La Belgique compte 80 000 sociétés de gestion, mais d’autres estimations vont jusqu’à 150 000. Et quelle est donc la définition exacte d’une « société de gestion » ?


Principaux renseignements

  • Selon Bizzy, la Belgique compte près de 80 000 sociétés de gestion, mais d’autres estimations varient entre 55 000 et 150 000. Comment expliquer cette différence ?
  • Du conseil aux entreprises aux services informatiques et financiers, ce groupe est bien plus diversifié que ne le laisse supposer le terme « société de gestion ».
  • Le ministre des Finances, Jan Jambon (N-VA), souligne l’absence de définition légale. Cela soulève la question de savoir comment le gouvernement entend déterminer précisément quelles entreprises il souhaite cibler sur le plan fiscal.

Les sociétés de gestion sont au cœur de l’actualité lors du débat budgétaire belge. Mais combien y en a-t-il exactement ? Il n’y a pas de consensus à ce sujet. Selon une nouvelle analyse de la plateforme de données gantoise Bizzy, la Belgique compte 79 655 sociétés actives qui répondent à sa définition. D’autres estimations varient entre 55 000 et 150 000. Ces divergences soulèvent une question fondamentale : qu’est-ce qu’une société de gestion exactement, et quelles entreprises le gouvernement souhaite-t-il cibler sur le plan fiscal ?

Ce terme ne fait l’objet d’aucune définition juridique ou fiscale distincte. De ce fait, différentes instances peuvent inclure des entreprises différentes dans leur décompte, en fonction des critères qu’elles appliquent.

« Tout le monde parle de sociétés de gestion, mais personne ne connaît réellement leur définition », explique Hendrik Keeris, PDG de Bizzy.

De 55 000 à 150 000 sociétés

Bizzy se base sur les sociétés privées belges (SRL) actives et les anciennes SARL (BVBA) dont le code d’activité correspond au conseil en gestion et qui n’emploient pas de salariés. Les sociétés récemment créées pour lesquelles aucun compte annuel n’est disponible sont également prises en compte.

Sur la base de ces critères, l’entreprise recense 79 655 sociétés de gestion, soit 13,7 pour cent de l’ensemble des SRL et SPRL actives.

D’autres études donnent toutefois une image totalement différente, selon le tableau de bord de Bizzy. Dans ce tableau de bord, Bizzy mentionne un décompte de De Tijd faisant état de 150 000 sociétés au 30 juin 2026 et une estimation de 145 000 établie par le service d’études de Vooruit au 1er octobre 2026. Le Comité de suivi estimait le nombre de sociétés de gestion à environ 55 000 fin 2025.

Statbel a également publié différents chiffres, en fonction du groupe étudié. Un recensement réalisé pour Het Nieuwsblad en octobre 2026 faisait état de 41 309 sociétés en Flandre comptant au maximum deux administrateurs et un salarié. Un autre recensement de Statbel, cité par De Tijd, concernait 80 210 personnes en 2024.

Ces chiffres ne sont pas comparables. Certains recensements portent sur des sociétés, d’autres sur des personnes. La délimitation géographique, les critères de sélection et la date de référence diffèrent également.

Une même notion, plusieurs définitions

Bizzy illustre concrètement l’impact de cette délimitation à l’aide de trois recensements possibles.

Le décompte le plus large comprend 79 655 SRL et SPRL actives ayant un code correspondant au conseil en gestion comme activité principale ou accessoire, sans salariés, auxquelles s’ajoutent des sociétés récemment créées pour lesquelles aucun compte annuel n’est disponible.

Si l’on ne prend en compte que les sociétés dont l’activité principale est le conseil en gestion, ce chiffre tombe à environ 47 000. En effet, selon l’analyse, le conseil en gestion constitue une activité secondaire pour quatre sociétés sur dix.

Une approche encore plus stricte prend en compte les sociétés qui exercent des fonctions d’administration au sein d’une autre entreprise. Selon la définition retenue par le ministre des Finances Jan Jambon (N-VA), leur nombre tombe à environ 18 000, selon Bizzy.

Un indépendant travaillant pour différentes entreprises et n’employant pas de personnel peut donc figurer dans un décompte et ne pas apparaître dans un autre. Il en va de même pour les entreprises relevant d’un code d’activité large, mais qui, dans la pratique, fournissent d’autres services.

Bizzy a fondé son analyse sur des données issues de la Banque-Carrefour des Entreprises, des comptes annuels de la Banque nationale, du Moniteur belge et de sa propre base de données sur les entreprises. Les chiffres se rapportent à la situation au 27 octobre 2026, avec des données de constitution allant jusqu’au 22 octobre.

Principalement le conseil aux entreprises, mais aussi les services financiers et l’informatique

Ces sociétés ne constituent d’ailleurs pas un groupe homogène. Il ressort des descriptions d’activité en ligne analysées par Bizzy que 59,7 pour cent d’entre elles se décrivent comme actives dans le conseil aux entreprises. Viennent ensuite les services financiers avec 10,6 pour cent, l’informatique et les logiciels avec 9,9 pour cent, ainsi que le marketing et la communication avec 8,9 pour cent.

Cette répartition doit toutefois être interprétée avec une certaine prudence. Le code d’activité officiel ne reflète pas nécessairement ce qu’une société fait réellement. De plus, les entreprises pour lesquelles aucune description n’est disponible en ligne se voient souvent attribuer automatiquement le label « conseil aux entreprises ». L’analyse ne peut donc pas démontrer de manière exhaustive comment les activités sont réellement réparties.

