La fin des droits de douane imposés par Trump sur les produits chinois? Avec Taïwan, c’est encore moins sûr

Avec l’inflation, le débat sur la suppression des droits de douanes imposés par Trump lors de sa « guerre commerciale » avec la Chine prend de l’ampleur. Mais les tensions qui résultent de la visite de Pelosi à Taïwan douchent les espoirs de révision du dossier et retardent toute prise de décision.

Avec l’inflation et la perte du pouvoir d’achat des ménages aux États-Unis, les droits de douane élevés que Trump avait imposés sur des milliers de produits chinois (pour favoriser l’achat de produits américains, et pénaliser la Chine qu’il accusait de voler de la propriété intellectuelle américaine) sont revenus sur le devant de la scène. Pour d’aucuns, ils sont un auto-goal pour les États-Unis, et alimentent l’inflation. Certains commençaient à se demander sur leur bien-fondé, et s’il ne valait pas mieux les revoir pour faire quelque chose pour le pouvoir d’achat.

Le président Biden est même soumis à une pression politique : il est impopulaire, et la diminution du pouvoir d’achat ne joue pas en sa faveur. Les élections de mi-mandat, les midterms, s’approchent, et selon les sondages, les Républicains (l’opposition) pourraient prendre au moins une des Chambres législatives, rendant ensuite l’exercice du pouvoir plus compliqué.

Malgré ces pressions pour changer la donne, Biden n’a jamais vraiment pris position en faveur d’une diminution ou d’une suppression de ces taxes douanières élevées. Certaines d’entre elles, arrivées à échéance, ont été reconduites. Des projets de nouvelles taxes, moyennant la suppression d’autres, et d’une nouvelle liste d’exclusion pour certaines entreprises étaient dans le pipeline, rapporte Reuters.

Puis la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi s’est rendue à Taïwan, territoire qui se veut indépendant, mais que la Chine considère comme étant sien. Avec les tensions qui résultent de cette visite, les perspectives sur la modification de ces droits de douane s’éloignent.

Ne pas chercher l’escalade, mais ne pas perdre la face

Avec le refroidissement des relations entre les deux premières économies du monde, des sources proches du dossier livrent à Reuters qu’elles ne voudraient ni vexer la Chine ni faire profil bas devant elle. Car augmenter des taxes pourrait être aperçu comme une escalade de la situation. Surtout que la batterie de droits de douane que Trump avait imposée portait le surnom de « guerre commerciale », comme la Chine répondait avec des taxes sur les produits américains. Diminuer des taxes à l’heure actuelle pourrait être aperçu comme perdre la face devant la Chine, surtout que Pékin a voulu montrer ses muscles avec des exercices militaires de grande ampleur autour de l’île de Taïwan.

Dans ce dilemme, quelle voie choisir? Même une mise en suspens du dossier n’est pas un acte anodin. Biden n’a pas encore pris de décision sur la suite du traitement du dossier, indique la porte-parole de la Maison Blanche, Saloni Sharma.

Faire un choix prend en tout cas du temps. « Après la visite de Pelosi à Taïwan, c’est particulièrement compliqué. Le président évalue ses options. Il est très prudent. Il veut s’assurer que nous ne faisons rien qui puisse nuire à la main-d’œuvre et aux travailleurs américains », explique Gina Raimondo, la secrétaire du Commerce.

Suppression unilatérale et manque d’engagement chinois?

« La visite de Pelosi a sapé les fondements politiques des relations sino-américaines et entraînera inévitablement une perturbation majeure des échanges et de la coopération entre les deux parties », annonce la porte-parole de l’ambassade chinoise à Washington à Reuters. Mais au-delà de cette récente hausse des tensions, d’autres éléments entravent également la révision des taxes et droits de douane.

D’un côté, des sources proches du dossier expliquent que des suppressions de certaines taxes ne rencontreraient pas nécessairement une réponse similaire en Chine, et les États-Unis n’auraient pas envie de supprimer des taxes de manière unilatérale. Des projets de suppression auraient été mis en suspens pour cette raison.

D’un autre côté, la Chine ne respecte pas les engagements d’un accord commercial élaboré par Trump, fin 2019. L’accord voulait que la Chine achète davantage (pour 200 milliards de dollars de plus qu’en 2017) de produits américains, en 2020 et en 2021. Mais Pékin n’a pas atteint ces objectifs, et invoque la pandémie comme obstacle. Ce manquement des objectifs est également invoqué comme raison par ces sources pour justifier la mise en suspens de projets de suppression de taxes.

Avec le regain de tensions, il semble en tout cas probable que ces deux éléments ne vont pas s’améliorer de sitôt, et que la suppression de ces taxes dites punitives – et qui le sont finalement pour l’économie américaine aussi – s’éloigne encore.

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