Ce que signifient vraiment les plans ‘zéro émission’ des compagnies de pétrole

(Isopix)

Eni, Shell, BP, Total ou encore Repsol ont chacune proposé un plan de réduction de leurs émissions de carbone. Mais chacune à sa manière et selon des normes différentes. Et cela ne semble toujours pas suffisant pour s’aligner sur les accords de Paris.

Les différentes compagnies européennes de gaz et de pétrole parlent toutes d’un plan ‘net zero’. Sous-entendu: elles vont réussir à faire descendre leurs émissions de carbone à zéro. Mais en réalité, il n’existe aucun consensus sur la véritable signification de cette expression de manière chiffrable. Les compagnies peuvent donc jouer sur les mots.

3 étages d’émissions

Comme l’explique Bloomberg, les émissions de carbone sont classés en trois champs, appelés scopes:

  1. Scope 1: les émissions que produisent les entreprises sur leur site.
  2. Scope 2: les émissions produites par des tiers pour le compte de l’entreprise.
  3. Scope 3: les émissions produites par les consommateurs quand ils utilisent les énergies achetées à l’entreprise.

Toutes les entreprises qui ont publié un plan ‘Net Zero’ sont d’accord pour réduire entièrement les émissions des premier et deuxième champs pour 2050. C’est la partie la plus facile, car à eux deux, ils ne représentent que 10% des émissions.

Mais c’est le Scope 3 qui pose le plus problème, car c’est là où les émissions sont les plus importantes. De ce fait, chaque entreprise a son propre objectif. Par exemple, BP et Repsol ne s’occuperont que de réduire à zéro le carbone émis par leur propre production. Le gaz ou le pétrole qu’ils vendent, mais qui est produit par d’autres sont une préoccupation secondaire. De son côté, Shell a décidé de ne réduire que de 65% les émissions du Scope 3 d’ici 2050.

Accords de Paris

Au final, aucune des entreprises n’atteint zéro émission de carbone. Et d’autant plus quand on sait qu’une bonne partie des émissions continueront d’être produites. Elles seront simplement annulées par des projets d’absorption du carbone comme planter des arbres.

Selon la Transition Pathway Initiative (TPI), qui a pour objectif de soutenir les entreprises dans leur transition écologique, les plans ‘Net zero’ des ces compagnies ne seront pas suffisants pour atteindre les objectifs établis lors des accords de Paris.

Pour réduire le réchauffement climatique à 2°C au dessus des niveaux pré-industriels, il faudrait une réduction de 90% de toutes les émissions de carbone. Et pour le limiter à 1,5°C, il faudrait un véritable ‘Net zero’, soit une réduction de 100% des émissions.

Selon la TPI, pour y arriver, le premier pas est de s’accorder sur une définition précision d’un plan ‘Net zero’. Ainsi lorsqu’une entreprise indiquera qu’elle a un objectif ‘Net zero’, il sera impossible de jouer avec les chiffres et tout le monde saura clairement où elle veut en venir.

Eni, l’OMV, mais aussi Shell, qui considère être sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de l’ONU, ont déjà annoncé qu’ils allaient réfléchir à de nouveaux objectifs de réduction d’émission.

Toutefois, les grandes compagnies européennes de pétrole et de gaz font mieux que les géants américains, qui ne sont encore nul part dans les objectifs de réduction d’émissions. Mais elles ne font peut-être que suivre l’avis du président des Etats-Unis, Donald Trump, qui s’est retiré des accords de Paris.