La Belgique défendra la réduction de 55% des émissions de CO2 lors du sommet de l’UE, mais concrètement, la Flandre ne promet même pas 40%…

Alexander De Croo (Open Vld) en Jan Jambon (N-VA)
Premier Alexander De Croo (Open Vld) en Vlaams minister-president Jan Jambon (N-VA). – Isopix

Semaine décisive pour l’Europe. Deux dossiers sous haute tension vont être discutés lors du sommet européen de jeudi et vendredi. Le Brexit bien sûr, mais aussi les objectifs climatiques autour du Green Deal. Le but est d’atteindre une réduction des émissions de CO2 de 55% d’ici 2030. Encore une fois, on voit l’Europe de l’Est et de l’Ouest s’affronter sur un dossier. Mais cela cache aussi des réalités plus contrastées à l’intérieur de chaque État. Avec un exemple concret chez nous: la Flandre rechigne à s’aligner sur la position européenne sans une ‘juste répartition’. Les principaux enjeux? Éviter une augmentation des prix et sécuriser l’approvisionnement en énergie.

Le Parlement européen a visé encore plus haut avec une réduction de 60% des émissions de CO2. C’est maintenant aux États membres de se positionner, avec un objectif de 55%. ‘C’est déjà une belle étape’, annonce l’entourage du Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD).

Certains Etats tirent ses objectifs vers le haut: le Danemark, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède. Le sommet européen de cette fin de semaine doit aboutir à une position commune des 27. C’est un coup de poker à plusieurs milliards d’euros. La réduction des émissions de CO2 coutera des milliards en mesures. Des milliards que s’apprête justement à déverser l’UE autour du plan de relance contre certaines garanties d’une Europe ‘plus verte’.

Le Green Deal est pour le moment resté au stade des intentions. Certains pays à l’Est, de par leur retard économique, étaient relativement épargnés par ces mesures de réduction des émissions. Avec des objectifs revus à la hausse, l’attitude de la Pologne, de la Hongrie et de la Bulgarie, entre autres, sera scrutée de près.

Un débat politique inflammable en Belgique

Notez que la Belgique ne fait pas partie de la liste ‘des pays progressistes’ ci-dessus. Avec des partis écologistes au pouvoir en Wallonie, à Bruxelles et au fédéral, les regards se tournent évidemment vers la Flandre et particulièrement la N-VA, qui s’est toujours montrée réticente dans ce dossier. Du vert, oui. Mais pas de n’importe quelle manière et à n’importe quel prix.

Nouvelle preuve en ce jour sur les réseaux sociaux. Alors que la ministre fédérale du Climat Zakia Khattabi (Ecolo) se félicitait de la position de son gouvernement – qui défendra la réduction de 55% – Zuhal Démir (N-VA) est venu tempérer son enthousiasme, parlant même de ‘désinformation’.

En fait, les différents niveaux de pouvoir se son entendu sur l’objectif commun. Le Premier ministre du pays qui accueille les institutions européennes ne peut se permettre d’afficher une division. Mais dans le détail, Zuhal Demir rappelle que la Flandre ne souscrira à cet objectif que s’il y a ‘une flexibilité internationale’ et que si l’effort est réparti équitablement entre les États sur base des réalités locales en fonction du ‘coût-efficacité’.

Dans les faits, la réduction de 55% des émissions figurait déjà dans l’accord du gouvernement fédéral. Mais la Flandre a elle pris en compte la réduction de 40% que l’UE souhaitait l’année dernière. Sur cette base, le gouvernement flamand a calculé que la Belgique ne devrait baisser ses émissions que de 35% d’ici 2030.

Le bras de fer politique est engagé. Et il pourrait bien influencer le chemin pris par les 5,15 milliards d’euros d’argent du fonds européen de relance. Comprendre: ok, la Flandre peut envisager cet objectif de 55%, mais doit accaparer une majorité des aides européennes, car elle sera la région la plus touchée par ces mesures. Or, on sait que traditionnellement l’argent européen va dans les poches des régions les plus pauvres, autrement dit, la Wallonie.

La délicate position de l’Open VLD

C’est dans ce contexte difficile qu’Alexander De Croo (Open VLD) est parvenu à faire adopter une position commune à la Belgique. On sait que son entente avec Jan Jambon (N-VA), le ministre-président flamand, est excellente.

Mais l’Open VLD n’en reste pas moins entre deux chaises. Pour rappel, les libéraux flamands font aussi partie du gouvernement flamand. D’ailleurs, concrètement, pour le moment, la Flandre n’a pas rehaussé ses objectifs de réduction qui figurent dans l’accord de gouvernement. Mais la Flandre a choisi de ‘ne pas bloquer le dossier’ au niveau européen.

‘Par flexibilité internationale’ et rapport ‘coût-efficacité’, Zuhal Démir et la Flandre entendent que chaque État se positionne. ‘Les pays européens de l’Est doivent se lancer’, estime-t-on aussi bien à la N-VA qu’au CD&V. De Croo a d’ailleurs promis de faire pression en ce sens lors du sommet européen. La Flandre estime aussi, dans un second volet, que l’achat des réductions de CO2 – des permis d’émission de CO2 si un Etat ne parvient pas à atteindre ses objectifs – doit pouvoir se faire en dehors de l’UE. Ces fameux ‘droits de polluer’ (comme les nomment les ONG) doivent pouvoir être achetés au niveau international. Pourquoi? Car ces compensations prendraient exclusivement la direction des pays de l’Est. Or, il y a meilleur marché, ailleurs, au sein de pays moins développés en Afrique ou en Asie.

Enfin, le nerf de la guerre ici en Belgique se portera aussi sur la répartition des efforts. Une réduction de 55% des émissions signifie une réduction d’environ 44% en Belgique d’ici 2030. En ne concédant rien maintenant, à 40%, la Flandre se positionne déjà dans les négociations futures avec la Wallonie et Bruxelles.