La détérioration des relations avec les États-Unis rapproche de plus en plus le Canada et l’Union européenne


Principaux renseignements

  • L’UE prévoit de nommer le Canada comme son premier « membre associé » afin de contrer la domination des superpuissances.
  • Cette coopération stratégique portera sur l’intégration des chaînes d’approvisionnement, la défense et les infrastructures sous-marines critiques.
  • Cette alliance permet de réduire la dangereuse dépendance économique vis-à-vis des États-Unis et de la Chine.

Face à l’effondrement des structures mondiales traditionnelles, l’Union européenne agit rapidement pour établir un nouveau partenariat transatlantique. Ce pivot stratégique est motivé par une série de menaces existentielles et par la détérioration des relations avec les États-Unis. Selon les dirigeants européens, la pierre angulaire de cette nouvelle approche réside dans un renforcement des liens avec le Canada.

Se démarquer de la Chine et des États-Unis

Lors d’une réunion à Montréal, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné que le cadre international existant était en déliquescence. Elle a fait valoir que l’UE ne pouvait plus rester prisonnière de systèmes mondiaux obsolètes et a proposé que le Canada serve de point de départ à une alliance tournée vers l’avenir.

Les deux entités sont confrontées à un climat géopolitique où l’influence prépondérante de la Chine et des États-Unis met en péril leur santé économique et leur sécurité nationale.

Statut de membre associé

Pour contrer les tactiques d’intimidation des superpuissances mondiales, le Premier ministre Mark Carney et von der Leyen ont discuté d’un accord sans précédent : désigner le Canada comme premier « membre associé » de l’UE. Ce partenariat vise à renforcer la souveraineté et l’autonomie des deux parties.

La collaboration proposée comprend l’approfondissement de l’intégration des chaînes d’approvisionnement, l’harmonisation des politiques en matière de sécurité économique et la coopération dans le secteur de la défense. De plus, l’Europe a l’intention d’accroître ses investissements dans les matières premières essentielles du Canada et d’étudier l’importation de gaz naturel liquéfié canadien.

Sécuriser les infrastructures numériques et physiques

Les infrastructures constituent également une priorité, avec des projets de développement de nouveaux câbles sous-marins pour relier le Canada, l’Asie et l’Europe. Cette initiative est particulièrement vitale pour le Canada, qui ne dispose actuellement pas de ses propres câbles sous-marins et reste vulnérable en raison de sa forte dépendance vis-à-vis du trafic de données et de voix transitant par les États-Unis.

Le Premier ministre Carney a souligné qu’à mesure que les organisations multilatérales traditionnelles perdent de leur efficacité, ce partenariat approfondi est essentiel pour préserver un mode de vie autodéterminé.

Europe

Ce changement de perspective fait suite à une stratégie de sécurité nationale américaine provocatrice qui suggérait que l’Europe était confrontée à un déclin menant à une « effacement civilisationnel ». Le chancelier allemand Friedrich Merz a réagi en soulignant que l’« Occident » ne constituait plus un ensemble de valeurs partagées, mais n’était plus qu’un simple terme géographique.

De même, le président français Emmanuel Macron a averti que l’Europe risquait de disparaître d’ici cinq ans si elle restait « vassale » des États-Unis, imprévisibles, ou sous la domination de la Chine.

Prochaines réunions

La feuille de route de cette alliance prévoit plusieurs réunions de haut niveau à venir. M. Carney doit rencontrer les dirigeants de l’UE dans les mois à venir afin de définir les modalités concrètes de l’adhésion en tant que membre associé, puis des discussions auront lieu entre le gouvernement canadien et le collège des commissaires en mars. L’objectif est de finaliser ces négociations lors d’un sommet prévu en juin.

Le Canada est un partenaire idéal pour l’UE car il allie une expertise de pointe dans les domaines de l’espace, de l’informatique quantique et de l’IA à d’énormes gisements énergétiques et minéraux. De plus, les deux régions partagent les mêmes objectifs climatiques et le même soutien à l’Ukraine. Maros Sefcovic, responsable européen du commerce, a souligné que ce système de valeurs communes constituait un moteur essentiel de la coopération.

Réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis

Pour le Canada, l’UE offre l’accès à un vaste marché de 450 millions de consommateurs et constitue un moyen de diversifier son économie pour réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis. Cela revêt un caractère particulièrement urgent compte tenu de la volatilité des relations commerciales avec l’administration Trump, caractérisées par des négociations infructueuses et la menace de nouveaux droits de douane sur l’industrie automobile canadienne. Carney a présenté cette association comme un moyen d’assurer la prospérité et de préserver les libertés dont jouissent les citoyens des deux régions. (fc)

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