Ce qu’il se passe en Floride actuellement est-il un avertissement pour cet été chez nous ?

Isopix

Les scientifiques considèrent la Floride – l’État américain le plus avancé dans la levée des restrictions, la réouverture de la société et l’accueil des touristes – comme un canari dans la mine de charbon. Et à en juger par ce qui se passe là-bas en ce moment même, alors que des hordes d’étudiants ont envahi les lieux pendant les vacances de printemps, cela pourrait être un avant-goût de ce qui se déroulera cet été chez nous.

Le nombre d’infections confirmées en Floride augmente régulièrement, bien que les hospitalisations et les décès soient toujours en baisse. Au cours de la semaine dernière, l’État a enregistré en moyenne près de 5.000 cas par jour, soit une augmentation de 8% par rapport à la moyenne de deux semaines précédentes. C’est qu’équivalent du nombre de contaminations en Belgique – qui est à nouveau dans une situation critique selon la plupart des experts – mais avec une population de 21 millions d’habitants.

Le variant B.1.1.7 – plus contagieux et identifié pour la première fois en Grande-Bretagne – augmente également de façon exponentielle en Floride, où il représente une proportion plus élevée (par rapport au total des cas) que dans tout autre État, selon les chiffres recueillis par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Les experts s’attendent à une nouvelle augmentation du nombre de cas, et dans la foulée à une hausse des hospitalisations et des décès.

15 pour cent vaccinés en Floride

La Floride a l’une des campagnes de vaccination les plus désordonnées et inefficaces des États-Unis. Environ 15 pour cent de la population a maintenant été entièrement vaccinée – beaucoup plus qu’ici, mais bien en deçà des performances d’autres États, tels que le Nouveau-Mexique et le Dakota du Sud. Mais la vaccination des personnes âgées et d’autres personnes à haut risque pourra quelque peu minimiser les décès en Floride. L’État élargit sa stratégie et a annoncé qu’il offrait le vaccin à toute personne âgée de plus de 18 ans dès le 5 avril.

La question est maintenant de savoir si la hausse des cas en Floride est le résultat de l’invasion de touristes. Des hordes d’étudiants se sont installés dans l’État pendant les vacances de printemps, et ce, depuis la mi-février. Beaucoup d’entre eux ignorent les quelques règles qui existent encore en Floride. Les spring breakers s’adonnent à la fête, souvent sans masque et sans distance sociale. Les couvre-feux ne sont souvent pas respectés, ce qui a donné lieu à plusieurs interventions policières musclées.

Les étudiants font la fête dans la salle Elbo de Fort Lauderdale Beach pendant les vacances de printemps en pleine pandémie de Covid-19. – Isopix

Le comté de Miami-Dade, qui comprend Miami Beach, a connu l’une des pires épidémies du pays et continue d’enregistrer des chiffres élevés. La province a enregistré en moyenne plus de 1.100 cas par jour au cours de la semaine écoulée pour 2,7 millions d’habitants. Dans le comté d’Orange, les cas sont en augmentation chez les jeunes. Les personnes âgées de 45 ans et moins représentent une hospitalisation sur trois en raison du nouveau variant qui semble plus virulent et toucher les plus jeunes.

La Floride n’a jamais vraiment appliquer de mesures strictes. En septembre, le gouverneur DeSantis a par exemple interdit aux gouvernements locaux d’appliquer leurs propres mesures. Ses conseillers scientifiques comprennent des architectes de la Déclaration de Great Barrington, qui a appelé les dirigeants politiques à permettre au coronavirus de se propager naturellement chez les jeunes pour former une immunité collective.

Scénario du pire

DeSantis est accusé par les experts d’avoir fait la pub pour que son Etat accueille des millions spring-breakers. Au début du mois de mars, DeSantis a en effet supprimé les amendes pour les personnes et les entreprises qui enfreignaient les règles contre le Covid. Le gouverneur avait déjà annulé les restrictions dans les bars et les restaurants – alors même que de nouveaux variants apparaissaient un peu partout en Floride.

Mis à part le républicain DeSantis, une autre chose qui a poussé les étudiants à affluer en masse en Floride: c’est vraiment bon marché en ce moment. Les vols vers l’État et les hôtels ont des tarifs très bas.

Pour les experts, l’idée que les étudiants se retrouvent dans des bars et boivent, en particulier dans un endroit comme la Floride – qui n’a par exemple jamais rendu obligatoire le port du masque – a tout du scénario cauchemardesque. Les bars sont particulièrement dangereux car non seulement ils sont surpeuplés, mais il y a souvent de la musique à plein pot, il ce qui pousse à crier, ce qui augmente la propagation du virus.

Quel sera l’effet du flux de voyageurs? On ne le verra sans doute que dans plusieurs semaines, une fois les vacances de printemps terminées, lorsque les étudiants rentreront chez eux, pour potentiellement propager le virus aux membres de leur famille et ensuite à d’autres personnes à travers les États-Unis. Si les choses venaient à se compliquer, ce sera à coup sûr un signal très important à écouter en Europe pour les prochaines vacances d’été.

La vaccination devra jouer son rôle sans quoi l’industrie du tourisme peut s’attendre à un nouvel été compliqué. Réponse dans quelques semaines déjà.

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