L’idolâtrie des armes et la religion : le cocktail fatal de l’Amérique ?

17 personnes ont été tuées et plus de 70 blessées dans sept fusillades de masse aux États-Unis le week-end dernier. Cela porte le total à 246 fusillades de ce type cette année, égalant le record de l’année dernière. Or, il reste plus de six mois à l’année en cours.

La culture américaine des armes à feu passe progressivement de l’idée d’autodéfense à l’idolâtrie des armes. Cette menace vient du mouvement des armes lui-même, qui promeut une défense fondamentalement agressive et grotesquement irresponsable du deuxième amendement. Ce fétichisme des armes à feu est susceptible de déstabiliser la démocratie américaine, qui se divise lentement mais sûrement en deux.

Des gens sont abattus dans des écoles, des églises, des supermarchés, des synagogues, … Mais divisés par le mur de la loyauté tribale, la réconciliation entre Américains est devenue impossible, même lorsque leurs enfants sont abattus.

Mitt Romney a reçu 13,5 millions de dollars de la NRA

Les politiciens lâches qui, au cours des décennies passées, n’ont rien fait pour résoudre le problème, semblent maintenant contraints – par des circonstances de plus en plus sanglantes – de faire finalement « quelque chose » alors qu’ils mangent dans la main de la National Rifle Association (NRA) et d’autres lobbies des armes à feu. L’ex-candidat à la présidence Mitt Romney, qui jouit d’un certain prestige en Europe en raison de ses opinions – selon les normes républicaines actuelles – modérées, s’est empressé ces dernières années de s’asseoir à la table de la NRA. Ce multimillionnaire, fondateur du très prospère fonds d’investissement Bain Capital, a reçu pas moins de 13,6 millions de dollars de la NRA sur son compte ces dernières années.

Celui qui interdit les armes à feu sera éliminé par les électeurs

Ceux qui comptent sur un réel durcissement des lois sur les armes à feu se trompent : les politiciens restent bien loin de tout gun control. (Le lobby anti-armes n’ayant toujours pas compris que gun violence serait une approche bien plus vendeuse).

La dernière personne à avoir fait passer un amendement législatif digne de ce nom au Congrès était l’ex-président Bill Clinton, en… 1994. Plus de 19 des 24 républicains qui avaient approuvé son interdiction d’une série d’armes semi-automatiques ont été éliminés lors de l’élection suivante. Parmi eux se trouvait Tom Foley, alors président de la Chambre des représentants et premier président à ne pas être réélu à ce poste depuis 1862. Depuis ce jour, le lobby des armes a contribué à définir l’agenda de chaque président.

Et si les choses bougent, ce n’est pas dans la bonne direction. Au Texas, où le dernier massacre a eu lieu dans une école primaire, l’accent a été mis ces dernières années sur un nouvel assouplissement des lois sur les armes à feu. En conséquence, il y a maintenant, pour ainsi dire, plus d’armes à feu en circulation que de smartphones. Selon les dernières données, il y a maintenant environ 8.000 armureries dans cet État. En outre, 37 % de la population possède une ou plusieurs armes à feu.

Des illusions sont vendues comme des vérités

L’assouplissement des lois sur les armes à feu a été encouragé par Wayne LaPierre, le patron de la NRA, le lobby américain des armes à feu, après le massacre de Sandy Hook, où 20 enfants et six adultes ont été abattus. « La seule chose qui peut arrêter un méchant avec une arme est un gentil avec une arme », avait-il alors déclaré. Une illusion encore vendue comme une vérité par la NRA et ses acolytes politiques.

Une étude publiée dans la revue professionnelle Justice Quarterly démontre exactement le contraire. Le taux d’homicide dans les États où la législation sur les armes à feu est plus stricte est inférieur de 11 % à celui des États où tout le monde peut acheter une arme à feu à tout moment (le Texas, par exemple). En outre, la probabilité d’une fusillade de masse est 53 % plus élevée dans les États où la législation sur les armes est laxiste.

Une tendance inquiétante à mêler armes à feu et religion

Plus inquiétante encore est la tendance qui à justifier la possession d’une arme par l’argument religieux. Une photo postée sur Twitter deux jours avant le massacre de l’école primaire d’Uvalde illustre bien ce fétichisme des armes à feu imprégné de religion. La photo ci-dessous est apparue sur le fil Twitter de la société qui a vendu au tireur d’Uvalde son arme, une DDM4, une carabine calquée sur une arme de l’armée américaine. La photo a depuis été retirée, mais Internet n’oublie jamais.

L’image montre un petit garçon tenant un fusil sur ses genoux, ainsi que la légende suivante : « Apprenez à un enfant la bonne voie dès son plus jeune âge, quand il aura grandi, il ne s’en écartera pas. » Il s’agit d’une référence à un verset biblique (Proverbes 22).

Ce mélange inquiétant de religion et d’armes n’est pas une exception. La photo d’un membre républicain du Congrès, posant avec sa famille près du sapin de Noël avec une collection d’armes suffisante pour prendre d’assaut le Pentagone, a fait le tour du monde.

On peu aussi citer Josh Mandel, qui n’a pas obtenu la nomination républicaine pour être élu au Sénat des États-Unis dans l’État de l’Ohio. Il a fait campagne sous le slogan : « Pro-God, pro-Gun, et pro-Trump« .

L’Amérique compte de plus en plus de politiciens qui portent leurs armes avec une détermination religieuse. Leur identité et leur pouvoir sont désormais déterminés principalement par les armes qu’ils aiment. De nombreuses « Thoughts and Prayers » attendent l’Amérique.

MB

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