Les partenaires de la Vivaldi sont mécontents du gâchis budgétaire : De Bleeker est rappelée à l’ordre par De Croo, le déficit supplémentaire disparait soudainement

Le destin politique de la secrétaire d’État Eva De Bleeker (Open Vld) s’annonce sombre : la libérale, qui était déjà aux prises avec un sérieux problème d’autorité au sein du gouvernement fédéral, est encore plus humiliée. Et cette fois par son propre Premier ministre : De Croo a appelé sa collègue de parti, au Seize, pour lui faire comprendre que des ajustements budgétaires, en cours de route, sans consultation, n’étaient tout simplement pas possibles. Le résultat : De Bleeker doit encaisser le coup, et soudainement, 1,3 milliard d’euros de déficit disparaissent à nouveau du budget. « Un problème pour les libéraux, qu’ils le résolvent », dit une source haut placée au sein de la Vivaldi. « Une falsification, le Premier ministre ne va pas rester impuni », peut-on entendre de la part d’un vice-premier ministre. L’agacement est grand, car il entame encore plus la crédibilité des chiffres et du gouvernement.

Dans l’actualité : le déficit s’était alourdi de 1,7 milliard d’euros, mais à peine 24 heures plus tard, ce n’était plus le cas.

Les détails : Alexander De Croo a rabroué sa secrétaire d’État et de sa collègue de parti. Les déficits de 1,3 milliard en 2023 et 1,7 milliard en 2024 ont été gommés.

  • « Vers un budget transparent et compréhensible », peut-on lire sur la première diapositive d’un point presse organisé ce matin par Eva De Bleeker, la secrétaire d’État au Budget. Plus que douloureux, après 24 heures complètement folles, durant lesquelles la native du Brabant flamand a subi de nombreux dégâts sur le plan politique. Car De Bleeker n’a qu’une mission : défendre avec une certaine crédibilité les chiffres budgétaires difficiles de la Vivaldi. Sa mission a échoué de manière spectaculaire.
  • Elle a contraint le Premier ministre et le président de son parti, Egbert Lachaert, à des consultations d’urgence hier après-midi. Surtout au Seize, les gens étaient furieux du déroulement des événements. Résultat : De Bleeker a mordu la poussière et a été obligée de réajuster ses chiffres.
  • Ses heures sont comptées : ce n’est pas la première fois qu’elle entre en conflit avec le Premier ministre, et la confiance qu’elle avait auprès du siège de l’Open Vld s’est effondrée. Ainsi, il est de plus en plus incertain qu’elle tire la liste dans le Brabant flamand, en 2024.
  • Quand De Bleeker a embarqué dans la Vivaldi en 2020, c’était une réelle surprise : elle venait de la base de l’Open Vld, avait été présidente des femmes de l’Open Vld et était originaire de la bonne province. De plus, elle pouvait présenter un bon CV : une économiste qui avait derrière elle une belle carrière à la Commission européenne.
  • Mais peu à peu, les erreurs se sont accumulées : elle a accidentellement balancé sur Twitter les prix de tous les vaccins contre le coronavirus. Cela a suscité de vives critiques jusqu’en Europe. Et personne au sein de la Vivaldi n’oubliera ses déclarations répétées sur le budget, qui devait être tenu de près, en vue d’un assainissement des finances publiques, ce qui ne s’est jamais vraiment concrétisé dans les faits.
  • Il faut dire que De Bleeker se trouvait déjà dans une position particulièrement difficile : le Budget est normalement un poste pour quelqu’un qui a de l’expérience ainsi qu’une autorité politique. Les libéraux n’avaient ni l’un ni l’autre en réserve et se heurtaient en outre au pire des obstacles : le Premier ministre, qui est du même parti. Les deux rôles sont naturellement opposés : le Premier ministre veut des accords, qui coûtent souvent de l’argent. Un exercice budgétaire sérieux peut contrer cela. Mais à aucun moment Bleeker n’a réussi à le faire.
  • En étant si ouvertement rejetée, il ne reste plus grand-chose de son autorité politique, ni de sa carrière. Mais cette perte ne semble pas vraiment déranger les dirigeants du parti l’Open Vld depuis longtemps : le Seize prime sur tout le reste.

Explication technique : Tout tourne autour de la réduction de la TVA sur l’énergie à 6 %, et de ce qui en découle.

