Le budget belge s’enfonce encore davantage, la Vivaldi ayant oublié de compter l’effet de la TVA : pour 2023, nous nous retrouverons avec un déficit de pas moins de 6,1 %, le pire de toute l’UE

Plus embarrassant encore : le député de l’opposition Sander Loones (N-VA) a dû rappeler le gouvernement fédéral à l’ordre via Twitter, au sujet d’un soudain trou supplémentaire de 1,7 milliard d’euros. Le cabinet d’Eva De Bleeker (Open Vld), secrétaire d’État au budget, n’a eu d’autre choix que de la reconnaître : « Le coût de la réduction de la TVA n’avait pas été inclus à l’origine ». Ce coût devrait être compensé par de nouveaux droits d’accises dits « intelligents », mais ces recettes sont encore très incertaines. Cette situation, ainsi que d’autres revers, font que les perspectives du gouvernement fédéral passent d’un coup de 2,9 % à 3,4 % de déficit par rapport au PIB. La N-VA a réagi de façon virulente : « La Vivaldi ne réduit pas du tout le déficit budgétaire structurel, comme on l’a faussement prétendu, mais l’augmente de deux milliards d’euros. »

Dans l’actu : soudainement, un nouveau trou de 1,7 milliard de déficits supplémentaires au niveau fédéral, pour l’année prochaine.

Le détail : le budget de Vivaldi se corse encore.

  • « Chers collègues, le gouvernement va présenter au Parlement un budget pour les deux prochaines années. Avec un effort net de 0,6 % du PIB, soit 3,6 milliards. Cela amènera le gouvernement fédéral à un déficit structurel de 3,2 % du PIB en 2024. »
  • C’est par ces mots que le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) a tenté, dans son discours sur l’état de l’Union du mardi 11 octobre dernier, de se féliciter un peu, lui et son équipe, à propos des chiffres du budget : il y a eu une « amélioration » ou un « effort » de 0,6 %, et le déficit structurel se rapprocherait donc encore du seuil de 3 % exigé par l’Europe.
  • Dans les faits, l’Europe fait son calcul sur base du déficit de l’ensemble du budget belge. C’est-à-dire en incluant également les chiffres rouges des entités fédérées. De sorte que le chiffre belge ne touchait même pas de loin ce seuil en 2024.
  • Il en a été de même lors de la conférence de presse, plus tard dans la journée, où les chiffres ont été présentés en détail. Un chiffre revenait sans cesse : le « solde structurel », autrement dit sans les dépenses exceptionnelles, qui restait à 2,9 % en 2023, et à 3,2 % en 2024.
  • Deux mois plus tard, ce spectacle de bonnes intentions semble avoir été complètement écorné. C’est Sander Loones, le spécialiste du budget de la N-VA à la Chambre, qui a levé le lièvre. Il a mis la main sur les derniers tableaux budgétaires de la secrétaire d’État De Bleeker. La situation est pire que prévue : les chiffres font apparaître un déficit structurel qui s’élève soudainement à 3,4 % en 2023. Les mêmes tableaux montrent que, sans changement de politique, le déficit structurel continuera tout simplement à augmenter pour atteindre 4,8 % en 2024.
  • On est très loin des perspectives données par la Vivaldi au début de son règne : à l’époque, le Comité de monitoring prévoyait que, si rien ne changeait, le déficit structurel atteindrait 3 % en 2024. En résumé : les choses se sont lourdement aggravées.
  • Ainsi, le budget global en 2023 se solde par un déficit de 6,1 %, soit encore 0,3 % et 1,7 milliard d’euros de plus que prévu. Ce sont maintenant les chiffres officiels.
  • Quoi qu’il en soit, la Belgique se confrontera tôt ou tard avec l’Europe sur ses finances publiques. Les chiffres publiés par la Commission à la fin de la semaine dernière montraient déjà que, premièrement, la Belgique devra faire face à une récession de l’économie européenne qui durera jusqu’au printemps. Et pour l’ensemble de l’année 2023, la Commission prévoit une croissance de seulement 0,2 %. Par ailleurs, l’inflation persistera, avec une prévision de 6,1 % pour l’année prochaine.
  • Pire, le budget belge figure parmi les derniers de la classe : seule la Slovaquie affiche un déficit plus important, de 5,8 %, selon l’UE. Avec 6,1%, la Belgique prendrait donc la dernière place. Et en 2024, la Belgique sera, avec la France, la seule à ne pas passer sous la barre des 5 % de déficit : alors, si la Commission réintroduit le fameux plafond de 3 %, des mesures très lourdes s’imposeront.

Zoom avant : Le « coût » de la réduction de la TVA, c’est de cela qu’il s’agit.

