Georges-Louis Bouchez, sous le feu des critiques au MR: comment en est-il arrivé là?

Georges-Louis Bouchez (MR)
Georges-Louis Bouchez (MR) – Isopix

Le jeune président du MR est pris à son propre jeu, mais pas seulement. Parfois agaçant, souvent trop sûr de lui, Georges-Louis Bouchez a du mal à gérer les égos, à commencer par le sien.

Président du MR, à 33 ans, Georges-Louis Bouchez est un précoce, tout comme son prédécesseur. C’est d’ailleurs Charles Michel qui l’a installé à cette position, tentant par là un audacieux pari.

Pari perdu? Il est encore trop tôt pour le dire. GLB, forte tête, très bon débatteur, pas à l’abri d’un coup de génie, a dû faire face à la dure réalité de la politique.

Acte I: les négociations

Le président du MR a été critiqué pour sa gestion des négociations. Après avoir réalisé un très bon coup en s’alliant avec les écologistes pour faire capoter l’alliance PS/N-VA, GLB a fait porter à son parti le poids de la crise. Le MR a détenu le ‘Zwarte Piet’ en toute fin de négociation. Officiellement pour défendre les accents libéraux du futur programme du gouvernement. Officieusement pour empêcher Magnette d’accéder à la fonction de Premier ministre et défendre les portefeuilles des futurs ministres libéraux.

Sur ce point en particulier, les critiques sont allées bon train au sein du MR. Elles ne concernent pas Sophie Wilmès, qui est devenue la première femme à accéder aux Affaires étrangères, un portefeuille prestigieux. Maintenir Sophie Wilmès au Seize était de l’ordre de l’impossible. Non pas au vu de son travail, salué par beaucoup, mais par le fait que Georges-Louis Bouchez a voulu, à maintes reprises durant ces négociations, prolonger l’aventure du gouvernement pourvu de 7 ministres libéraux, ce qui est très mal passé en Flandre.

Ensuite, sur la liste, on retrouve les portefeuilles de David Clarinval: les PME, les Indépendants et l’Agriculture. Plutôt logiques pour les libéraux. Après quoi, un ‘simple’ secrétaire d’État à la Numérisation. À titre de comparaison, ce portefeuille était l’une des nombreuses compétences attachées au ministre des Finances lors de la précédente législature, Alexander De Croo.

Acte II: les nominations

Les critiques émanant du camp libéral ont pris une tout autre proportion suite à la séquence des nominations. Un fiasco. Beaucoup a déjà été écrit sur ce sujet.

Tant dans la Dernière Heure, que dans l’Echo ou La Libre, les langues se délient. Certains barons veulent retirer la présidence du parti des mains de Georges-Louis Bouchez.

Le président du MR a été le dernier à annoncer les noms de ses ministres et secrétaire d’État. Encore hier matin sur La Première, il disait vouloir bien réfléchir et ne pas se précipiter. Avec le recul, cet épisode est quasi incompréhensible pour un tel niveau de pouvoir.

Que s’est-il passé? Georges-Louis Bouchez a été coincé entre deux camps. D’un côté, Denis Ducarme, qui refusait de se voir relégué au rang de secrétaire d’État, après avoir détenu les compétences de son successeur, David Clarinval. Histoire de ne pas déterrer la hache de guerre suite à l’élection présidentielle gagnée par le Montois au détriment du Hennuyer d’adoption, il lui a été proposé le poste de ministre dans le gouvernement wallon.

Proposition acceptée, le portefeuille du Tourisme peut assurer une grande visibilité à Ducarme. Du Côté de GLB, le voilà débarrassé d’un poids lourd sur les listes fédérales pour les prochaines élections. Rappelons que le Montois a été privé du rôle de député malgré plus de 16.000 voix préférentielles.

Ok pour Denis Ducarme, mais au détriment de qui? C’est là que l’autre camp intervient. Celui du clan Michel. Repéré très jeune par le père, Louis, Georges-Louis Bouchez doit beaucoup au fils, Charles, pour sa montée fulgurante au sein du parti. Renvoi d’ascenseur, avec la nomination du frère, Mathieu Michel? On sait que l’homme aimerait reprendre les rênes de la ville de Wavre, conquise par Charles. Accéder au gouvernement fédéral assure certainement de la visibilité.

Mais il faut faire un choix. Priver Willy Borsus ou Jean-Luc Crucke du poste ministériel, impensable, les deux hommes pèsent trop lourd au sein du parti. Le choix se porte alors sur Valérie De Bue, une pure ‘Michelienne’. Si GLB a eu l’accord de Charles Michel, la pilule aurait été plus facile à avaler?

C’est là qu’intervient la grosse erreur de GLB. Il prévient la ministre wallonne quelques minutes avant l’annonce sur les réseaux sociaux. GLB n’aurait averti que Charles Michel et Jean-Paul Wahl, chef de groupe au Parlement wallon. Borsus et Crucke ne sont pas dans la confidence, ils auraient sans doute tenté de dissuader leur président.

Après l’annonce, laissant le gouvernement wallon dans l’illégalité (règle des 1 tiers/2 tiers hommes/femmes), les téléphones chauffent. GLB sent le souffle des poids lourds du parti dans son dos. À lui de corriger ce qu’il a créé.

Le président du MR laisse derrière lui beaucoup de frustrations. Une ministre wallonne qui a l’impression de rester en place parce qu’elle est une femme. Et un ministre qui n’aura tenu que deux heures en place, avant de rejoindre les rangs des députés à la Chambre, où il reprend provisoirement le rôle de leader de faction.

Acte III: les critiques

Petit florilège qui montre combien la tension n’est pas feinte. Ça bouillonne au 86, avenue de la Toison d’Or:

  • À propos du comportement vis-à-vis de Valérie De Bue: ‘C’est inhumain, c’est lamentable. Georges-Louis Bouchez ne peut plus rester à la présidence.’
  • ‘C’est un énorme bordel.’
  • ‘En plus des problèmes de casting ministériel, il a mal négocié la répartition des portefeuilles au fédéral. Bouchez est au bord du précipice.’
  • ‘Le problème est la façon dont tout cela s’est fait. Rien n’est collégial. Georges-Louis Bouchez a fait ce casting dans son coin.’
  • ‘Valérie De Bue et Denis Ducarme sont humiliés.’
  • ‘Georges-Louis Bouchez nous avait promis la méritocratie et la fin du copinage, nous voilà servis.’
  • ‘Cette fois, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.’
  • ‘Il y aura forcément des suites en interne.’

GLB va-t-il laisser sa place? Sera-t-il secondé? Fera-t-il son mea culpa pour changer son approche? Des réunions sont en cours. Eh dire que la veille de cette séquence désastreuse, durant le Congrès, Sophie Wilmès, pas une fan de la première heure, tentait d’installer définitivement le Montois: ‘C’est le président qu’il nous faut.’ Applaudissements dans la salle.