La Chine construit une base militaire secrète au Cambodge

La Chine continue d’étendre sa présence militaire hors de son territoire. En 2016, la marine chinoise a commencé à construire sa première base militaire à l’étranger, à Djibouti, en Afrique. On sait maintenant que le géant asiatique a également conclu un accord avec son voisin du sud, le Cambodge, pour y construire une autre base militaire, stratégiquement bien située.

Tous ceux qui ont navigué sur les mers du monde aux 17e, 18e et 19e siècles, en tant que marins dans l’armée, corsaires ou pirates, avaient une grande crainte : la Royal Navy britannique, la plus grande marine du monde. À l’époque des deux guerres mondiales, cependant, la puissance de la marine britannique a été éclipsée par l’autre superpuissance montante, les États-Unis. Après cela, l’US Navy a été la marine qui régnait sur les mers du monde. Mais cela a changé ces dernières années.

La plus grande marine de guerre est chinoise

La marine de guerre américaine n’est plus la plus grande: en Asie, la marine chinoise (PLAN: People’s Liberation Army Navy) travaille assidûment depuis des années à l’expansion et à la modernisation de sa flotte et au renforcement de sa position internationale. En termes de nombre de navires, la Chine est déjà en avance sur les Américains: la PLAN dispose de plus de 350 navires, l’US Navy doit s’en contenter de 296. En termes de tonnage, la Chine n’a pas encore rattrapé le pays de l’Oncle Sam, qui dispose de onze porte-avions de 100.000 tonnes chacun.

Cependant, la puissance d’une marine ne se résume pas au nombre de navires ou de porte-avions, même si cela peut être une bonne indication générale. Sa présence à travers le monde est également une donnée importante. Les États-Unis, qui disposent encore de bases militaires dans le monde entier, notamment grâce à l’OTAN, ont toujours une longueur d’avance sur la Chine. Pourtant, là aussi, cela semble changer.

Une base cambodgienne très bien placée

La Chine a inauguré sa première base militaire à l’étranger en 2017, lorsqu’elle a mis près de 600 millions de dollars sur la table pour exploiter une base navale sur la côte de Djibouti, près du détroit de Bab-el-Mandeb, d’importance stratégique. À présent, elle compte s’en offrir une deuxième, au Cambodge.

Des recherches menées par le Washington Post révèlent que la Chine construit secrètement une section de la base navale de Ream, dans le sud-ouest du pays. Les travaux commenceront la semaine prochaine, ont déclaré au journal américain certains responsables occidentaux.

Cette base est bien située sur le plan stratégique. À mille kilomètres au sud se trouve le détroit de Malacca, qui relie les océans Indien et Pacifique. Ce détroit est particulièrement important pour l’économie mondiale: près de 100.000 navires le traversent chaque année, ce qui en fait le détroit le plus fréquenté du monde. Ces navires transportent un quart de tous les biens commerciaux, dont un quart du pétrole.

La Chine, qui a tout intérêt à ce que ce détroit reste sûr et, en cas de guerre, tombe entre ses mains, est trop éloignée du détroit. Sa nouvelle base au Cambodge permettra à ses navires de guerre d’atteindre la région beaucoup plus rapidement.

Phase de dénégation

En 2019, le Post avait déjà fait état d’un accord secret entre les gouvernements chinois et cambodgien pour construire une base navale chinoise à l’étranger. C’est du moins ce que lui avaient déclaré certains responsables américains et européens. La Chine et le Cambodge avaient dit qu’il s’agissait d’une fake news. Un porte-parole du ministère chinois de la Défense avait assuré que son pays n’apporterait qu’une aide logistique et une formation militaire.

Entre-temps, Chinois et Cambodgiens ont admis qu’ils s’étaient bien mis d’accord sur une base militaire, mais ils s’en tiennent à la version selon laquelle il s’agira d’une base à petite échelle qui ne constituera pas une menace pour les autres pays. C’est ce qu’a déclaré le ministre cambodgien de la Défense, Tea Banh, après que le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a exprimé ses inquiétudes concernant la base, rapporte le journal britannique The Guardian.

Les États-Unis observent également avec suspicion le développement de la base de Ream. En 2020, certains des bâtiments de la base, payés avec de l’argent américain, ont été démolis après que le Cambodge a rejeté l’offre américaine de rénover les bâtiments à ses frais. C’était déjà une indication que le pays recevait de l’argent d’ailleurs. De la Chine. La base navale chinoise de Ream devrait être opérationnelle d’ici deux ans et comprendra un chantier naval, deux jetées d’amarrage et une cale sèche.

L’Occident craint que la Chine ne s’arrête pas à deux bases à l’étranger. L’année dernière, le pays a commencé à construire une installation militaire dans les Émirats arabes unis, mais après l’intervention de responsables américains, les travaux ont été arrêtés. En outre, la Chine souhaiterait aussi en construire une en Guinée équatoriale, au bord de l’océan Atlantique.

(OD)

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