Alors que les entreprises occidentales quittent la Russie, leur linge sale apparaît au grand jour : quel rôle a joué Nokia dans l’espionnage des opposants?

En Russie, Nokia participait activement à un système d’interception des communications, montre une enquête du New York Times. La marque finlandaise n’a pas construit le système elle-même, mais a aidé à connecter le système au réseau de télécommunication. Nokia n’est pas la seule entreprise technologique à être pointée du doigt pour la participation à des activités éthiquement critiquables dans des pays autocrates.

Depuis que la Russie a envahi l’Ukraine, fin février, de nombreuses grandes enseignes occidentales cessent leurs activités en Russie. Mais Vladimir Poutine n’est pas devenu, du jour au lendemain, l’autocrate à la tête d’un système de répression violente. Les arrestations et assassinats d’opposants, le musèlement de la presse et de la liberté d’expression, et l’espionnage de la population sont légion. Et maintenant que les entreprises occidentales quittent la Russie en criant leur condamnation de la guerre sur tous les toits, il apparaît au grand jour comment certaines ont épaulé le régime pendant des années.

De nombreux projecteurs se braquent aujourd’hui sur Nokia. Le fabricant de téléphones a été impliqué dans l’espionnage de la population. Le New York Times a révélé que Nokia aurait fourni l’équipement et la software qui permettent de connecter un système d’interception de messages et d’appels, appelé SORM, au plus grand réseau de télécommunication du pays (MTS). Nokia ne fabrique pas la technologie pour intercepter les communications, mais a travaillé avec les entreprises publiques russes pour planifier la connexion du système au réseau.

La marque (dont dont la présence sur le marché russe assurait environ 480 millions de dollars, tous les ans, soit 2% de ses revenus annuels à échelle mondiale) se défend dans les pages du journal : il serait obligatoire de fabriquer des produits qui sont en adéquation avec le système de surveillance. Dans un communiqué, elle ajoute encore que la Russie n’est pas différente des autres pays, et que dans tous les pays il faut rendre ses appareils compatibles au système d’interception des messages et appels et de suivi de localisation. C’est présent, de manière passive, sur tous les téléphones et autres équipements, et ce n’est pas l’entreprise finlandaise qui a ajouté des système d’espionnage, clame-t-elle. Elle dit également être regardante quant aux questions des Droits de l’Homme avant de conclure des accords.

Nokia savait

Selon un expert en renseignement russe et en surveillance technologique, Andrei Soldatov, cité par le NY Times, Nokia devait être au courant du but de l’utilisation de ses appareils. « Le système SORM n’aurait pas été possible sans la participation de Nokia », ajoute-t-il encore.

Les documents consultés montrent encore que Nokia a envoyé des ingénieurs auprès de SORM pour examiner le système. Ils comprennent également des photos du système SORM connecté au réseau MTS, tout comme des instructions d’installation de la part de la compagnie russe qui fabrique le fameux outil, Malvin.

Nokia ne fait certes rien d’illégal. Il est vrai aussi que ces systèmes existent dans tous les pays du monde. Mais dans un pays démocratique par exemple, la police a besoin d’un mandat d’un juge pour intercepter des communications privées. En Russie, ce mandat n’est pas demandé, et les services de renseignement peuvent mettre sous écoute qui ils veulent, quand ils veulent. Des lois obligent également les opérateurs à garder les données pendant un certain temps, et de les transférer aux autorités, sans mandat d’un juge non plus.

Nokia est loin d’être seul

Nokia lave ainsi son linge au grand jour : d’un côté l’entreprise critique la guerre et cesse ses activités en Russie, mais d’un autre côté elle aurait participé à l’espionnage d’opposants pendant des années, et le système auquel elle a contribué reste en place encore aujourd’hui, à l’heure où de nombreuses personnes sont arrêtées pour avoir exprimé des opinions contre la guerre.

D’autres entreprises n’échappent pas à ce « Ukrainewashing » (fait de se racheter une conscience en condamnant la guerre, tout en n’étant pas blanc comme neige dans ses activités). Apple par exemple a été une des premières entreprises à quitter la Russie, mais en Chine Apple collabore avec des centres de données d’entreprises publiques, où l’entreprise stocke les données des clients, mais où l’Etat a librement accès. La Chine est également bien connue pour l’espionnage de sa population.

La tech en général se retrouve souvent dans des pays gouvernés d’une main de fer et qui répriment les libertés fondamentales. En Chine toujours, les puces d’Intel et Nvidia se retrouvent dans les ordinateurs qui gèrent les systèmes de surveillance de la population. L’Etat américain (lui même pas exempt de scandales de surveillance et d’espionnage) veut limiter ces activités de la tech, et travaille sur un texte pour contrôler et interdire les exportations de ces technologies pouvant être utilisés dans des systèmes de surveillance.

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