En attendant la punition européenne pour le pire budget de l’UE, des questions particulièrement difficiles attendent la Vivaldi à la Chambre ce jeudi

La Vivaldi continue de souffrir autour du budget : la Commission européenne fait déjà comprendre que l’audit de la semaine prochaine sera particulièrement négatif pour la Belgique. En effet, le commissaire européen Valdis Dombrovskis ne cible pas par hasard notre pays : nous aurons le déficit le plus élevé en 2023, avec des dépenses en constante augmentation. C’est d’autant plus problématique que ces dépenses ne sont pas ciblées. Et elles sont contradictoires avec ce qui se passe au même moment sur le front monétaire, dit-il : la Banque centrale européenne ne fait que relever les taux d’intérêt et fermer le robinet. Ce sont deux mouvements qui se contredisent. Dans le même temps, le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) va devoir adopter une ligne dure lors des questions parlementaires cet après-midi. Les atermoiements autour du budget l’ont mis en conflit avec sa collègue de parti, la secrétaire d’État au budget Eva De Bleeker (Open Vld). Sa performance d’aujourd’hui sera observée avec attention.

L’actualité : Selon la Commission européenne, même « les pays du Club Med » ne se portent pas aussi mal que la Belgique.

Les détails : Dans De Tijd, le commissaire Dombrovskis s’insurge contre les « mesures de soutien beaucoup trop larges ».

  • Mardi prochain, la Commission européenne examine tous les chiffres du budget européen. Ce sera un moment désagréable pour la Vivaldi : la Belgique est parmi les pires élèves de la classe. En fonction des ajustements qui seront finalement opérés, la Belgique se retrouvera, avec la Slovaquie, à la toute dernière place, avec un déficit de 5,8 % du PIB en 2023, voire à la dernière place, si les chiffres empirent.
  • Toute cette semaine, la Vivaldi a été aux prises avec ce que les membres du gouvernement considèrent comme une « discussion inutile », les projecteurs étant braqués sur le débat sur les chiffres. En cause, la décision de la secrétaire d’État De Bleeker d’inclure le coût de la réduction de la TVA sur le gaz et l’électricité dans les chiffres du budget 2023. Immédiatement, ceux-ci ont enfoncé le déficit de 1,3 milliard d’euros dans le rouge.
  • Le Premier ministre De Croo ne voyait pas les choses de cette manière : car une réforme des accises est attendue pour compenser la réduction de la TVA. Il n’y a donc aucun coût dans le budget, selon le raisonnement. En 24 heures, des milliards sont entrés et sortis du budget.
  • Cette décision de ne pas inclure finalement les milliards est et reste une discussion politique : il existe un accord pour rendre la réduction de la TVA permanente, mais seulement si des droits d’accises « intelligents » sont également introduits, affirment les libéraux. Les socialistes insistent principalement sur l’accord selon lequel la réduction de la TVA est acquise. Mais personne ne sait à partir de quand exactement ces accises remplaceront la TVA réduite, cela se fera « lorsque la crise sera terminée ».
  • Il est évidemment difficile de faire un tel calcul, d’autant qu’on ne connait pas les prix de l’énergie pour l’année prochaine, c’est pourquoi De Bleeker a prudemment retenu le pire scénario. Jusqu’à ce que De Croo la rappelle à l’ordre.
  • Quoi qu’il en soit, l’Europe a suivi avec des yeux écarquillés cette guerre des chiffres, entre les membres du même parti. Et il s’avère que cette réduction de la TVA n’est pas du tout du goût de l’Europe. En soi, cela ne devrait pas être surprenant : tout un chœur d’experts répète depuis des mois que cette subvention aux combustibles fossiles est une mesure bien trop peu ciblée. Et la Commission est maintenant entièrement d’accord avec eux.

L’essentiel : la Commission européenne souligne que les États membres, la Belgique en tête, font en fait exactement le contraire de la Banque centrale européenne.

