Crise du coronavirus: ces 5 grandes leçons sur les relations internationales

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8 professeurs et chercheurs du CECRI, le Centre d’Etude des Crises et des Conflits Internationaux (UCLouvain), ont publié mercredi dernier un rapport sur les relations internationales à l’épreuve du Covid-19. Ordre international, rôle de l’UE ou encore de l’OMS… Nous avons résumé ici 5 de leurs 14 leçons.

1. L’absence de leadership des grandes puissances

Les chercheurs constatent que depuis la crise financière de 2008, les puissances mondiales et leur rôle de moteur vacillent. Pour aujourd’hui observer un leadership totalement absent.

‘La coopération’ a laissé place à la ‘compétition’. En cause ? ‘Le repli identitaire caractérisé par un nationalisme fort et teinté de populisme’, écrit Tanguy Struye, professeur à la Faculté des sciences économiques, sociales, politiques et de communication.

L’exemple est plutôt venu des petites et moyennes puissances comme la Nouvelle-Zélande, Taïwan, l’Australie ou encore la Corée du Sud.

Conséquences: des tensions entre les 3 grandes puissances (États-Unis, Chine et Russie). Notamment via ‘des guerres par procuration qui n’en porte pas le nom’, mais qui sont bien réelles.

2. Vers une primauté chinoise ?

Touchée en plein cœur, beaucoup prédisaient à la Chine son ‘Tchernobyl’. Au lieu de cela, même ‘s’il faut néanmoins se garder de conclusions hâtives’, prévient le professeur Tanguy De Wilde, cette crise sanitaire pourrait servir de révélateur pour Pékin.

Vers un basculement de la Chine comme la première puissance mondiale ? ‘La crise du Covid-19 serait l’équivalent pour Pékin de l’entrée en guerre des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, premier signe de la puissance américaine qui triomphera après la Seconde Guerre mondiale. L’activisme médical de la Chine, couplé à son poids économique, serait en passe de la faire accéder à l’hégémonie mondiale.’

Deux limites à cette théorie: la faiblesse de l’armée chinoise par rapport à celle des États-Unis. Et l’attractivité socio-culturelle de la Chine n’équivaut pas à celle des démocraties occidentales.

3. LUE, ce malentendu

L’Union européenne a souvent été pointée du doigt dans la gestion de la crise, ‘incapable de concocter une réponse collective à la pandémie et sidérée par l’absence de coordination des mesures prises par les États membres’.

Mais le professeur Tanguy De Wilde rapporte, à juste titre, que l’UE n’agit que dans le domaine de ses compétences propres. C’est-à-dire que l’Union dépend de l’harmonisation des États et de leur gouvernement. ‘Ni l’ensemble de la politique de santé, ni la sécurité sociale, ni l’établissement d’un état d’exception ne sont du ressort exclusif de l’UE’.

L’éternel paradoxe de l’Europe politique: on l’a voit comme une entité supranationale qui décide de tout, mais c’est loin d’être le cas. Encore et toujours, l’UE est une Europe des États.

Reste que chaque crise est une opportunité pour l’Europe. Une brèche pour s’y engouffrer: ‘Constituer un stock commun de matériel médical stratégique, envisager un emprunt pour l’ensemble de la zone euro, prévoir un mécanisme d’alerte et de réponse commune pour toute crise sanitaire …’, autant de mesures qui peuvent être envisagées à l’avenir.

4. L’ONU et l’OMS, un ‘Grand machin’ ?

Un peu à l’image de l’UE, l’ONU et plus spéciquement son agence de la santé, l’OMS, a servi de bouc émissaire durant cette crise. ‘Une fois de plus’, note Michel Liégeois, lui aussi professeur en relations internationales à l’UCL.

L’exemple le plus flagrant est venu des États-Unis et de son président, Donald Trump, qui s’est d’ailleurs désengagé de l’institution, l’accusant d’être à la solde de la Chine et de ne pas avoir fait son boulot.

Or, l’ONU, ce ‘Grand Machin’ comme l’a appelé le général de Gaulle en 1960 lors d’une conférence de presse, mérite au contraire plus d’engagement selon le chargé de cours à l’École des Sciences politiques et sociales: ‘Seul un renforcement des instruments internationaux de coopération et de solidarité permettra de faire face aux crises à venir avec plus d’efficacité’,

Soit le constat posé 5 ans plus tard, en 1965, par le même de Gaulle, qu’on ne peut pas qualifier de grand défenseur du supranationalisme. L’ONU ou ‘(…) l’idée d’offrir à toutes les nations du monde la possibilité de se rencontrer sur le pied d’égalité.’

Ce constat du Général fait écho à un autre, mis en évidence dans le rapport: ‘L’ONU et l’OMS sont surtout importantes pour les plus faibles et les plus vulnérables. Avec un peu plus de 3 milliards de dollars de budget annuel, l’OMS sauve chaque année un nombre incalculable de vies. Ce montant est insignifiant si on le compare au PIB mondial, mais il fait toute la différence dans un pays comme le Niger où le budget annuel consacré à la santé ne dépasse pas 300 millions de dollars.’

La solidarité et la coopération ne sont toutefois pas la règle dans l’Histoire du monde, note le professeur. Même si certaines crises ont pu, parfois, défier cette logique du chacun pour soi, ‘on n’est pas loin de l’indécence lorsqu’au beau milieu de la pire crise sanitaire du siècle, le président américain décide de suspendre la contribution financière de son pays à l’OMS au prétexte de sombres motifs politiques. C’est, du coup, 115 millions de dollars qui manqueront à l’OMS pour mener son action. 115 millions de dollars, soit exactement le coût annuel estimé des parties de golf de Donald Trump.’

5. La guerre de l’information: suprématie russe et chinoise

Manipulation de l’information ? Rien de neuf sous le soleil. ‘Cependant, les développements technologiques et la crise de confiance à laquelle font face les démocraties n’ont fait qu’accroître le pouvoir de la guerre de l’information,’ note la chercheuse Kimberly Orinx.

Une guerre dont la Chine et la Russie ont bien mieux compris les enjeux que les puissances occidentales: ‘Les États occidentaux ont tendance à focaliser leur attention sur l’aspect purement technologique en négligeant la dimension cognitive. Cette dernière joue pourtant un rôle fondamental dans la façon dont les citoyens, derrière leurs écrans, et notamment via des réseaux sociaux appréhendent les informations qui y sont diffusées.’

Pékin et Moscou, eux, mettent en place des ‘stratégies narratives’. Plutôt qu’un discours formel, spontané, les deux capitales vont stimuler leur public cible avec un récit continu. Ce public cible s’emparera ensuite de l’information pour la répandre au plus grand nombre, notamment via les réseaux sociaux.

La pandémie a été un nouveau terrain de jeu pour cette guerre de l’information. Pékin et Moscou sont même accusés de coordonner leur désinformation. Mais on peut également parler de guerre de communication durant cette crise, la Chine et la Russie montrant fièrement le déploiement de leur personnel de santé dans plusieurs capitales occidentales.

Non-exhaustif

Pour découvrir les neuf autres leçons, tout aussi intéressantes, nous vous suggérons de vous rendre sur ce lien qui mène vers la publication complète.