BlackRock, plus grand gestionnaire d’actifs du monde, dégrade sa notation des actions de Wall Street, craignant la récession que la Fed pourrait provoquer

BlackRock abaisse sa notation, pour les actions américaines, à « neutre ». Comme explication, le gestionnaire d’actifs pointe la tâche délicate de la Fed de combattre l’inflation en évitant la récession, où elle pourrait échouer. Directement liés également: les impacts de la hausse des prix de l’énergie et de la nourriture, et du ralentissement de la croissance en Chine, sur l’économie mondiale. BlackRock ne voit pas (vraiment) d’élément qui pourrait renverser sa notation dans l’immédiat.

Un nouveau coup dur pour le marché boursier américain. Black Rock, le plus grand gestionnaire d’actifs du monde (actifs qui représentent une valeur de 10.000 milliards de dollars), change sa notation pour les actions américaines, et les considère désormais comme « neutres ». Dans de tels classements, « neutre » est l’étape avant « négatif ». Un tel changement d’étiquette de la part d’un acteur de cette taille est un fameux camouflet pour Wall Street, qui n’est donc plus vu comme un bon produit d’investissement (mais pas comme mauvais non plus).

Mais ce n’est pas uniquement une mauvaise nouvelle pour Wall Street. La raison derrière cette dégradation de la notation est la Fed, et sa tâche plus que délicate de combattre l’inflation en évitant la récession. « Le pivot hawkish (strict) de la Fed a augmenté le risque que les marchés voient les taux rester en territoire restrictif. La vente massive depuis le début de l’année reflète en partie cette situation, mais nous ne voyons pas de catalyseur clair pour un rebond », explique BlackRock, cité par Markets Insider. « S’ils augmentent trop les taux d’intérêt, ils risquent de déclencher une récession. S’ils ne les resserrent pas assez, le risque devient une inflation galopante. Il est difficile d’envisager une issue parfaite. »

Récession?

C’est que le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a indiqué à maintes reprises que l’institution fera tout ce qui est en son possible pour freiner l’inflation. Selon lui, le marché de l’emploi et les dépenses des consommateurs sont encore en assez bonne position de force pour que l’économie supporte différentes hausses des taux d’intérêt. D’ailleurs, le monde économique s’attend à deux hausses de 0,5 point de pour cent aux prochaines réunions (début juin et fin juillet). La hausse de 0,5 point de pour cent au début du mois de mai était la première de cette envergure en plus de vingt ans.

Mais voilà où BlackRock voit justement les risques de récession. Habituellement, en cas de ralentissement de l’activité économique, la Fed peut donner un coup de main à l’économie en baissant les taux d’intérêt (emprunter de l’argent coûtera alors moins cher, ce qui favorise les dépenses et relance l’activité) et en (r)achetant des actifs comme des obligations. Mais comme elle s’est déjà engagée à augmenter les taux d’intérêt et à se débarrasser des actifs en sa possession, l’économie ne pourra pas compter sur ce coup de pouce en cas de période de ventre mou.

L’énergie, l’Ukraine et la Chine

Le passage à la note « neutre » n’est cependant pas uniquement la faute de la Fed et de l’ombre que ses politiques monétaires font planer sur l’économie. La hausse continue des prix de l’énergie et des autres biens comme la nourriture, résultant en partie de la guerre en Ukraine, ainsi que les confinements chinois et le ralentissement économique qu’ils créent dans le pays, mettent également à mal l’économie mondiale. Et par extension les actions américaines.

« Nous nous attendons à ce que la détérioration des perspectives économiques de la Chine soit un frein à la croissance mondiale – et nous pensons que les prévisions du consensus concernant la croissance du PIB de la Chine en 2022 seront probablement revues à la baisse », analyse BlackRock. Il y a peu, le gestionnaire d’actifs a également revu la notation des actions chinoises à la baisse, les décrivant comme « neutre » également, faute d’action du gouvernement chinois pour éviter le marasme.

Frein soudain de l’inflation?

Le seul élément qui pourrait renverser la tendance et la notation de BlackRock serait un frein soudain de l’inflation : ainsi la Fed pourrait revoir sa stratégie et ne pas dérouler toute la batterie des hausses des taux d’intérêt par tranches élevées.

Mais est-ce qu’un tel frein soudain est une simple hypothèse théorique pour l’estimation des résultats économiques et des politiques monétaires, ou est-il une vraie possibilité? Selon Tom Lee, analyste pour Fundstrat, cité par Markets Insider, une telle possibilité de frein soudain existerait bel et bien. Mais il s’agit d’une bonne et d’une mauvaise nouvelle en même temps : le nombre de licenciements augmente, le nombre de nouveaux emplois créés ralentit. Cela pourrait freiner les augmentations de salaires (nécessaires pour attirer ou garder les talents dans les entreprises, car le marché de l’emploi des Etats-Unis est en plein boom et les employés n’hésitent pas à aller voir ailleurs) qui sont, dans le cas de figure américano-américain, un moteur de l’inflation.

Mais sur les signes de ralentissement, du marché de l’emploi tous ne semblent pas d’accord. Dans tous les cas un tel jonglage avec le taux de chômage pour juguler l’inflation (qui fait partie des armes de la Fed) peut aussi être contre-productif : un scénario de chômage élevé induit la peur de la perte de l’emploi, et limite les dépenses des consommateurs, et avec elles l’activité économique, ce qui nous ramène vers le scénario de récession.

Dans tous les cas, les prochains chiffres de l’inflation, du marché de l’emploi et de la hausse des taux d’intérêt seront cruciaux pour encore mieux évaluer la situation.

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