Le Japon envisage de revenir sur sa politique d’hospitalisation controversée

Le Japon est confronté à une nouvelle vague d’infections au Covid. Pour empêcher les hôpitaux d’être saturés, le Premier ministre, Yoshihide Suga, a mis en place une mesure controversée. Lui et son ministre de la Santé sont déjà en train de faire machine arrière. Un nouveau revers pour le Premier ministre Suga, à l’approche des élections, selon Reuters.

Le ministre japonais de la Santé, Norihisa Tamura, a déclaré mercredi que le gouvernement envisageait de revenir sur une nouvelle politique controversée. Cette mesure demande aux patients de Covid-19 présentant des symptômes moins graves de s’isoler chez eux au lieu de se rendre à l’hôpital.

Ce commentaire, qui intervient dans un contexte de critiques croissantes à l’égard de cette politique, symbolise la lutte de Tokyo contre le variant Delta. Les craintes des citoyens de voir la mesure entraîner davantage de décès ont éclipsé les Jeux olympiques.

Un revers pour Suga

Le ministre de la Santé, Norihisa Tamura, a défendu ce changement de politique. Il a déclaré que si les personnes présentant des symptômes moins graves s’isolaient chez elles, cela permettrait au Japon de ne pas manquer de lits d’hôpitaux.

Mais, devant le Parlement, il a rétropalé, insistant sur le fait que cette règle n’était qu’une réaction impulsive à la propagation rapide du variant Delta et que la mesure pouvait également être annulée.

Depuis le début de la crise Covid, le Premier ministre Suga a fait l’objet de nombreuses critiques. Le changement de politique d’hospitalisation n’aide pas ce dernier. Depuis la pandémie, le soutien à Suga s’est effondré. M. Suga est devenu Premier ministre provisoire après la démission du précédent Premier ministre, Shinzo Abe, à la fin de l’année dernière, en raison de problèmes de santé. Pour que Suga conserve son poste, il devra remporter les prochaines élections.

Mais la règle corona est tout sauf populaire. Les partis d’opposition se sont mis d’accord mercredi pour demander au gouvernement d’abandonner la politique d’hospitalisation. Même un partenaire de la coalition du Premier ministre Suga a appelé à une révision ou à un retour en arrière.

Le variant Delta provoque une flambée au Japon

Au Japon, le nombre de cas de coronavirus a fortement augmenté. Tokyo a compté 3.709 nouveaux cas mardi, et un record de 4.058 infections samedi.

M. Suga et les organisateurs des Jeux olympiques affirment qu’il n’y a aucun lien entre les Jeux d’été du 23 juillet au 8 août et la forte augmentation des cas.

Pourtant, Shigeru Omi, conseiller médical en chef du Japon, a déclaré au Parlement que la tenue des Jeux a un impact négatif sur l’opinion publique sur la question. Il a suggéré que l’événement érodait l’effet des demandes du gouvernement de rester à la maison.

La déclaration d’un état d’urgence national pourrait être une option pour faire face à la pandémie, a-t-il déclaré. L’état d’urgence est déjà en place dans plusieurs préfectures, comme celle de Tokyo.

Les hôpitaux en paient le prix

« Les dirigeants politiques envoient des messages sérieux au public, mais probablement pas aussi forts et cohérents qu’espérés », a déclaré M. Omi. « Nous constatons que les clusters Covid-19 sont de plus en plus répandus, y compris dans les écoles et les bureaux », a-t-il déclaré.

Kenji Shibuya est l’ancien directeur de l’Institut pour la santé de la population au King’s College de Londres. Il a déclaré que la politique relative aux admissions à l’hôpital entraînerait probablement davantage de décès parmi les patients recevant des soins à domicile. Cependant, il serait difficile de ne pas introduire cette règle, car sinon les lits disponibles se rempliraient trop rapidement.

Selon lui, les seules autres options seraient de créer des hôpitaux de campagne ou de réviser la loi sur les maladies infectieuses. Cette loi donne au gouvernement plus de pouvoir pour ordonner aux grands hôpitaux publics d’admettre plus de patients Covid-19. Le gouvernement a rejeté cette mesure par le passé afin de ne pas surcharger les hôpitaux.

« Ils en paient le prix maintenant », a-t-il déclaré.

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