Brexit : à quelle sauce la City londonienne sera-t-elle mangée?

J. Barbosa. Crédit : Unsplash

L’accord commercial établi entre le Royaume-Uni et l’Union européenne laisse la City de Londres dans le brouillard le plus total. Le quartier historique est le point de chute des acteurs du monde de la finance, et ses travailleurs ignorent comment le consensus, qui repose sur 1.255 pages, impactera leurs affaires. 

Le secteur financier britannique voit avec nervosité la concrétisation du Brexit. Le sort de la City de Londres n’est pas acté dans le texte réglementant les futures relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, et les négociations se poursuivent en parallèle. 

De quoi s’agit-il ? Un protocole d’accord séparé sur la finance doit être négocié entre Londres et Bruxelles d’ici mars 2021. Dès l’annonce du Brexit, en 2016, la City a fait un intense lobbying auprès du gouvernement britannique pour qu’il lui permette de conserver son accès au marché unique, sans devoir se plier à la réglementation européenne.

Et pour cause. D’après le New Financial, en 2018, la Grande-Bretagne détenait environ un tiers des activités sur les marchés des capitaux de l’UE.

La situation pourrait bien évoluer à partir de 2021 :

  • À partir du 1er janvier, le secteur financier de Londres va perdre son ‘passeport’ européen. Ce dispositif qui lui permettait jusqu’ici de vendre − depuis le Royaume-Uni − des produits et services financiers dans l’UE.
  • Une grande partie des institutions financières britanniques a déjà installé (ou déployé) des équipes dans l’Union européenne, de Paris à Francfort en passant par Amsterdam, pour pouvoir y transférer une partie de ses activités. Cette décentralisation se chiffre aujourd’hui à pas moins de 7.500  postes délocalisés

Le régime d’équivalences

Les établissements britanniques pourront toujours demander des ‘équivalences’. Ce régime permet à l’UE de reconnaître qu’un État tiers dispose dans un domaine d’un cadre réglementaire équivalent au sien pour lui accorder, du moins en partie, un accès à son marché.

  • Mais cette approche comporte plusieurs inconvénients.L’accès à ces produits et services est quelque peu entravé. L’équivalence n’est possible que dans certains secteurs et cette dernière pourrait être révoquée avec un préavis de 30 jours, alors que Londres souhaitait des délais bien plus longs.
  • Jusqu’à présent, les deux parties ont fait des offres différentes en matière d’équivalence. Mais l’UE, cependant, n’a offert que des droits d’équivalence temporaires, et seulement dans quelques domaines qu’elle considère comme cruciaux pour sa propre stabilité financière
  • L’UE a accepté de prolonger de 18 mois, à partir de janvier 2021, son autorisation pour que les Chambres de compensation londoniennes, qui gèrent l’essentiel du risque en Europe sur certains produits financiers, puissent poursuivre leurs activités.

La City n’a pas dit son dernier mot…

  • Le gouvernement britannique va retrouver sa souveraineté en matière de réglementation financière. Il est fort probable qu’elle en profite pour modifier certaines règles afin de préserver son attractivité . Les règles de cotations en Bourse pourraient également être assouplies. 
  • La Grande-Bretagne passera du statut de ‘principal partenaire d’un grand bloc’ à celui d’acteur indépendant. Londres pourrait aussi devenir un centre financier plus ouvert sur l’extérieur et entretenir des liens plus étroits avec l’Asie et au Moyen-Orient. 
  • La City entretient des liens privilégiés avec les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Inde. La capitale britannique est un centre mondial incontournable pour certains marchés, comme celui des métaux, de l’assurance et de la levée de fonds pour les start-up technologiques
  • La City pourrait également profiter de sa rupture avec l’Europe pour exceller dans la finance verte, un secteur dans lequel elle est déjà un leader mondial. 
  • Une grande partie des activités liées à l’UE continuera d’être réalisée en Grande-Bretagne pour le moment. 

L’avenir de la City londonienne est actuellement incertain, mais une réponse n’en demeure pas moins probable : Il y a aura des dégâts,  certes, mais pas de catastrophe au point de provoquer un changement radical au niveau des entreprises.