« C’est proche de notre pire scénario »: pourquoi la vague de chaleur qui frappe l’Europe est aussi une très mauvaise nouvelle pour notre électricité

Depuis plusieurs mois, l’Europe ne cesse de chercher des alternatives pour éviter un chaos énergétique l’hiver prochain, la nette baisse des importations de gaz russe faisant craindre le pire. Si certains espéraient que la période estivale permette de souffler un peu, la canicule de ces derniers jours chamboule les plans.

Naturellement, on a tendance à penser que ce sont des températures extrêmement basses qui sont le grand danger pour la sécurité énergétique, la consommation d’électricité étant décuplée lors de ces périodes. C’est bien vrai: l’Europe prie pour que l’hiver à venir soit le moins rigoureux possible. Mais lorsque le mercure s’envole, ce n’est pas une bonne nouvelle non plus.

La vague de chaleur qui s’abat sur le Vieux Continent depuis quelques jours fait du tort à de nombreuses sources de production d’électricité. Cela aggrave une situation déjà alarmante: les prix repartent à la hausse et le spectre de pénuries pour l’hiver rejaillit de plus belle.

« L’espoir était que l’été apporte un peu de répit au marché européen de l’énergie », a indiqué au Financial Times Fabian Ronningen, analyste chez Rystad, un cabinet de conseil. « Mais cette canicule va aggraver la crise plus tard et cela s’annonce mal pour l’hiver. C’est proche de notre pire scénario ».

Le nucléaire touché pour des raisons environnementales

Parmi les secteurs qui souffrent de ces chaleurs, on retrouve le nucléaire. L’eau des rivières utilisée pour le refroidissement n’est plus suffisamment froide. Le problème n’est pas qu’elle deviendrait inapte pour refroidir les systèmes, mais bien que, quand elle est rejetée, elle aura été encore plus réchauffée. Ce qui pourrait causer des soucis environnementaux.

Certaines centrales sont donc contraintes de diminuer leur production. C’est notamment ce qu’il se passe en France ces derniers jours, où la centrale de Golfech, aux bords de la Garonne, a annoncé le 13 juillet une réduction de production prévue pour une dizaine de jours. Dans des situations exceptionnelles – c’est le cas pour le moment -, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) peut toutefois accorder des dérogations pour éviter de manque d’électricité.

« Il est très inhabituel de relever ces limites » et cette décision montre « à quel point » les autorités françaises sont désespérées, a commenté auprès du FT Reinhard Uhrig de Friends of the Earth Austria.

Le charbon à la peine, l’hydroélectrique aussi (forcément)

Redevenu « tendance » dans certains pays d’Europe ces derniers mois, le charbon est lui aussi atteint par la canicule. Le problème concerne non pas la température des cours d’eau, mais leur niveau. Avec la sécheresse, il est au plus bas. Ce qui force les navires à diminuer la quantité de charbon qu’ils peuvent acheminer vers les centrales.

En Allemagne, le Rhin est à son niveau le plus bas depuis dix ans. « À mesure que le niveau de l’eau baisse, le calcul de la quantité transportable devient de plus en plus difficile », a noté le capitaine d’un navire de HGK Shipping, une société allemande de navigation intérieure. « Chaque tonne que nous pouvons emporter avec nous compte ».

Bien évidemment, au vu de la sécheresse, les centrales hydroélectriques sont également mises sous pression. Au Portugal, par exemple, certaines ont dû être mises à l’arrêt. Par rapport à la moyenne de ces sept dernières années, la production actuelle y est ainsi réduite de moitié.

En outre, il apparaît que, face à ces températures extrêmement élevées, les centrales au gaz sont moins efficaces. Et si les panneaux photovoltaïques profitent de la météo pour enregistrer des records, il s’avère que de telles températures ne sont toutefois pas idéales pour assurer un fonctionnement optimal des centrales solaires. Sans oublier que le vent vient parfois à manquer avec les grosses chaleurs, ce qui rend les éoliennes inutilisables.

Et pourtant, la demande augmente

Vous l’aurez compris, à peu près tous les moyens utilisés par l’Homme pour produire de l’électricité sont touchés – à des degrés très variés, bien sûr – par la vague de chaleur. Or, dans le même temps, celle-ci a aussi pour effet… de pousser la demande à la hausse. Pour se protéger face à la chaleur, nombre de consommateurs font fonctionner leur air conditionné et/ou leurs ventilateurs à plein tube.

Conséquence immédiate de ce chassé-croisé production/demande d’électricité: les prix – déjà très élevés – de l’électricité grimpent encore, alors même que ceux du gaz ont tendance à baisser depuis quelques jours.

Selon William Peck, analyste du marché européen de l’électricité chez ICIS, un groupe d’analyse énergétique, les prix de gros de l’électricité en France et en Allemagne sont même en passe d’atteindre leurs niveaux hebdomadaires et mensuels les plus élevés depuis la libéralisation du marché à la fin des années 1990, même après ajustement de l’inflation.

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