Comment la Chine pourrait se rapprocher des côtes américaines en implantant une base navale en Afrique de l’Ouest

Ce n’est plus une nouveauté : la Chine a mis l’accent sur le développement de sa flotte océanique, et les pavillons rouges aux cinq étoiles se font voir de plus en plus loin des côtes de leur pays, dans les océans Pacifique et Indien principalement. Mais l’Empire du Milieu voit très probablement plus loin et, à Washington on s’inquiète pour sa propre « mare aux canards » personnelle : l’océan Atlantique.

La Chine est déjà fort présente en Afrique, où elle propose des contrats (parfois léonins) pour bâtir des infrastructures et extraire les ressources naturelles et, en quelques années, elle ne s’est plus seulement consacrée à charmer les États bordant l’océan Indien, mais aussi ceux d’Afrique occidentale. Et il semble de plus en plus crédible qu’elle cherche à implanter une base militaire sur les eaux de l’Atlantique, craignent les Américains.

Le dragon rouge dans le golfe de Guinée

Le 17 mars, lors d’une audition au Congrès, le général Stephen J. Townsend, le chef du commandement américain pour l’Afrique [AFRICOM], a confirmé que la Chine s’était fixée cet objectif, et qu’elle était en bonne voie d’y parvenir en Guinée équatoriale, après plusieurs tentatives en Namibie, annulée après avoir fuité dans les médias. « La chose qui m’inquiète le plus, c’est cette base militaire sur la côte Atlantique et c’est en Guinée équatoriale qu’ils ont l’effet de levier le plus puissant aujourd’hui », a confié le général, selon un compte-rendu publié par le Pentagone.

Les militaires chinois auraient jeté leur dévolu sur la ville de Bata, donnant sur le golfe de Guinée et idéalement située entre deux ports en eaux profondes, Kribi au Cameroun et Lekki au Nigeria, qui ont d’ailleurs été construits avec l’aide de l’Empire du Milieu, souligne le site spécialisé dans les questions de défense Opex360. Le golfe de Guinée constitue en effet une zone stratégique, où circulent de nombreux pétroliers ravitaillant l’Europe et l’Amérique du nord, et leur nombre risque bien d’augmenter depuis qu’on évoque une fermeture des sources russes d’énergie.

Pétroliers, chalutiers, et pirates

La zone est en outre en proie à une piraterie croissante, qui pourrait largement servir de prétexte aux chinois pour justifier l’implantation de leurs navires de guerre. Tout en faisant d’une pierre deux coups, car la surpêche dont sont victimes les eaux africaines est largement le fait de chalutiers chinois ; cela fait une autre ressource stratégique à sécuriser.

Mais la véritable préoccupation des militaires américains n’apparait claire que devant une mappemonde : alors que l’océan Pacifique représente à lui seul un tiers de la surface de la Terre et sépare l’est de la Chine et l’ouest des États-Unis par près de 12.000 km d’eau propice aux tempêtes (avec certes Hawaï au milieu), l’Atlantique fait figure de saut de puce à côté. Une base chinoise en Guinée équatoriale offrirait une distance navigable bien plus courte des côtes du Brésil, de l’Amérique centrale, ou même des États-Unis, tout en constituant une menace potentielle sur un autre flanc du pays. Et ce, sans que Washington ne puisse vraiment compter sur des bases avancées et des alliés puissants sur le chemin, comme la Corée du Sud, le Japon, ou encore Taïwan.

Réduire la distance avec le Nouveau Monde

« La première priorité est de dissuader ou d’empêcher une base chinoise sur la façade atlantique de l’Afrique », a fait valoir le général Townsend lors de son audition parlementaire. Et d’ajouter qu’il donnerait « plus de détails sur ces préoccupations de sécurité nationale à huis clos. » Vers une nouvelle zone de friction entre est et ouest en Afrique ? Vu les implantations militaires fantômes que la Russie semble mettre sur place plus au nord, c’est bien possible.

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