Principaux renseignements
- La Corée du Sud a lancé son premier voyage d’essai de conteneurs via l’Arctique afin de contourner l’instabilité au Moyen-Orient.
- Les routes nordiques réduisent considérablement les temps de transit et les distances par rapport à la voie traditionnelle du canal de Suez.
- Les risques juridiques et les dommages écologiques alimentent une vive opposition à cette expansion commerciale.
En réponse à l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, la Corée du Sud lance son premier voyage d’essai avec un porte-conteneurs via le pôle Nord. Le navire, le « PanStar Acro », a quitté le nouveau port de Busan, en Corée du Sud, pour un voyage de 45 jours à destination de ports européens, notamment Gdańsk, Rotterdam et Felixstowe. Cette initiative vise à déterminer si la fonte des calottes polaires a fait de cette route nordique une option commerciale viable à long terme.
Alternatives aux routes traditionnelles
Cette initiative s’inscrit dans la lignée des récentes actions menées par la Chine, où le navire « Dubai Tower » a récemment entamé un voyage similaire au départ de Ningbo. En contournant la route traditionnelle passant par le canal de Suez, les navires peuvent réduire la distance parcourue d’environ 7 000 kilomètres et raccourcir la durée du voyage d’une dizaine de jours. Nam Jae-hon, vice-ministre sud-coréen des Océans, a déclaré qu’à mesure que la technologie s’améliore et que les tensions au Moyen-Orient s’intensifient, ces routes nordiques constitueront une alternative importante.
Pressions concurrentielles
Des observateurs scientifiques, tels que le professeur Marc Lanteigne de l’Université arctique de Norvège, soulignent que la Route maritime du Nord (NSR) est de plus en plus considérée comme un corridor secondaire incontournable. Il suggère que la Corée du Sud est motivée par la volonté de rester compétitive et d’éviter de se faire distancer par les entreprises chinoises. En effet, le pays est déjà en train d’étendre ses activités dans l’Arctique.
Obstacles juridiques et risques de sanctions
Ce projet ne fait toutefois pas l’unanimité. Certains experts mettent en garde contre le fait que l’utilisation de la NSR pourrait entraîner des violations des sanctions occidentales à l’encontre de la Russie. En effet, l’utilisation de cette route implique de payer pour bénéficier des services russes d’aide à la navigation et de prévisions météorologiques. Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères n’a pas pris position sur cette question. En revanche, le ministère des Océans a confirmé que les démarches administratives nécessaires et les consultations avec les autorités compétentes avaient été menées à bien. Le professeur Vladimir Tikhonov, de l’université d’Oslo, a souligné que, les sanctions des États-Unis et de l’UE s’écartant du droit international, la Corée du Sud pourrait, compte tenu des troubles actuels au Moyen-Orient, privilégier la viabilité économique plutôt que ces restrictions.
Impact écologique
Au-delà des aspects politiques, il existe également d’importantes préoccupations écologiques. Des organisations environnementales, dont le Paran Ocean Citizen Science Center, affirment que l’augmentation du trafic maritime dans la région pourrait accélérer la fonte de la banquise. Celle-ci progresse déjà quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. Elles soutiennent que la recherche de la viabilité commerciale de la Route maritime du Nord est fondamentalement contraire aux objectifs climatiques mondiaux. En conséquence, plusieurs grandes compagnies maritimes, telles que Hapag-Lloyd, MSC et CMA CGM, se sont engagées à éviter ces routes arctiques. (ev)
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