  • Le commissaire européen au Commerce et à l’Économie, M. Dombrovskis, s’exprime un peu à contretemps aujourd’hui. Ce n’est que la semaine prochaine que la Commission publiera son rapport sur les chiffres du budget des États membres. Cela promet d’être un moment difficile : la Belgique ne s’en sort pas bien.
  • La Commission est gênée par l’approche fédérale. Notamment parce que c’est la Belgique qui a le plus augmenté ses dépenses, avec des actions que la Commission juge beaucoup trop « maladroites et peu ciblées ». Et justement, les mesures controversées de réduction de la TVA en sont le meilleur exemple : tout le monde en profite, indépendamment des besoins, et cela coûte très cher.
  • « Cette mesure n’est pas ciblée et a un coût très élevé. En outre, le soutien aux combustibles fossiles ne donne pas de signal de prix pour passer aux énergies renouvelables ou utiliser l’énergie de manière plus parcimonieuse », a déclaré M. Dombrovskis à De Tijd.
  • La Commission rappelle l’accord conclu par les ministres européens des Finances au printemps : les mesures doivent être « temporaires et ciblées ». Une réduction permanente de la TVA sur l’énergie est tout le contraire. « 70 % des mesures de soutien en Europe vont trop loin, et sont par conséquent trop coûteuses. »
  • Mais il y a pire : au printemps dernier, la Commission a demandé aux États membres très endettés, dont fait certainement partie la Belgique, de ne pas commencer à dépenser plus que ce qui pourrait compenser la croissance économique à long terme. Cela ne s’est explicitement pas produit : ce sont les dépenses belges qui ont augmenté le plus fortement dans l’UE.
  • Ajoutez à cela le fait que la Belgique est déjà dans le box des accusés : la réforme des pensions de cet été a un effet négatif net, et coûtera bientôt plus, plutôt que moins, à notre sécurité sociale. En conséquence, une tranche de 1 milliard d’euros de fonds européen de recouvrement a été gelée, à titre de sanction.
  • Tout cela agace la Commission. Car la politique des États membres consistant à ouvrir la caisse et à saupoudrer l’aide n’est donc pas ciblée.
  • Mais aussi parce que cette expansion budgétaire est fondamentalement en contradiction avec ce qui se fait sur le front monétaire, où l’on ne fait que se contracter : la Banque centrale européenne ne cesse de relever les taux d’intérêt pour contrer l’inflation, qui est en fait alimentée par les politiques des États membres. Un cycle vicieux particulièrement stupide, semble-t-il.
  • « Les mesures générales et prolongées prises par les États membres ne font que provoquer un pic d’inflation. Cela conduit à un resserrement de la politique monétaire. La marge de manœuvre pour les mesures fiscales se réduit alors comme peau de chagrin », prévient le commissaire. En effet, la charge d’intérêts a déjà fortement augmenté entre-temps : la Belgique sera bientôt mise à rude épreuve si elle doit continuer à rembourser sa dette nationale élevée et éviter une boule de neige des taux d’intérêt.

À l’ordre du jour aujourd’hui : une séance de questions-réponses qui s’annonce tendue pour le Premier ministre et De Bleeker.

  • Un message certainement désagréable pour la Vivaldi, juste au moment où De Croo devra répondre aux questions sur son budget dans l’hémicycle.
  • Le message fondamental de la Vivaldi et du Premier ministre, lors de l’état de l’Union, selon lequel un budget plus sain a été mis en œuvre de manière « structurelle », sera attaqué de front par l’opposition. La crédibilité sera le mot magique.
  • Ce faisant, il est un peu trop facile de rejeter la responsabilité sur la seule De Bleeker et son cabinet, qui a soudainement ajouté 1,7 milliard d’euros au déficit budgétaire. Sander Loones (N-VA), qui a levé le lièvre, exhibe déjà les noms des ministres qui ont signé le fameux réajustement que De Bleeker a déchargé en début de semaine, au sujet du budget.
  • Sur ces documents, le nom de De Bleeker apparaît bien sûr, mais aussi celui de Vincent Van Peteghem (cd&v) comme ministre des Finances, et celui de Vincent Van Quickenborne (Open Vld) comme ministre de la Justice. « Qui dormait parmi les 24 employés de De Bleeker, mais aussi les 63 cabinetards de Van Peteghem et les 68 de Van Quickenborne ? », se demande Loones. En d’autres termes, « l’erreur matérielle » était très large.
  • Il est donc un peu plus difficile pour De Croo de rejeter totalement la faute sur sa collègue de parti. Elle a déjà reçu un coup dur cette semaine, à la fois en coulisses et publiquement, lorsqu’elle a dû à nouveau réajuster le budget.
  • La secrétaire d’État doit d’ailleurs travailler aujourd’hui au sein de la commission du budget, qui se réunit en session d’urgence ce soir. Là-bas, chaque mot qu’elle prononcera sera soigneusement pesé : personne chez les libéraux flamands ne veut faire plus de bruit sur la ligne, ou il y aura des conséquences.
  • On attendra l’explication des 400 millions d’euros qui étaient également dans l’exercice budgétaire de De Bleeker : elle n’a soudainement pas compté les dividendes très incertains de la Banque nationale en 2023 et a facturé une prime au mazout supplémentaire. Mais les questions posées au cabinet à ce sujet sont restées sans réponse depuis deux jours.
  • Pour De Bleeker elle-même, c’est un scénario cauchemardesque : avec un tel couteau sous la gorge, il est désormais presque impossible de travailler sérieusement. Et sa réputation est pratiquement ruinée, par son propre parti, rien de moins.
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