  • Ce réajustement spectaculaire a été nécessaire, car la Vivaldi n’avait pas inclus le coût de la réduction permanente à 6 % sur le gaz et l’électricité. Cette mesure coûte des tonnes d’argent et, fondamentalement, soulève toujours des questions : le gouvernement subventionne l’utilisation des combustibles fossiles sans grande finesse. Sûrement difficile à expliquer pour les Verts.
  • Mais la Vivaldi soulignait que des « accises intelligentes » seraient introduites à la place, qui pourraient être ciblées pour stimuler un « comportement durable » dans la taxation. Ainsi, les gros utilisateurs paieraient proportionnellement plus de d’accises.
  • Seulement, ces accises ne sont toujours pas là : les discussions traînent au sein du gouvernement. Par exemple, le PS veut absolument éviter de pénaliser davantage les familles les plus faibles, qui comptent plus de membres et vivent dans des maisons mal isolées.
  • De plus, avec la volatilité des prix de l’énergie, il reste à voir combien de recettes proviendront finalement de ces nouvelles taxes d’accise.
  • Ajoutez à cela le fait que le dividende de la Banque nationale est également beaucoup plus faible et qu’une prime au mazout supplémentaire a été prévue : près de 400 millions supplémentaires, selon De Standaard. Au total, il y aura donc un nouveau déficit de 1,7 milliard en 2023.

La vue d’ensemble : le budget ne concerne pas que les chiffres eux-mêmes. C’est une question de crédibilité.

  • L’Open Vld se trouve dans une position particulièrement délicate : il fournit le Premier ministre, qui est bien sûr responsable en dernier ressort, mais il y a aussi la secrétaire d’État au budget, De Bleeker.
  • À plusieurs reprises, sa communication lui est revenue comme un boomerang. Par exemple, elle s’est d’abord présentée « la dame de fer » du gouvernement, ce qui a suscité des rires à l’intérieur et à l’extérieur de la coalition. La semaine dernière, elle est revenue avec un message « punitif » similaire à propos du budget, dans Het Laatste Nieuws.
  • « Je pense que nous avons vraiment une responsabilité envers les prochaines générations. J’ai deux enfants, que je ne veux pas accabler d’une montagne de dettes qui sera là si le déficit s’aggrave, si nous ne réformons pas suffisamment, si nous ne nous attaquons pas au vieillissement et si nous ne réduisons pas notre taux d’endettement », a fait valoir la secrétaire d’Etat.
  • Mais il semble que ce soit un cercle vicieux pour la secrétaire d’État : chaque fois qu’elle a adopté une position dure, même en interne, elle n’a pas été soutenue au fond par son propre parti, nous disent les partenaires de la coalition. Cela la rend vulnérable, et ses déclarations fragiles en termes de crédibilité.
  • A la N-VA, ils ont senti l’odeur du sang. Loones a immédiatement fait référence à l’interview : « La dette nationale continue d’exploser. Comment la secrétaire d’État De Bleeker va-t-elle expliquer cela à ses (et à nos) enfants ? »
  • Même le chef du parti Bart De Wever s’en est mêlé : « Nos craintes de début octobre s’avèrent maintenant être une réalité. » Le président de la N-VA a parlé d’une « politique totalement irresponsable ».
  • Ces mots acérés ne sont pas le fruit du hasard : les nationalistes flamands ont depuis quelque temps choisi ce même budget comme fer de lance pour attaquer l’équipe Vivaldi. Il s’agit d’un pari, car les électeurs ne sont généralement pas conscients du nombre de points de pourcentage dans le rouge des finances de l’État.
  • Mais le « budget » est un sujet de campagne étrangement émotionnel : il s’agit en fait de la capacité du gouvernement à gérer les finances en tant que « bon père de famille ». Le gouvernement joue donc sa crédibilité sur ce point. Et justement, la N-VA veut absolument opposer la Vivaldi à des « chiffres désastreux », et montrer le contraste avec le gouvernement flamand.
  • Mais les mésaventures qu’a connues le gouvernement flamand, en septembre dernier, avec une quasi chute de l’équipe de Jan Jambon, a été, à cet égard, une nouvelle particulièrement contre-productive pour De Wever et son parti. Il n’a pas été question de contraste, mais plutôt du constat « qu’aucun gouvernement ne fonctionne ».
  • Il s’agit donc d’un pari de la N-VA, dont il est difficile de prévoir le résultat. Mais la réputation de l’équipe fédérale est certainement écornée : le slogan selon lequel la Belgique présente le pire chiffre budgétaire de toute l’UE s’écrit de lui-même. De même, il ne sert à rien de cacher un déficit supplémentaire de 1,7 milliard quelque part dans un tableau budgétaire jusqu’à ce que l’opposition le découvre.
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