Selon une étude, le yuan deviendra de plus en plus influent dans le monde. L’US dollar et la monnaie chinoise devraient à terme co-exister, et avoir chacun un rôle et une part similaires dans les échanges internationaux. Mais il reste encore quelques obstacles du côté chinois.
Bientôt deux maîtres du monde? Le dollar et le yuan pourraient bâtir une co-dominance

Pourquoi est-ce important ?
La Chine veut s'attaquer à l'hégémonie du roi dollar, le maître des échanges internationaux. Cela est évidemment très politique : comment pourrait changer le monde au fur et à mesure que le yuan prend de l'ampleur ?Dans l’actu : une étude d’Allianz Trade sur l’évolution du monde de devises.
- A terme, le dollar et le yuan devrait atteindre une « co-hégémonie » financière. C’est-à-dire que les deux seront les deux devises les plus utilisées dans le monde pour les échanges internationaux, avec une part similaire pour l’une et l’autre.
- Pour l’instant, le roi dollar est encore aux manettes. Mais de plus en plus de pays s’avouent mécontents de sa domination. C’est particulièrement vrai pour les pays d’Asie et les pays émergents.
- Le yuan, « un challenger naturel » dû à l’économie croissante de la Chine, est en tout cas bel et bien en train de gagner de l’ampleur. L’exemple le plus marquant pour Johan Geeroms, directeur de la gestion des risques auprès d’Allianz Trade pour le Benelux, commentant l’étude, sont les discussions entre l’Arabie Saoudite et la Chine pour payer le pétrole en yuans. « S’il est un secteur dépendant du dollar, c’est bien celui du pétrole. On touche au cœur du système américain. On a surtout affaire ici à un symbole percutant. »
- Autre attaque contre le dollar : en mai, la Chine a annoncé la constitution de réserves communes, en yuans, avec d’autres pays.
- Pour les analystes, la part du yuan devrait doubler en dix ans. Elle a d’ailleurs déjà doublé depuis 2009, et dépasse désormais le yen et la livre britannique. L’euro, qui reste la deuxième monnaie la plus importante, serait à terme ‘prise en sandwich’ entre le dollar et le yuan, selon Geeroms, et son poids mondial reculera.

L’essentiel: quelle co-existence?
- Il y aurait deux scénarios. Un premier se veut optimiste : les acteurs échangeront dans les deux devises, dans un système multipolaire.
- Un deuxième est plus pessimiste. Il verrait la création de deux blocs bien distincts, où chacun des deux pays (États-Unis et Chine) aura sa sphère d’influence, et qui utilisent chacun une des deux monnaies.
- « La réalité pourrait se situer entre ces deux extrêmes car, à l’avenir, la géopolitique est susceptible de guider les tendances économiques beaucoup plus que par le passé », ajoutent les analystes.
- Les tensions montent effectivement entre la Chine et les États-Unis, notamment autour de Taïwan et des semi-conducteurs. Les États-Unis interdisent à leurs entreprises de commercer avec les fabricants de puces chinois, ou de leur fournir les technologies nécessaires à la production. L’Europe suit le pas : le Royaume-Unie et l’Allemagne ont récemment interdit des ventes d’usines de semi-conducteurs à des filiales de sociétés chinoises.
Le détail : la Chine monte en puissance, mais il y a un hic.
- Un des boulevards pour le yuan serait la Belt and Road Initiative, projet d’investissement et de construction d’infrastructure massif que la Chine suit depuis 2013, en Asie, Afrique et en Europe. « Le commerce de ces pays avec la Chine connaît une forte croissance. Rien d’étonnant donc à ce que la Chine souhaite imposer sa propre monnaie dans ces échanges », analyse Geeroms.
- Mais ce boulevard n’avance pas en ligne droite non plus. Certains des investissements dans ces Nouvelles routes de la soie se sont par exemple montrés infructueux. Il y a notamment des défauts de paiements sur des prêts qui se retournent contre la Chine, et des plaintes d’infrastructures inutiles et inutilisées.
- D’autres obstacles encore sont sur la route de la Chine vers une plus grande influence de sa monnaie : des contrôles des capitaux par exemple, qui ont dû être instaurés pour limiter une perte de valeur du yuan en 2015 et 2016, notent les analystes. Ou les régulations prises en 2021, autant pour les promoteurs immobiliers et les entreprises de la tech.
- « Alors que les dirigeants chinois ont probablement toujours pour objectif de renforcer le rôle mondial du yuan, un nombre croissant de problèmes en Chine pourrait risquer de ralentir le rythme des nouvelles réformes et l’ouverture du système financier », estiment les analystes d’Allianz Trade.
- Autre avantage pour la Chine et le yuan : l’émancipation des pays émergents, qui vont se tourner vers elle, notamment pour la technologie, « à l’heure où l’Europe est surtout préoccupée par elle-même », estime Geeroms. Un outil très utile dans ce contexte serait également le yuan numérique que la Chine est en train de créer et de tester.