Changement de cap politique en Australie : qu’est ce que ça change pour le combat climatique ?

L’Australie de Scott Morrison était un bastion de résistance à l’engagement contre le changement climatique. La défaite de ce dernier et l’arrivée au pouvoir des Travaillistes et du nouveau Premier ministre Anthony Albanese, qui en représente l’aile gauche, pourrait tout changer.

L’île-continent australe, avec ses 7.692 millions de km² pour seulement 25,69 millions d’habitants, a longtemps été un bastion d’opposition à la mise en place de mesures fortes pour lutter contre le changement climatique à l’échelle planétaire. Le Cop26 de novembre dernier, la grande conférence internationale sur la crise climatique qui s’est tenue à Glasgow, nous en a fourni un bel exemple. Scott Morrison, le Premier ministre alors en fonction, s’y est fait désirer, alors que son pays était justement mis sous pression pour en faire plus pour le climat. Morrison avait à la même époque vertement critiqué le très alarmant rapport du GIEC de l’époque.

La fin du règne des amateurs de charbon

Mais ça, c’était avant le 21 mai dernier ; après 9 ans au pouvoir sans interruption, le Parti libéral d’Australie de Scott Morrison a perdu les élections au profit du candidat travailliste Anthony Albanese. Et celui-ci compte bien rompe avec la politique du tout-charbon de son prédécesseur, qui avait toujours prêté une oreille attentive aux desiderata de cette part importante de l’économie australienne.

Albanese, quant à lui, compte bien faire changer le cap Down under : d’ici 2030, il veut les réduire de 43 % par rapport au niveau de 2005 contre 28 % pour son prédécesseur, adepte du « techno-solutionnisme » selon Novethic.fr. Les travaillistes promettent des aides pour l’achat de voitures électriques et ont des projets sur l’énergie solaire et les batteries. Ils veulent aussi adopter un mécanisme renforcé pour inciter les grandes entreprises à réduire leurs émissions.

Il faut dire que le sujet est, sans jeu de mots, brûlant : les Australiens subissent déjà les effets catastrophiques de changement climatique, entre sécheresses récurrentes et incendies gigantesques catastrophiques. Dans ce contexte, l’inaction du Parti libéral s’est retournée contre lui, offrant une progression nette au labour comme aux Verts australiens aux élections fédérales de samedi dernier.

Lueur d’espoir pour les nations insulaires

Une ligne qui change aussi du tout au tout par rapport à celle du gouvernement précédent sur le sujet des réfugiés climatiques et de l’aide à apporter aux nations insulaires « voisines » du Pacifique, en première ligne face à la montée des eaux. Pour des pays comme les Samoa ou Kiribati, l’arrivée au pouvoir d’un Premier ministre australien qui reconnait l’urgence de la crise climatique ouvre un nouvel espoir de coopération, voire de relocalisation des populations si on en arrive là. Ce qui risque bien d’être le cas dans le siècle à venir.

Salaires plus élevés et politique de santé

Sur le plan intérieur aussi, Albanese est considéré comme une bonne nouvelle pour une part fort négligée de la population australienne : les peuples natifs de l’île-continent, généralement appelés aborigènes en français. La reconnaissance de la culture aborigène est un élément clef du programme d’Anthony Albanese : « Nous serons encore plus forts, plus soudés et plus fiers si (…) nous reconnaissons que notre histoire n’a pas commencé en 1788, mais avec les 65.000 ans de la plus ancienne civilisation ininterrompue de la planète ». Le futur gouvernement a aussi promis un référendum pour modifier la Constitution et étendre les droits des autochtones.

Les travaillistes ont aussi promis d’augmenter le salaire minimum et de simplifier l’accès au système d’assurance-maladie. Mais pour ce programme chargé, tenir le gouvernail ne fait pas tout, il faut aussi ramer. Si Albanese a pu se constituer un gouvernement et prêter serment dès ce lundi, celui-ci devra travailler face à une opposition encore très présente dans les deux chambres australiennes.

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