de certains aliments. Ce qui est regrettable car le Nutri-score ne prend pas en compte les atouts santé de nos produits avec l’apport de calcium, de protéines, de phosphore, de potassium. »

Qualité ne veut pas dire santé

Un paradoxe apparent qui touche 90% des fromages, affublés d’un D ou d’un E pour signifier leur faible qualité nutritive. De même que de nombreux jambons, pâtés, et autres charcutailles à base de porcs dont l’élevage est aussi contrôlé que la provenance, mais qui se retrouvent moins bien notés que des produits suremballés de l’industrie agro-alimentaire. Une injustice et un handicap commercial tant en France qu’à l’international, selon les producteurs. Mais pour Mathilde Touvier, directrice de recherche française en épidémiologie nutritionnelle à l’Inserm, c’est là plutôt une incompréhension de la nomenclature: « Le Nutri-score révèle l’impact direct sur la santé des produits trop gras, salés ou sucrés. On ne dit pas qu’il n’est pas bon, on met en garde qu’une consommation excessive ou trop fréquente de ce produit est dangereuse. »

Les producteurs n’en démordent pas et, sous prétexte que leurs produits sont issus du vieux fond culturel et culinaire français, ils estiment que les aliments qui bénéficient d’un label IGP (Indication Géographique Protégée)et AOP (Appellation d’Origine Protégée). Mais pour les nutritionnistes, c’est un non-sens: « C’est impossible », répète Mathilde Touvier. « Les études montrent de façon certaine qu’une trop grande consommation de ces produits, même s’ils sont traditionnels, peu transformés, du terroir… sont dangereux pour la santé s’ils ne sont pas consommés avec modération. » Ce n’est pas parce qu’une recette n’a pas changé depuis de temps immémoriaux qu’elle est forcément bonne pour la santé, et ce malgré son incontestable valeur gustative. Mais la santé et la gastronomie resteront sans doute les deux irréconciliables faces de l’alimentation.

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