La Belgique fait encore moins bien que la France dans trop de domaines

La France semble aujourd’hui être le maillon faible de la zone euro, avec un déficit budgétaire trop élevé (5,4 pour cent du PIB cette année selon le FMI) et une dette publique importante et croissante (118 pour cent). Par ailleurs, l’économie française est confrontée à une faible croissance économique, à un taux d’emploi relativement bas, à un poids important de l’État et à un dynamisme entrepreneurial insuffisant. À cela s’ajoute le fait que la classe politique française ne semble plus capable de trouver des solutions. Selon les sondages actuels, l’élection présidentielle de l’année prochaine s’annonce comme un duel entre l’extrême droite et l’extrême gauche. Aucun des deux camps ne dispose d’un programme sérieux pour s’attaquer réellement aux nombreux défis économiques. Dans ce contexte, les taux d’intérêt des obligations françaises ont déjà nettement augmenté ces dernières semaines. Le taux français à 10 ans frôle désormais les 5 pour cent, son plus haut niveau depuis plus de 20 ans. Mais ce n’est sans doute qu’un avant-goût de ce qui nous attend si la crise politique venait à s’aggraver véritablement.

La Belgique ressemble à la France

À bien des égards, la Belgique ressemble malheureusement beaucoup à la France. Nous sommes confrontés à un déficit budgétaire similaire (5,3 pour cent) et à une dette publique trop élevée (110 pour cent). Nous sommes nous aussi enlisés dans un contexte de faible croissance économique. Pour les cinq prochaines années, le FMI prévoit une croissance moyenne de 1,3 pour cent par an (1,1 pour cent pour la France). Le taux d’emploi est chez nous inférieur à celui de la France (72,8 pour cent contre 75,4 pour cent), l’âge moyen effectif de départ à la retraite est également plus bas en Belgique (61,5 ans contre 62,2 ans) et la durée moyenne des carrières est plus courte (35,7 ans contre 37,5 ans). La part des « scale-ups » ou le recours au capital-risque est également plus faible en Belgique qu’en France. Dans un classement combiné établi à partir de dix classements internationaux portant sur la compétitivité, l’innovation, le développement général, la durabilité, les talents et l’efficacité des pouvoirs publics, la Belgique occupe la 19e place parmi les pays industrialisés. La France se classe 20e.

En matière de défi budgétaire également, la Belgique ressemble à la France. Pour stabiliser la dette publique compte tenu des prévisions de croissance des prochaines années et des taux d’intérêt actuels, un effort de 5,3 pour cent du PIB est nécessaire en France. En Belgique, cet effort s’élève à 4,8 pour cent, soit un peu moins qu’en France grâce aux taux d’intérêt du marché actuellement plus bas. Pour la Belgique, cet effort représente un peu plus de 30 milliards, et ce, uniquement pour stabiliser la dette. Si l’on tient également compte du coût du vieillissement démographique et des dépenses supplémentaires convenues en matière de défense, l’effort nécessaire en Belgique s’avère même nettement supérieur à celui de la France (7,8 pour cent contre 6,6 pour cent).

Une différence cruciale

Malgré les similitudes douloureuses entre la Belgique et la France, il existe également des différences cruciales. Sur le plan financier et économique, la Belgique se porte nettement mieux que la France. Notre position extérieure nette, c’est-à-dire la différence entre l’ensemble des actifs et des passifs d’un pays par rapport au reste du monde, est stable et nettement positive (+60 pour cent du PIB). Celle de la France est négative (-30 pour cent) et en voie de détérioration. Mais en période de crise aiguë, on risque vite de l’oublier. Ce fut d’ailleurs le cas en 2011, lorsque les taux d’intérêt ont grimpé en flèche chez nous en raison des incertitudes liées à la stabilité politique.

La principale raison pour laquelle les marchés financiers s’inquiètent aujourd’hui encore moins des finances publiques belges que des françaises tient à la situation politique. Mais cela peut bien sûr changer rapidement si le gouvernement fédéral ne parvient pas à trouver un accord dans les semaines à venir. Selon les derniers sondages, la Belgique risque également de connaître une division encore plus marquée, avec un bloc de gauche et d’extrême gauche renforcé en Wallonie et à Bruxelles, et un bloc de droite et d’extrême droite en Flandre. Si de sérieux doutes venaient à surgir quant à la stabilité politique, les taux d’intérêt pourraient eux aussi fortement augmenter en Belgique.

Priorité aux réformes

La meilleure façon de montrer clairement que la Belgique n’est pas la France consiste à mettre en place un plan sérieux à long terme visant à remettre les finances publiques sur les rails. Un tel plan doit aller au-delà des 10 milliards et, surtout, s’accompagner d’une stratégie crédible pour renforcer sensiblement notre potentiel économique. Sans cette combinaison, nous finirons inévitablement par suivre la voie de la France.

Bart Van Craeynest
Économiste en chef chez Voka et auteur de « België kan beter »

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