‘Avec un mur, un gardien a moins de chances d’arrêter un coup franc’

Face à un spécialiste des coups francs, le mur serait encore plus handicapant pour le gardien – Isopix

Institutionnalisé dans le football depuis des décennies, le mur de joueurs placé par un gardien en vue d’empêcher un joueur adverse de trouver le chemin des filets serait en réalité plus désavantageux qu’avantageux. C’est en tout cas ce qu’affirment des chercheurs de l’université Queen’s de Belfast.

Si un gardien venait à ne pas placer de mur avant un coup franc dangereux, bon nombre d’observateurs jugeraient son acte comme suicidaire. Pourtant, d’après la science, il ne s’agirait peut-être pas d’une idée si téméraire.

Des chercheurs en psychologie de l’université Queen’s de Belfast (Irlande du Nord) se sont penchés sur la question. Ils ont cherché à savoir si un mur faisait réellement baisser les chances que le tireur convertisse un coup franc.

Pour ce faire, ils ont réuni 25 footballeurs: des gardiens et des joueurs de champ. Ils leur ont fait passer des tests en réalité virtuelle, afin de calculer leur capacités visuelles et leur temps de réaction.

Qu’il s’agisse de joueurs habitués à évoluer dans les cages ou de joueurs de champ, les conclusions étaient les mêmes: le mur les handicape. Dans certaines situations, du moins.

Dans quelle situation le mur est-il dangereux pour le gardien ?

En moyenne, lorsqu’un mur est disposé entre le ballon et lui, la vue du gardien de but est bloquée pendant environ 200 millisecondes, ont calculé les chercheurs. Son temps de réaction est quant à lui jusqu’à 90 millisecondes plus lent que lorsqu’il n’y a pas de mur. Conséquence: un gardien a 13% de chances en moins d’arrêter un coup franc s’il place un mur.

De là à dire que les gardiens doivent arrêter de disposer des murs, il y a un pas que les chercheurs ne franchissent pas. ‘Nous ne suggérons certainement pas que les gardiens de but n’utilisent plus jamais de mur’, écrivent-ils.

En somme, les scientifiques conseillent aux gardiens d’y réfléchir à deux fois avant de placer un mur, plutôt que de suivre simplement la tradition. Ils estiment qu’il serait particulièrement intéressant pour eux de tester une absence de mur sur les coup francs axiaux. Lors de ces phases, les murs seraient particulièrement handicapants. Les effets négatifs du mur seraient encore plus marqués lorsque le gardien affronte un spécialiste des coups de pied arrêtés, qui sait comment contourner un mur.

Repenser son jeu

Les gardiens devraient davantage penser à placer leur mur de façon à ce que leur vue ne soit pas obstruée, plutôt que pour boucher des axes de tir au botteur de coup franc.

A l’inverse, les équipes qui obtiennent ces coup francs devraient penser plus souvent à placer des joueurs dans le seul but d’handicaper la vue du gardien. Une méthode qui semble d’ailleurs se répandre ces dernières années, au point que l’UEFA a fini par instaurer une nouvelle règle en 2019 interdisant les joueurs de l’équipe qui attaque de se placer à moins d’un mètre du mur défensif.

‘Combinées à des informations historiques sur les décisions et les mouvements de l’adversaire, nos conclusions aident à orienter la recherche de stratégies de coup franc plus efficaces’, ponctue l’équipe de recherche.