  • Parmi les principales mesures visant à atténuer la crise énergétique, la Vivaldi a décidé de faire passer la TVA sur le gaz et l’électricité de 21 à 6 %. Cela coûte cher en soi et reste une subvention aux combustibles fossiles. Mais la Vivaldi a en fait surtout débattu pour savoir si cette réduction devait devenir permanente ou non : les socialistes en particulier le souhaitaient.
  • Les Verts et le CD&V n’y étaient pas opposés non plus, à condition qu’un autre moyen fiscal soit mis en place, qui taxerait alors « intelligemment » les combustibles fossiles et leur consommation. La ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen), et le ministre des Finances, Vincent Van Peteghem (cd&v), voient tous deux des avantages à percevoir des « accises intelligentes » pour compenser les recettes qui se sont évaporées en raison de la baisse de la TVA.
  • Seulement : il est très difficile pour la Vivaldi de s’accorder sur cette élaboration technique. Entre-temps, le vice-premier ministre de Vooruit, Frank Vandenbroucke, a volontairement annoncé à l’automne « que cette réduction de la TVA est permanente ». Ses partenaires de coalition ont dû lui emboîter le pas.
  • L’accord politique était donc là, à la fois pour conserver la réduction de la TVA et pour la remplacer par des droits d’accises, comme nouvelles recettes. Mais la mise en œuvre pratique est toujours aux abonnés absents : les détails n’ont pas été réglés. « Formellement, la TVA n’est réduite que jusqu’au 1er avril », notent délicatement les libéraux. « Et il n’y aura d’extension que si ces droits d’accises sont également en ordre ».
  • Résultat : lors de l’élaboration du budget en octobre, juste avant l’état de l’Union, De Croo et De Bleeker n’ont pas tenu compte du « coût » de la réduction de la TVA. Après tout, elle était censée être compensée par ces droits d’accises.
  • Mais beaucoup d’argent est en jeu : 1,3 milliard en 2023, 1,7 milliard même en 2024, selon les estimations. Ces chiffres n’apparaissent ni dans les tableaux ni dans les notifications du conclave budgétaire. Cela a permis à De Croo de donner un déficit structurel de « seulement » 2,9 % l’année prochaine : des chiffres difficiles, mais tout de même défendables.
  • Plus d’un mois après le discours de rentrée du Premier ministre, De Bleeker a décidé d’inclure finalement le coût de la réduction de la TVA dans le budget, par prudence. Ce faisant, elle a dit se baser sur une décision du 28 octobre du Conseil des ministres.
  • Le raisonnement de De Bleeker était le suivant : si le résultat est meilleur que prévu et qu’il y a encore des recettes provenant des droits d’accises, alors c’est une amélioration. Mais il est préférable d’envisager le pire des scénarios : vous éviterez ainsi d’éventuels drames avec le budget de l’année prochaine. Du moins, c’était l’intention.

L’essentiel : une humiliation publique pour De Bleeker.

  • Cette décision de la secrétaire d’État n’a pas du tout plu à De Croo. Qui a vu son histoire sur le budget – « nous réduisons le déficit » – s’évaporer complètement.
  • Et le pire, c’est que c’est le parti d’opposition, la N-VA, qui a repéré les nouveaux chiffres dans les tableaux. Sander Loones (N-VA), le spécialiste du budget, a immédiatement flairé le coup politique : avec les nouveaux chiffres de De Bleeker, la Belgique est tombée à une embarrassante toute dernière place des déficits européens. Loones n’a pas manqué de le rappeler avec force. Soudainement, le déficit atteignait 6,1 % du PIB, des chiffres rouge sang. C’est De Bleeker et personne d’autre qui avait permis cette situation gênante.
  • Une autoflagellation inutile, estimait-on au Seize, qui n’a absolument rien compris à la stratégie de De Bleeker. « C’est beaucoup trop pessimiste, on fait comme si ces accises n’arriveraient jamais. Elle a inscrit la réduction intégrale de la TVA comme un coût dans le budget », soupire une source haut placée.
  • Après des consultations d’urgence, De Bleeker a donc été contrainte de retirer le coût de 1,3 milliard en 2023 et les 1,7 milliard en 2024 dans les chiffres du budget. Le 16 a évoqué une « erreur de calcul » au bureau du secrétaire d’État, qui « sera corrigé ».
  • Mais des questions subsistent : en effet, dans ses ajustements de cette semaine, De Bleeker a aussi fortement modifié le dividende attendu de la Banque Nationale. Et elle a inclus dans le budget une autre prime de mazout, qui n’avait pas été prévue dans l’état de l’Union. Cela représentait 400 millions supplémentaires en rouge dans le tableau comptable. Et ces deux éléments ne peuvent pas être simplement gommés : la Banque nationale a enregistré des pertes pour la première fois depuis des décennies et ne sera pas en mesure de verser des dividendes de sitôt. Le cabinet de De Bleeker n’a pas répondu à nos questions à ce sujet.
  • Loones souhaite déjà que la commission budgétaire soit convoquée d’urgence dans l’hémicycle. « Le gouvernement De Croo fait du gâchis complet. De Bleeker a maintenant vraiment perdu toute autorité, et De Croo toute crédibilité. »

Peut-être pire pour Vivaldi : En interne, le désordre fait grincer des dents.

  • Ce qui est frappant, c’est le peu de pitié pour les libéraux flamands parmi les partenaires du gouvernement. Ceux-ci observent la situation avec étonnement et exaspération.
  • « L’Open Vld a certainement créé un gros problème ici. Laissez-les s’expliquer eux-mêmes maintenant. D’abord, ils parlent un langage dur, ensuite, ils ne l’appliquent pas, et après, ils dilapident eux-mêmes les chiffres… », soutient une source haut placée au sein de la Vivaldi. Le spectacle des dernières 24 heures suscite une grande irritation. Certains mettent l’accent sur « l’aspect ennuyeux de la situation » : « Cela jette un mauvais éclairage sur l’ensemble du gouvernement ».
  • Une lecture intéressante des faits peut également être entendue de la part d’un vice-premier ministre : « Le Premier ministre n’est certainement pas complètement tiré d’affaire. Ce que De Bleeker a fait, elle l’a fait sur la base des notifications (du conclave budgétaire, ndlr). Et celles-ci ne sont pas clairement définies », explique-t-on.
  • Et un autre angle, de l’intérieur du gouvernement : « De Croo a sa méthode pour compiler ces tableaux budgétaires. Mais certains éléments apparaissent et d’autres non, afin d’obtenir un bon résultat. C’est un travail difficile, il ne faut donc pas s’étonner si une roue se détache », explique un autre initié.
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