Comment le nouveau blockbuster « Top Gun : Maverick » symbolise la montée de la nouvelle superpuissance qu’est la Chine

Top Gun : Maverick est la suite de Top Gun et un morceau d’action hollywoodienne pure qui convaincra une fois de plus de nombreux cinéphiles occidentaux de la puissance inébranlable de l’armée américaine. Si l’on compare les deux films, tous deux interprétés par Tom Cruise, on constate toutefois des différences frappantes. Elles montrent que la montée en puissance de la Chine constitue une réelle menace pour l’hégémonie américaine.

Il frappe encore. Tom Cruise s’assure à lui seul que les cinémas attirent à nouveau les visiteurs. Car après la fin de la pandémie, les salles obscures n’ont pas tout de suite retrouvé leur public. Aux États-Unis et en Europe, les chiffres montrent une baisse de 40%. Mais la sortie de Top Gun : Maverick a suffi à leur donner un fameux coup de pouce.

La même recette ou pas ?

La recette de ce film d’action est simple. Et donc très efficace. Un groupe de pilotes d’élite, sous le commandement de l’éternel rebelle Maverick – joué par un Tom Cruise encore bien conservé – empêche un État terroriste de développer une arme nucléaire. Bien sûr, il y a les conflits obligatoires entre les pilotes, les Ray Bans, l’emblématique veste de l’acteur principal, les scènes de moteurs Kawasaki et une histoire d’amour, certes moins torride. Mais les scènes d’action restent à couper le souffle et l’armée américaine prouve une fois de plus qu’elle est imbattable.

Jusqu’ici, le dernier Top Gun ressemble à une copie du premier, qui a lancé la carrière de Cruise en 1986 et en a fait l’une des stars hollywoodiennes les plus « bankables » de tous les temps. Pour les réalisateurs, un film avec Tom Cruise est presque une garantie de succès. Il suffit de penser à la série Mission Impossible.

Toutefois, il existe de nombreuses différences qui reflètent la manière dont le monde a changé en 36 ans… et dont la Chine a progressé sur la scène géopolitique.

1. Les États-Unis ne sont plus la seule superpuissance

En 1986, les États-Unis avaient complètement digéré la guerre du Vietnam et étaient toujours la seule véritable superpuissance. L’Union soviétique était sur le point d’imploser et la Chine était encore loin d’être la puissance qu’elle est aujourd’hui. La confiance dans la domination américaine était infinie. Selon Eldridge Colby, ancien secrétaire adjoint du département américain de la Défense, les années 1980 ont été le sommet de l’hégémonie américaine.

Dans le dernier Top Gun, cette confiance en soi est étouffée. Le film est rempli de références à d’autres puissances militaires. Ils disposent eux aussi des derniers chasseurs à réaction de « 5e génération ». Une course technologique est également en cours, que les États-Unis ne sont pas assurés de remporter. La Chine, par exemple, a mis au point le chasseur à réaction furtif J20, surnommé le « Dragon puissant », qui patrouille souvent au-dessus de Taïwan.

L’avion de chasse furtif J20 de l’armée chinoise (Getty Images)

2. Nous entrons dans une nouvelle ère sur le champ de bataille

« The future is coming and you are not in it », crie l’amiral Cain, un officier qui n’a pas Maverick dans ses bonnes grâces, au début du dernier Top Gun. Sa déclaration fait référence au déclin de l’importance des pilotes humains. Aujourd’hui, l’armée américaine investit massivement dans les véhicules sans pilote et les drones contrôlés par l’intelligence artificielle. Une technologie qui était à peine disponible il y a 36 ans. Mais il s’agit maintenant d’un domaine dans lequel la Chine est très forte, en tant que premier producteur de drones, devenue usine du monde entier.

3. La nouvelle guerre froide se joue désormais par la censure

Le film produit par Paramount a été initialement financé par des fonds provenant de Tencent, l’un des plus grands conglomérats du divertissement en Chine. Mais Tencent s’est retiré par crainte d’offenser le gouvernement chinois. Alors que les films d’action précédents, glorifiant l’armée américaine, faisaient sans scrupule référence à l’ennemi russe, aux terroristes talibans ou à l’État voyou de la Corée du Nord, toute référence au nouveau rival des États-Unis est soigneusement évitée. Et pourtant, ce n’était pas suffisant.

Il est frappant de constater que, pour la première fois, Hollywood se défend réellement. Preuve que même l’industrie cinématographique américaine en a assez. Ainsi, sur la veste de pilote de Maverick se trouvent les drapeaux de Taiwan et du Japon. Ces deux drapeaux ont été initialement retirés dans la bande-annonce de 2019. Il ne fallait pas contrarier le sponsor chinois. Dans le film, ils sont bien là. Cela signifie que le Top Gun : Maverick ne sera certainement pas projeté en Chine. Ce qui montre que même Hollywood a renoncé à essayer de trouver un accord avec les censeurs chinois.

4. Le film est woke approved

En soi, cela n’a rien à voir avec la Chine, mais cela reflète l’évolution de l’esprit du temps. Dans le premier Top Gun, il y a une scène légendaire dans laquelle Maverick défie son copain de vol Goose – pour 20 dollars, pas moins – de séduire Charlie, jouée par Kelly McGillis. Il va jusqu’aux toilettes pour arriver à ses fins. Aujourd’hui, cela serait considéré comme du harcèlement sexuel. Dans le dernier Top Gun, les deux pilotes font un nouveau pari pour 20 dollars. Comment ? En jouant aux fléchettes.

Cela dit, vous n’êtes pas obligé de réfléchir à tout cela quand vous serez confortablement assis dans votre siège. Pour les plus âgés d’entre nous qui ont besoin d’un bon morceau de nostalgie, c’est une excellente occasion de profiter d’un chouette moment de divertissement avec un seau de pop-corn. Pour la dernière génération, c’est un énième film d’action, la seule recette qui semble encore fonctionner. Et qui peut tenir son rang parmi toutes les sequels de Marvel, des Avengers à Spider Man. Profitez-en !

Xavier Verellen est un auteur et un entrepreneur. Son livre Top athletes are CEOs, qui montre que le leadership fait la différence entre les champions et les super champions, est en vente chez Standaard Boekhandel et en ligne sur https://topsporterszijnceos.businessam.be/.

(OD)

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