L’Europe se dote d’un “Airbus de la batterie”. Too little, too late…?

A Paris, lors d’une conférence de presse, le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire (à droite sur la photo) et son collègue allemand, Peter Altmaier (à gauche), ont annoncé que les deux pays investiraient conjointement 5 à 6 milliards d’euros dans la création d’un « Airbus de la batterie »En outre, la Belgique, l’Italie, la Finlande, la Pologne et l’Autriche participeraient également au projet.

L’annonce a été faite par les deux ministres dans le cadre du « IPCEI » (ou Important Projects of Common European Interest).

Il s’agit d’un développement important maintenant que l’industrie automobile est en pleine transformation. De ce fait, les positions dominantes dans le secteur ont radicalement changé. La première victime est une fois de plus… l’Europe.

Aujourd’hui, à peine 4 millions de voitures électriques circulent dans le monde. Toutefois, selon les estimations du Centre commun de recherche (département scientifique de la CE), ce nombre atteindra 50 à 200 millions en 2028 et 900 millions en 2040.

La batterie électrique représente 30 à 40 % de la valeur d’une voiture

Une batterie électrique représente plus de 30 à 40 % de la valeur d’une voiture. Mais c’est précisément dans ce domaine que l’Europe est extrêmement vulnérable. La dépendance de l’Europe vis-à-vis des cinq matières premières de base nécessaires aux batteries (lithium, nickel, cobalt, manganèse et graphite) est presque totale. Ces cinq matières premières ne peuvent être trouvées que dans un nombre très limité de pays, dont le Chili, l’Inde et le Japon.

Patrick Artus, de la banque d’investissement française Natixis, écrit dans une note aux clients que la désindustrialisation de la zone euro va s’accélérer. Principalement en raison du passage des voitures à essence aux véhicules électriques. Ces batteries sont fabriquées presque exclusivement en Asie. Il prédit donc une perte importante de valeur ajoutée et d’emploi dans le secteur automobile européen.

Les graphiques suivants illustrent la position d’Artus.

1. Emploi dans l’industrie de production européenne

2. Délocalisation de l’industrie dans les économies émergentes, y compris la Chine

Selon Artus, cette tendance se manifestera principalement dans l’industrie automobile. En particulier, la nouvelle réglementation sur les émissions de CO2 obligera les constructeurs européens à passer très rapidement des véhicules à essence aux véhicules électriques. Mais la batterie électrique représente 30 à 40 % de la valeur d’une telle voiture électrique. Et elle est presque exclusivement produite en Asie. Le tableau ci-dessous montre clairement que l’on peut presque parler de monopole.

3. L’Europe est un acteur marginal dans la production de batteries

La production totale de batteries électriques en Europe aujourd’hui ne représente même pas 12 GWh, soit 3 % de la production mondiale, contre 85 % en Asie. Sur ce total, la France produit 1,1 GWh et l’Allemagne 0,7 GWh. Les États-Unis produisent 50 GWh, la Chine 217 GWh.

L’industrie automobile européenne risque donc d’être rapidement confrontée à une perte de valeur ajoutée de 30 % sur 50 % de la production totale. C’est la partie qui sera reprise par les voitures électriques en 2025. Cette perte signifierait une réduction de 1 % du PIB européen et provoquerait donc un choc macroéconomique.

Le fait que l’Europe travaille actuellement sur « un Airbus de la batterie » est donc une bonne nouvelle. Nous verrons bientôt si c’est  too little, too late.