On observe également des différences géographiques. Selon Bizzy, le Brabant wallon compte 12,4 sociétés de gestion pour 1 000 habitants, contre une moyenne belge de 6,5. Sint-Martens-Latem, Lasne et Schilde occupent les premières places du classement communal.

Un patrimoine fortement concentré

Les profils financiers varient considérablement. Les sociétés pour lesquelles des comptes annuels sont disponibles représentent ensemble 45,2 milliards d’euros de fonds propres. La médiane s’élève à 81 568 euros par société, tandis que la moyenne se situe autour de 645 000 euros.

Cette différence témoigne d’une forte concentration des capitaux propres. Selon Bizzy, 7,6 pour cent des sociétés étudiées disposent d’au moins 1 million d’euros de capitaux propres. Ce groupe représente 80,4 pour cent du total des capitaux propres. Les cent plus grandes sociétés représentent à elles seules 36,7 pour cent de ce total.

À l’inverse, 8,9 pour cent d’entre elles affichent des fonds propres négatifs. Près d’une société sur cinq a enregistré une perte.

Il ne faut pas confondre les fonds propres avec la trésorerie, le chiffre d’affaires ou le patrimoine personnel du dirigeant. Il s’agit d’un indicateur comptable qui, en soi, ne dit pas grand-chose sur les revenus que la personne concernée tire de la société.

L’imposition ne s’arrête pas à la société

Un élément important du débat réside dans le fait que l’impôt sur les sociétés n’est pas nécessairement le seul impôt prélevé sur les revenus. En principe, une société paie un impôt sur ses bénéfices imposables. Si elle distribue ensuite ces bénéfices sous forme de rémunération à son dirigeant, cette rémunération est en principe imposée au titre de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et peut également être soumise à des cotisations sociales. Si les bénéfices sont distribués sous forme de dividendes, un précompte mobilier est généralement dû, en plus de l’impôt sur les sociétés déjà acquitté sur ces bénéfices.

La charge fiscale finale dépend donc, entre autres, de la manière dont l’administrateur perçoit ses revenus de sa société. Par ailleurs, certaines sociétés peuvent, sous certaines conditions, bénéficier de régimes spécifiques, tels que le taux réduit de l’impôt sur les sociétés ou des régimes favorables pour les distributions de dividendes. L’ancienneté de la société et la disponibilité d’un bilan annuel jouent également un rôle dans l’interprétation des chiffres.

Une comparaison avec un salarié n’est donc pas aisée. Pour déterminer si une société de gestion présente un avantage fiscal, il convient d’examiner la charge fiscale globale, y compris les impôts dus lorsque les revenus sont versés au dirigeant.

Les impôts communaux et provinciaux sur les sociétés peuvent également entrer en ligne de compte. Les communes et les provinces peuvent, sous certaines conditions, instaurer leurs propres taxes et prévoir des exonérations. Le lieu d’établissement peut donc peser dans la charge fiscale totale, même si cela ne dit rien en soi sur le traitement fiscal des sociétés de gestion en tant que groupe.

Sur quoi le gouvernement souhaite-t-il intervenir précisément ?

En fin de compte, le débat va au-delà du simple nombre de sociétés. Le gouvernement doit également déterminer quel problème fiscal il souhaite résoudre. S’agit-il d’avantages fiscaux spécifiques, de différences dans la charge fiscale globale entre des revenus comparables ou de montages qu’il juge problématiques ? Il s’agit là d’objectifs différents, qui ne nécessitent pas nécessairement les mêmes mesures.

Le ministre des Finances, Jan Jambon, a déclaré à la Chambre qu’il n’existait aucune définition légale de la notion de « société de gestion », ni en droit, ni en fiscalité. Cela pose concrètement la question politique suivante : si le groupe concerné n’est pas délimité en tant que catégorie juridique ou fiscale distincte, sur la base de quels critères le gouvernement entend-il déterminer quelles entreprises seront concernées par d’éventuelles mesures ?

Un consultant informatique indépendant, un spécialiste du marketing, un PDG qui facture ses services par l’intermédiaire d’une société et un administrateur percevant des rémunérations pour différents mandats d’administration peuvent tous entrer dans une définition large. Pourtant, leurs activités, leurs responsabilités, leurs coûts et la structure de leurs revenus diffèrent considérablement.

De plus, la comparaison fiscale ne s’arrête pas à l’impôt sur les sociétés. La rémunération de l’administrateur, l’impôt sur le revenu des personnes physiques, les cotisations sociales et l’éventuel précompte mobilier sur les dividendes déterminent également la part des bénéfices qui revient finalement à la personne concernée. Les chiffres de Bizzy ne donnent pas d’indication sur cette charge fiscale globale. Ils montrent donc bien l’ampleur et la diversité du groupe, mais ne permettent pas de déterminer si les sociétés de gestion bénéficient globalement d’un avantage fiscal, ni où une éventuelle intervention supplémentaire devrait se situer.

Comparer des pommes et des poires

L’analyse de Bizzy n’apporte pas de réponse définitive à la question du nombre de sociétés de gestion en Belgique, mais montre surtout à quel point le résultat dépend de la définition retenue.

Cela revêt une importance particulière dans le débat budgétaire, où les sociétés de gestion sont régulièrement considérées comme un groupe homogène, alors que la diversité des critères rend les chiffres difficilement comparables.

« Notre conclusion est qu’il est très difficile de définir ce qu’est une société de gestion. Un travailleur indépendant qui travaille pour plusieurs entreprises et qui n’emploie pas de personnel est considéré comme une société de gestion selon une définition, mais pas selon une autre. Nous ne prenons pas position. Nous fournissons simplement des données, afin que tous ceux qui en parlent sachent de quel chiffre il s’agit », conclut Keeris.

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