Un monument américain bien connu, censé représenter un guide pour récréer une civilisation harmonieuse, a été dynamité pendant la nuit. Si l’acte n’a pas été revendiqué, ce n’est pas la première fois qu’il est attaqué. Car les conservateurs américains le considèrent comme « sataniste » puisqu’il mentionne le contrôle des naissances. Un geste violent qui s’ajoute à une longue série.
La présence de certains monuments dans l’espace public a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années, qu’il s’agisse de statues de personnages emblématiques de la Confédération dans le sud des États-Unis, d’entrepreneurs esclavagistes en Grande-Bretagne ou en France, ou encore du roi Léopold II en Belgique. Des débats, parfois il est vrai entrecoupés d’épisodes de vandalisme, qui ont souvent été présentés comme des preuves manifestes de « cancel culture » voire de révisionnisme historique par les opposants à ce genre de débat mémoriel et symbolique, qui, en général, viennent de courants plutôt ancrés à droite dans leur pays respectif.
Les conservateurs à l’offensive dans les écoles
Pourtant, cette « cancel culture » n’est certainement pas l’apanage d’une gauche qui se veut progressiste, bien au contraire : quoiqu’ils en disent, aux États-Unis, c’est (très) à droite qu’on la pratique le plus, et de manière parfois bien plus violente.
Il y a quelques mois, la promulgation d’une nouvelle loi au Texas visant à « abolir la théorie critique de la race » a incité les enseignants à proposer aux élèves des « points de vue opposés » au sujet de l’Holocauste. Plus récemment, divers États conservateurs ont fait retirer des bibliothèques scolaires tout ouvrage traitant d’éducation sexuelle et affective, ou évoquant simplement l’homosexualité. Et ce au nom de la « protection des enfants ».
Depuis ces épisodes de censure, les conservateurs américains ont réussi à faire révoquer l’arrêt Roe v. Wade qui garantissait l’accès à l’avortement dans la Constitution américaine, ouvrant de facto la voie à la suppression de ce droit fondamental dans de nombreux États, au grand désespoir des Démocrates, des pays occidentaux en général, et des femmes en particulier. Depuis, les plus puritains des Américains se sentent pousser des ailes, que ce soit à la Cour suprême, où certains juges ont clairement les droits des homosexuels dans le collimateur, ou dans la rue. Et certains n’hésitent déjà plus à se lancer dans des actions violentes.
Censure à la dynamite contre une œuvre « sataniste »
Ce mercredi, un monument de Géorgie qui avait déjà été attaqué par le passé par des chrétiens fondamentalistes a été partiellement détruit par une attaque à la bombe, rapporte The Guardian. Le Georgia Guidestones, parfois qualifié de « Stonehenge d’Amérique« , est un monument constitué d’un ensemble de pierres dressées, d’où son apparente ressemblance avec le site néolithique britannique.
Il n’a toutefois pas la même valeur patrimoniale : érigé en 1980 à l’initiative d’une personne ou d’un groupe inconnu sous le pseudonyme de RC. Christian, les dalles de pierre de 5 mètres de haut portent un message en 10 parties, en huit langues différentes, qui donne des conseils pour vivre dans un « âge de raison ». L’une des parties appelle à maintenir la population mondiale à 500 millions d’habitants ou moins, tandis qu’une autre appelle à « guider la reproduction avec sagesse – en améliorant la santé et la diversité ».
Des conseils avisés pour éviter une catastrophe mondiale pour certains, et un monument portant un message satanique pour d’autres, ce qui a valu aux Georgia Guidestones d’être menacées de démolition par des politiciens républicains locaux, ainsi que des actes de vandalisme à coup de peinture en 2008 et en 2014. Visiblement, les opposants à ce monument sont passés à la vitesse supérieure.
Fusillades et attaques à la bombe : voici le programme de l’alt-right
Il n’y a pas eu de victimes certes, mais il y a eu quand même l’usage d’une bombe. Un degré de violence qui n’est pas comparable aux dernières fusillades dont ont été victimes les États-Unis, apparemment commises par des disciples de l’alt-right, souvent partisans de Trump et adeptes de théories du complot comme celle de Qanon. Mais même si l’attentat n’a pas été revendiqué, on peut légitimement le rallier à la même mouvance, prête à une violence croissante contre ce qu’elle considère comme « immoral » ; ici une simple dalle de pierre conseillant à l’humanité de contrôler ses naissances.
Cet attentat démontre à quel point des théories du complot complètement ridicules qui voient du « satanisme » à l’œuvre un peu partout peuvent véritablement pousser des fanatiques à l’action violente, et c’est entre autres comme ça que l’extrême-droite fonctionne, aux États-Unis comme ailleurs. Il ne faut pas oublier qu’en Amérique, des gynécologues et des cliniques pratiquant des avortements ont déjà été victimes d’attaque à la bombe ou de fusillades. La plus récente de ses attaques date de 2015.
À quand en Europe ?
Quant à l’Europe, la décision de la Cour suprême américaine a fait sortir du bois de nombreux opposants radicaux à l’avortement ; on peut citer la présidente du Rassemblement national en France, Marine Lepen.
Or, ces derniers mois, les saisies massives d’armes et d’explosifs se sont multipliées dans les milieux survivalistes ou insurrectionnistes, souvent liés à l’extrême-droite. De là à imaginer ce genre d’action violente en France ou ailleurs en Europe, contre des monuments voire contre des cliniques, il n’y a qu’un pas.