Dérapage budgétaire géant: ‘Pas de raison de paniquer’, selon deux études

Sophie Wilmès et Alexander De Croo. – Isopix

À cause du coronavirus, le déficit budgétaire de la Belgique va bondir, mais ce n’est pas une raison pour paniquer. Selon des études de la KU Leuven et de l’UGent, le gouvernement peut, avec la politique adéquate, éviter que la facture de la crise n’entraîne des hausses d’impôts ou des mesures d’assainissement.

Dans les scénarios étudiés par les économistes des deux universités, l’hypothèse selon laquelle la crise sera temporaire sert de point de départ. Les différents scénarios de l’étude de la KU Leuven, par exemple, supposent tous une forte reprise économique l’année prochaine.

‘Quelle que soit l’ampleur du déficit budgétaire résultant de la crise du coronavirus, si ce déficit est temporaire, personne ne devra le payer’, déclare Freddy Heylen, professeur à l’Université de Gand.

Son collègue André Decoster de la KU Leuven arrive à la même conclusion: ‘Une facture de 10 milliards d’euros supplémentaires ne joue pas de rôle à long terme, tant que l’économie se redresse assez vite et qu’une bonne politique est menée à long terme’.

L’importance du marché du travail

Les économistes formulent également un certain nombre de recommandations aux décideurs politiques belges pour remettre l’économie rapidement sur pied. Une attention particulière est accordée au marché du travail. Selon les universitaires, si le gouvernement parvient à suffisamment maintenir l’attractivité des emplois, il peut sérieusement limiter les dégâts économiques.

Maintenant que la première tempête s’est calmée, les chercheurs de l’UGent recommandent, par exemple, d’optimiser les mesures de soutien financier. ‘En raison de l’urgence, elles ne sont pas toutes bien adaptées ou suffisamment ciblées, et elles n’encouragent pas assez la reprise du travail là où cela peut être fait en toute sécurité’, indique l’étude.

Il est frappant de constater, par exemple, que les employeurs belges utilisent beaucoup plus le système du chômage temporaire que les employeurs de France ou d’Allemagne. Cela soulève la question d’un éventuel recours excessif. ‘Il est souhaitable d’examiner de manière critique la générosité des aides et, si nécessaire, de les réduire’, peut-on encore lire.

Par exemple, on pourrait choisir d’introduire un taux de remplacement net maximum de toutes les prestations accumulées pour les chômeurs temporaires. Actuellement, le revenu peut dans certains cas être plus élevé en tant que chômeur temporaire qu’en tant que travailleur à temps plein. Si le gouvernement peut surprotéger certains groupes, d’autres ne sont par contre pas éligibles.

Stimuler la croissance

Les ‘incentives’ actuels ne sont pas bons, affirme l’étude de l’UGent. ’Même en toute sécurité, les gens tirent parfois plus d’avantages financiers à rester à la maison qu’à retourner au travail ou à continuer à travailler, même s’ils ne l’ont pas forcément décidé eux-mêmes.’ Pour remédier à cela, soit les prestations doivent être moins élevées, soit une incitation financière peut être prévue pour ceux qui travaillent – à temps partiel ou non.

Le gouvernement peut également stimuler la croissance économique – et donc réduire l’augmentation du taux d’endettement – en poursuivant une politique de demande expansionniste après la levée des mesures de confienement.

En principe, des dépenses supplémentaires pour maintenir la demande impliqueraient une détérioration budgétaire, mais les professeurs de Gand estiment, sur la base de recherches récentes, que ces dépenses additionnelles peuvent être entièrement compensées par des effets de retour lorsque l’économie sera effectivement relancée.