Asphyxiée par les sanctions, la Russie doit mettre à l’arrêt la production de ses armements les plus modernes

La guerre en Ukraine est entrée dans une nouvelle phase opérationnelle avec la bataille pour le Donbas : les forces russes se sont regroupées dans l’est du pays, afin de mener une grande poussée visant à contrôler au moins l’ensemble des provinces séparatistes. De l’autre côté, les Ukrainiens ont eu tout le temps de s’y préparer et de rassembler les forces rendues disponibles par leur victoire autour de Kiev. C’est une bataille décisive qui s’engage et nul doute qu’elle sera meurtrière.

Sans avantage de surprise pour l’attaquant et face à des positions préparées, c’est à celui qui saura le plus longtemps « nourrir » la bataille en ravitaillement, en matériel et en munitions, à qui la victoire a le plus de chances de revenir. Et côté russe, la situation semble délicate à plusieurs échelons.

Des troupes usées et qui ont connu la défaite

D’abord, le délai entre le repli des unités qui encerclaient Kiev et leur redéploiement dans le Donbas a été très court ; celles-ci n’ont vraisemblablement pas été, ou très peu, reconstituées pour compenser les pertes humaines et, surtout, matérielles, de nombreux véhicules ayant apparemment été abandonnés. Même si des renforts leur sont parvenus, ces unités n’ont pas eu le temps d’insérer les nouvelles recrues dans leur groupe de combat et de les familiariser à manœuvrer ensemble ou même à utiliser le matériel.

Et il ne faut pas perdre de vue que ces troupes ont été battues : elles n’ont sans doute pas grande motivation à retourner faire face au même ennemi.

Côté matériel, la situation semble très complexe aussi : selon les renseignements ukrainiens, le complexe militaro-industriel russe serait contraint de stopper certaines lignes de production. Et ce sont les engins lourds les plus modernes qui en font les frais car, selon Air&Cosmos, le premier média francophone consacré à l’aéronautique et à l’espace, ce sont ces chaines d’assemblage qui sont le plus frappées par les sanctions occidentales.

Des chars modernes pas prêts de sortir des usines

Le « War Bulletin », produit le 16 avril par l’ambassade d’Ukraine à Washington, fait état d’une vingtaine d’entreprises militaires russes ayant suspendu, partiellement ou totalement, leur activité en raison des conséquences des sanctions économiques des pays occidentaux. Parmi elles, Vympel qui produit des missiles pour avions, dont le missile de longue portée R-77 à guidage radar actif, et UralVagonZavod, qui produit les chars de combat T-90, T-72, mais aussi le char de nouvelle génération T-14 « Armata ».

Cet engin, présenté comme le meilleur char du monde par le Kremlin, est scruté par tous les analystes à chacune de ses apparitions, en général lors de défilés militaires. Mais l’effectif n’excède pas une poignée d’exemplaires en pré-série : sa production en masse devait commencer cette année. Elle sera vraisemblablement encore repoussée, faute de pièces électroniques d’importation. La production du T-90 serait aussi à l’arrêt, mais celle du (plus rustique, mais pouvant être modernisé) T-72 continuerait.

De l’électronique de précision qui venait d’Allemagne

Du côté de l’aéronautique aussi, la situation n’est pas brillante : l’avion de veille aérienne (AWACS) flambant neuf « A-100 » de Beriev Aircraft Company et Vega voit sa production mise en pause, suite à l’arrêt de livraisons des composants électroniques venus d’Europe occidentale. La Russie suspendrait également la production de certains de ses systèmes de défense aérienne comme les systèmes Buk, le 2K12 Kub et le 2K22 Tunguska, toujours selon les renseignements ukrainiens. Les composants électroniques venus d’Allemagne n’arrivant plus, les ouvriers de l’usine mécanique d’Ulyanovsk auraient été invités à soit prendre un congé sans solde, soit à rejoindre le combat en Ukraine en tant qu’opérateur sur les armes antiaériennes présentes sur le front.

Des entrepôts immenses, mais une armée minée par la corruption

La Russie n’est pas à court d’armes, loin de là. Selon des estimations récentes, le pays disposerait d’environ 2.700 tanks pleinement opérationnels et modernisés à divers degrés, sur un parc total d’environ 12.000 chars de combat et 30.000 véhicules blindés. Mais l’état réel d’une bonne partie d’entre eux reste sujet à caution, tant l’armée russe a mauvaise réputation pour tout ce qui a trait à l’entretien de son matériel et aux scandales de corruption qui ont suivi chaque grand chantier de modernisation.

En outre, la logistique semble avoir été fortement négligée durant la première phase de la guerre, alors qu’embouteillages et pannes en série empêchaient le ravitaillement de certaines unités russes trop avancées et vulnérables au harcèlement des Ukrainiens. Il se peut que l’état-major russe ait retenu la leçon. Mais les Ukrainiens ont, eux, bien compris qu’il y avait là un point faible à exploiter et visent de plus en plus les dépôts et les lignes de ravitaillement, y compris en territoire russe.

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