Loi climat: les 5 défis de l’Europe pour la neutralité carbone en 2050

Des manifestants défilent lors d’une action de grève des étudiants organisée par ‘Youth For Climate’ à Bruxelles, le 7 février. (EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ)

Si l’Europe veut devenir neutre sur le plan climatique d’ici 2050 comme le prévoit le Green Deal, elle doit s’y mettre tout de suite. La Commission européenne a présenté ce mercredi sa ‘loi climat’ (sous l’œil désapprobateur de Greta Thunberg), une première à l’échelle d’un continent. Il y a pourtant encore beaucoup à faire pour marquer le coup, et c’est déjà trop tard pour les militants.

‘Des émissions nettes nulles d’ici 2050 pour l’UE équivalent à une capitulation. Cela signifie renoncer […], l’arrogance de législateurs qui prétendent que [leur] projet, au mépris du consensus scientifique, résoudra d’une manière ou d’une autre la plus grande crise à laquelle l’humanité ait jamais été confrontée. Nous n’avons pas seulement besoin d’objectifs pour 2030 ou 2050. Nous en avons surtout besoin pour 2020 et pour les mois et années à venir’.

La lettre coup de point de Greta Thunberg et d’autres militants aux dirigeants européens ne fait pas de doute sur les nombreux défis qui attendent l’UE. Tout comme le coup de pression de Greenpeace qui a projeté sur la façade de la Commission l’image d’une planète en flammes, encadrée par deux messages: ‘La maison est en feu’ et ‘2050 c’est trop tard’. Si la loi climat doit maintenant faire l’objet d’un dialogue législatif entre le Parlement et les Etats membres, un long chemin semé d’embûches l’attend encore.

1. Des rythmes différents

À commencer par un problème bien caractéristique de l’Union: les 27 pays membres n’avancent pas tous à la même allure vers l’objectif climatique européen de neutralité en 2050. La Pologne surtout a déjà fait savoir qu’elle avancerait à son propre rythme, elle qui est encore dépendante à 80 % du charbon pour ses besoins en électricité. Tandis que d’autres pays (souvent plus riches) comme l’Autriche, le Danemark, la Finlande et la Suède comptent atteindre la neutralité carbone bien avant l’échéance, indique Politico.

Une proposition de loi est cependant à l’étude pour donner à la Commission le pouvoir d’imposer des réductions d’émissions plus strictes tous les cinq ans après 2030. Et rendre les obligations difficiles à bloquer à la fois pour les pays membres réticents et le Parlement.

2. Augmenter les objectifs actuels

Mettre une échéance à 2050, c’était encore facile. C’est maintenant que commence la bataille, celle (nécessaire au Green Deal) de réduire les émissions de 40 % d’ici 2030 (par rapport à 1990). La ‘loi climat’ esquive pourtant encore cette fatalité: Ursula von der Leyen (la présidente de la Commission) a bien proposé de relever le niveau à -50 %, voire – 55 %, mais la réflexion est pour l’heure suspendue. De quoi rendre Greta Thunberg furieuse, en effet, et de la faire manifester dans les rues de Bruxelles ce vendredi.

C’est qu’ici aussi, les pays membres se divisent sur la question, sans compter la Commission et le Parlement européen. La cacophonie générale entre les pays du nord-ouest de l’Europe favorables à une réduction de 55 % et ceux dépendant du charbon ne risque pas de faire avancer le schmilblick climatique et l’échéance de 2050.

3. Le coût des investissements

C’est bien beau de vouloir investir pour le climat, mais beaucoup se demandent qui paiera la note – et qui bénéficiera de tout cet argent que nécessite le passage au vert. Si les pays riches font pression pour des objectifs climatiques plus ambitieux, ils sont cependant plus frileux quand il s’agit d’augmenter leur contribution au titre du prochain budget septennal de l’UE. Un clivage qui a ici encore rendu furieux les pays moins fortunés… Et fait planter le sommet budgétaire du mois dernier.

Les États membres se disputent déjà les 7,5 milliards d’euros proposés dans le cadre du Fonds de transition équitable (FTJ), l’initiative de la Commission qui aiderait les régions à forte intensité de carbone à passer au vert. Qui en profiterait? Surtout la Pologne, mais aussi l’Allemagne, la Roumanie et la République tchèque. De quoi susciter des jalousies, comme celle de l’Espagne qui se plaint de ne pas avoir plutôt récompensé les pays qui se sont mis au vert en avance…

4. Aspirer les émissions supplémentaires

Si l’Europe veut atteindre la neutralité carbone en 2050, elle doit trouver un moyen d’absorber des émissions qui ne peuvent pas être réduites. ‘L’Union devrait viser à atteindre un équilibre entre les émissions anthropiques à l’échelle de l’économie et l’élimination, par des solutions naturelles et technologiques, des gaz à effet de serre au sein de l’Union d’ici 2050’, indique le projet de loi sur le climat.

Les forêts sont par exemple de plus en plus plébiscitées pour absorber l’excédent d’émission en promouvant par exemple le bois comme matériau de construction et comme remplaçant au charbon et d’autres combustibles fossiles. Mais pour les défenseurs de l’environnement, ce serait tout bonnement le serpent qui se mord la queue, menaçant non seulement les forêts et la biodiversité, mais réduisant également la capacité des arbres à absorber les émissions en les… brûlant.

5. L’Europe contre le reste du monde

Quand on parle de climat, on pense forcément à la COP26 sur les changements climatiques qui se tiendra en novembre. Pour ne pas finir sur un échec semblable à l’édition précédente, l’Union devra faire valoir fermement sa neutralité climatique lors des négociations. Une gageure alors qu’elle ne parvient pas à atteindre le consensus parmi ses membres.

L’Union entend tout de même convaincre ses concurrents économiques et les plus gros polluants de la nécessité de l’action climatique. ‘Ce n’est pas la puissance militaire qui fera de nous des leaders dans le monde, c’est l’attrait et le succès de notre société qui font de nous des leaders dans le monde’, a pour sa part déclaré Frans Timmermans, chef du Green Deal, en février. L’UE risque pourtant de s’attirer les foudres du reste du monde, notamment avec sa proposition de taxe carbone à la frontière censée protéger les entreprises européennes des concurrents et leurs juridictions plus laxistes. Un défi de plus à inscrire sur les Nombreux Travaux de l’Union européenne…

Lire aussi: