Barbecue à Brakel ce soir, mais les braises ont déjà été attisées : les libéraux et le PS se sont à nouveau affrontés à la Chambre sur les pensions

La Vivaldi a encore du pain sur la planche. L’échéance du 21 juillet se rapproche et un nouvel obstacle se profile : les pensions. Les libéraux et les socialistes se sont affrontés à la Chambre sur cette question. Ce week-end, Alexander De Croo (Open Vld) souhaite une percée. Mais même sur le maigre paquet de mesures qui est sur la table, il n’y a pas d’accord. Ce soir, une réunion informelle est organisée au domicile du Premier ministre, à Brakel, avec tous les membres du gouvernement : il s’agit de retrouver un esprit d’équipe. Mais le rapport final des experts sur le pouvoir d’achat est aussi attendu pour ce lundi, alors que tous les feux sont au rouge au niveau économique.

Dans l’actualité : Pas de pluie mais un ciel bleu prévu ce soir à Brakel.

Les détails : le barbecue de la Vivaldi peut donc avoir lieu.

  • Peut-être que Karine Lalieux (PS), Thomas Dermine (PS) et Eva De Bleeker (Open Vld) se retrouveront ce soir autour d’un verre de vin italien et d’une entrecôte. Après les querelles publiques, l’heure est à la réconciliation au sein de la Vivaldi, c’est clair.
  • D’ailleurs, ce n’est pas nouveau. De Croo a déjà pas le passé invité toute l’équipe à Brakel, chez lui, pour se rencontrer dans une atmosphère plus détendue. Mais le timing est différent : l’année dernière, l’atmosphère était plus courtoise et les décisions les plus importantes avaient déjà été prises avant les vacances d’été. Autre élément majeur : en raison des circonstances, aucun ministre du PS n’était disponible ce jour-là.
  • Cette fois, PS et Open Vld devront s’affronter les yeux dans les yeux. « J’espère qu’un peu de vin et un bon morceau de viande leur feront du bien », a tenté d’apaiser le président du parti, Egbert Lachaert (Open Vld), ce matin sur Bel RTL. Étonnamment, il a déclaré que « la sortie de De Bleeker n’avait pas été discutée au niveau du parti ». Il plaide maintenant pour « qu’un accord puisse être trouvé samedi », au sujet des pensions.
  • Que De Bleeker joue en solo est une affirmation pour le moins surprenante de la part du chef du parti libéral. De cette manière, il remet encore un peu plus à sa place la secrétaire d’État, déjà affaiblie dans son autorité. Pour rappel, De Bleeker a tapé du poing sur la table hier, ce qui n’était peut-être pas une si mauvaise idée compte tenu de son rôle de responsable du budget : il faut bien que quelqu’un le fasse au sein de la Vivaldi.
  • De Bleeker a appelé à une réforme en profondeur : les pensions et le marché du travail devaient être abordés « de toute urgence ». Elle a également brandi le bâton : si la Belgique manquait à ses devoirs, elle risquait de perdre encore plus d’argent issu du plan de relance européen. La libérale flamande a donc souligné qu’il était temps pour le PS de « tenir sa parole » et d’arrêter de jouer « au poker ».
  • Cela s’est avéré complètement contre-productif: « Soit elle est mal informée, soit elle est mal intentionnée », a-t-on entendu avec colère dans les rangs du PS. Là-bas, l’ingérence de De Bleeker dans coeur du PS, la Relance, n’a pas du tout été appréciée.

À la Chambre : Le mécontentement au sein de Vivaldi est apparu au grand jour lors du débat de l’après-midi.

  • « Je suis scandalisée et indignée que la secrétaire d’État au Budget veuille répercuter le coût des pensions sur ces retraités. Les pensions ne sont pas une variable budgétaire que l’on peut ajuster comme ça. Nous ne réduirons jamais les droits des retraités. Et nous ne supprimerons pas la revalorisation de la pension minimum, qui est maintenant de 1 500 euros nets par mois, et qui est garantie. Point final. »
  • La ministre des Pensions Karine Lalieux aurait tout aussi bien pu se trouver en plein meeting du Parti socialiste, plutôt qu’à la Chambre hier. Elle a rendu coup pour coup à sa collègue, Eva De Bleeker : cette dernière n’avait jamais suggéré de réduire les pensions ou d’en faire une « variable budgétaire ». L’intervention de Lalieux témoigne d’une profonde indignation : la ministre PS se promène depuis longtemps avec ses projets sous le bras et n’a pas pu obtenir une audience avec le Premier ministre pour mettre la question à l’ordre du jour. Cela a conduit à de la frustration.
  • L’intervention était malgré tout contradictoire : Lalieux a d’abord déclaré « ne pas vouloir créer de confusion » dans « un débat si important pour nos citoyens ». « Pour moi, un seul chiffre compte : 2,5 millions. Parce que, oui, beaucoup de Belges sont à la retraite. Et il ne doit y avoir aucune surprise pour eux, ils ont droit à la sécurité », tel était le discours initial de Karine Lalieux. Quelques secondes plus tard, elle accusait sa collègue libérale de vouloir réduire les pensions.
  • L’incrédulité sur les visages des bancs libéraux était grande. Mais Lalieux a fait preuve de détermination : « Le travail entrepris est sérieux. Les réformes sont là et seront discutées. Je vais aller au kern et me faire entendre, pour y obtenir un accord ambitieux qui renforce la justice sociale, réduit les inégalités et soutient le travail », a-t-elle ajouté.
  • Le président d’Open Vld, Egbert Lachaert, contrairement à ce qui s’est passé ce matin sur Bel RTL, n’a pu s’empêcher de réagir avec férocité à la Chambre, hier :
    • « Quelle honte de se laisser aller à un spectacle comme celui d’aujourd’hui. Alors qu’on esquisse maintenant cette réforme, on ne réfléchit pas à la manière dont on va la financer durablement ? Apparemment, cela n’a pas d’importance. »
    • « Avec tout le respect que je vous dois, ce gouvernement est en effet censé réformer et nous sommes sur le point de mettre cette réforme en œuvre. Mais du sérieux est également attendu en matière de financement. »
  • C’est un grand classique de la rue de la Loi: faire monter la pression au maximum par voie de presse ou à la Chambre, pour ensuite redescendre et trouver un compromis autour d’une table et d’un repas. Chacun aura pu montrer à ses électeurs qu’il se bat pour ses électeurs.
  • Mais avec autant d’inimitié entre les partenaires de la coalition, l’opposition a une fois de plus fait office de figurants. Ils sont quand même venus ajouter leur grain de sel.
    • « Vous venez ici et vous dites que vous ne voulez plus d’ambigüité sur le dossier des retraites. Et puis vous tenez un discours socialiste total, uniquement en tant que socialiste et non en tant que ministre ? Qu’est-ce que c’est que ça ? », a pesté Catherine Fonck (Les Engagés).
    • Jean-Marie Dedecker (indépendant lié à la N-VA) a voulu savoir « qui va payer pour cette fête ». « Je n’ai pas entendu de solution ici. Demain, vous voulez payer ces 1.500 euros et d’ici 2030, vous désirez garantir un taux d’emploi de 80 %. En Flandre, où les gens travaillent beaucoup, il est de 75%, en Wallonie de 65% et à Bruxelles de 62%. Dans notre communauté multiculturelle, il est de 44%. S’il vous plaît, arrêtez de tromper le peuple. »
    • De leur côté, les deux partis extrémistes, le Vlaams Belang et le PTB, sont même allés un cran plus loin par rapport à la réforme. Le Vlaams Belang a soudainement mis sur la table une pension minimum de 1.650 euros. Le PTB vient lui demander que l’âge de la retraite, qui a été porté à 67 ans par le gouvernement suédois, soit reculé à 65 ans.
  • À ajouter : l’intervention du PS, via le député Jean-Marc Delizée, valait aussi son pesant d’or: « Le Premier ministre a été absent toute la journée. Mais il est le chef du gouvernement et de la majorité. Il doit remplir son rôle et assumer sa responsabilité : siffler la fin de la récréation et mettre son gouvernement au travail. » Sympa pour l’ambiance générale.

À noter : La vue d’ensemble au niveau économique ne plaide pas en faveur de grandes dépenses. Au Luxembourg, ils ont déjà acté un saut d’index.

  • Des nuages sombres pèsent sur l’économie belge. L’inflation atteint presque les 10 % (elle les a même atteints selon Eurostat) et de nombreux économistes mettent en garde contre la spirale salaires-prix qui frappe durement la Belgique. Les employeurs demandent que des mesures soient prises afin de ne pas compromettre davantage la position concurrentielle de la Belgique : l’écart salarial avec les pays voisins deviendrait trop important. Mais c’est un véritable tabou pour les syndicats, et en fait pour tous les partenaires gouvernementaux.
  • Mais regardez : ça bouge chez nos voisins. Au Luxembourg, le seul pays de l’UE, à l’exception de Malte et de la Belgique, à disposer d’une telle indexation automatique, le gouvernement de Xavier Bettel, un libéral dont la coalition comprend des socialistes et des verts, a décidé un saut d’index pour l’année entière. Et c’est précisément pour briser la fameuse spirale salaires-prix. Les syndicats luxembourgeois prévoient toutefois des actions.
  • Le gouvernement belge semble aller dans la direction opposée. Hier encore, la vice-première ministre écologiste, Petra De Sutter, a proposé un nouvel accord social avec les syndicats des fonctionnaires. Elle va leur accorder un supplément salarial allant jusqu’à 7 %, en plus de l’indexation.
  • Elle a elle-même appelé cela « une augmentation du pouvoir d’achat » dans un tweet triomphant. « Après plus de 20 ans, c’est plus que mérité, et à un moment crucial », s’est vanté De Sutter. Pour les partenaires sociaux, qui sont en lutte pour abroger la loi de 96, cela pourrait être perçu comme un signal.
  • Concrètement, ce sont surtout les niveaux inférieurs, C et D, comme les gardiens ou le personnel logistique, qui ressentiront réellement l’augmentation. Il s’agit d’une prime de fin d’année plus élevée, de l’introduction de chèques-repas et d’un supplément salarial pouvant atteindre 200 euros bruts par mois.
  • Mais cette mesure va complètement à l’encontre d’un certain nombre de feux rouges : les finances publiques qui se débattent avec un trou de 30 milliards, le marché du travail complètement surchauffé, et surtout, une inflation qui s’auto-alimente. Mais De Sutter a un contre-argument : les 65.000 fonctionnaires n’ont pas reçu d’augmentation depuis 20 ans.
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