Erdogan fait un appel aux dons et verse l’équivalent de 7 mois de salaires: quelle est la situation en Turquie ?

De Turkse president Recep Tayyip Erdogan -EPA

En Turquie, Erdogan rechigne à imposer un confinement national. Même si l’épidémie du covid-19 frappe maintenant de plein fouet son pays. Il a par contre demandé aux Turcs de mettre la main à la poche.

Longtemps, la Turquie s’est crue épargnée. Le 8 mars dernier, le ministre de la Santé, Fahrettin Koca, se félicitait que la Turquie n’ait pas intégré la liste des pays contaminés. Une question de temps pour ce véritable carrefour géographique. 3 jours plus tard, la Turquie révélait son premier cas de covid-19.

Aujourd’hui, le dernier bilan officiel fait état de près de 10.827 cas pour 168 morts et 76.981 tests effectués.

Pour l’heure, le président Erdogan prend des mesures à la carte. 41 localités turques sont ainsi placées en quarantaine. Les seniors sont aussi priés de rester chez eux dans tout le pays, les écoles sont fermées et les liaisons aériennes sont suspendues.

Ailleurs, le confinement est conseillé, mais pas contraignant. Les autorités appellent les jeunes à ne pas sortir de chez eux, mais elles n’imposent rien. Les entreprises continuent de tourner. Il n’y a pas vraiment d’interdiction de rassemblement et des réunions de chantier ont par exemple toujours lieu. Erdogan est assez sûr de son coup, comme la plupart des autocrates: ‘Par comparaison avec l’Europe et les États-Unis, la Turquie est l’un des pays les plus proches d’empêcher la propagation de la maladie’, se ventait-il lundi soir, rapporte RFI. On a déjà entendu ce type de discours avant rétropédalage.

L’opposition appelle à un confinement beaucoup plus étendu. Notamment à Istanbul, une des villes les plus peuplées au monde. ‘Nous devons sans attendre décréter un couvre-feu. Si nous ne sommes pas courageux aujourd’hui, il sera peut-être trop tard demain’, s’inquiétait lundi le maire dans un discours qui tranchait avec celui d’Erdogan.

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Économie et géopolitique

Ces mesures sont accompagnées d’un plan de relance économique à 14 milliards d’euros. De l’argent public, mais aussi un récent appel aux dons: ‘Je lance personnellement cette campagne en faisant don de sept mois de salaire. Mes ministres ont également fait des dons compris entre trois et six mois de salaire’, a-t-il déclaré lors d’un discours à Istanbul, dans des propos relayés par Belga. Sachant que le salaire mensuel d’Erdogan est évalué à 6.800 euros par la presse turque. Quoi qu’il en soit, une broutille pour le président turc et sa fortune.

En attendant des mesures plus fortes, la Turquie, comme la Chine et la Russie, affiche fièrement son aide destinée à l’Europe. Du matériel médical à destination de l’Espagne et un navire du Croissant-Rouge qui doit débarquer en Italie dans les prochains jours. En plus de la fabrication de masques, une filière que notre ministre de la Santé connait bien. Le tout renforçant un peu plus l’humiliation européenne.