La BCE jongle entre inflation et ralentissement économique : une hausse des taux d’intérêt semble contre-productive


Principaux renseignements

  • L’inflation alimentée par les prix de l’énergie rend inefficaces les hausses traditionnelles des taux d’intérêt.
  • Les forces du marché resserrent déjà les conditions de crédit indépendamment de la politique de la BCE.
  • L’instabilité budgétaire en France limite la capacité de la banque à soutenir la dette publique française.

La Banque centrale européenne (BCE) est confrontée à un dilemme complexe dans le cadre de la préparation de sa réunion de politique monétaire d’octobre : trouver un équilibre entre une inflation persistante, d’une part, et un ralentissement économique, d’autre part. C’est ce qu’écrit Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management. Les indicateurs économiques actuels suggèrent que de nouvelles hausses des taux d’intérêt ne sont pas nécessaires, voire contre-productives.

Nature des pressions inflationnistes

L’un des principaux moteurs de l’inflation récente est la flambée des coûts énergétiques, qui a fait grimper le taux d’inflation annuel dans la zone euro. Cependant, l’inflation hors énergie est restée relativement stable.

Cette flambée des prix étant alimentée par des chocs d’offre externes et des conflits géopolitiques plutôt que par une demande intérieure excessive, le resserrement monétaire traditionnel s’avère largement inefficace. Une hausse des taux ne peut pas résoudre les pénuries de carburant ni faire baisser le prix de l’énergie importée. De plus, il existe peu d’éléments indiquant des « effets de second tour », tels que des spirales généralisées des salaires et des prix, qui justifient généralement une intervention agressive de la banque centrale.

Resserrement dicté par le marché

Même si la BCE estimait nécessaire de resserrer le crédit, les forces du marché s’en chargent déjà. Les taux d’intérêt à long terme sur les obligations ont augmenté indépendamment des taux directeurs de la BCE, sous l’effet de la demande mondiale de capitaux destinés à financer les infrastructures d’IA et des emprunts publics élevés.

Cette hausse organique des rendements a déjà durci les conditions d’emprunt pour les ménages et les entreprises, en particulier dans le secteur immobilier, ralentissant ainsi efficacement l’activité économique sans qu’il soit nécessaire de procéder à des hausses officielles des taux.

Crise française

À ces défis s’ajoute l’élargissement de l’écart entre les obligations d’État françaises et allemandes, qui a fait naître des craintes d’une crise de la dette en France. Bien que la BCE dispose d’outils d’intervention – tels que les opérations monétaires directes (OMT) ou l’instrument de protection de la transmission (TPI) -, il est peu probable qu’ils soient déployés en faveur de la France.

Les OMT exigent des programmes d’austérité stricts dans le cadre du Mécanisme européen de stabilité, ce qui est politiquement irréaliste pour un gouvernement français divisé. De même, le TPI est réservé aux pays dotés de politiques budgétaires saines et confrontés à des pressions « injustifiées » des marchés. L’instabilité de la France étant liée à son déficit public élevé et aux procédures pour déficit excessif en cours, il serait difficile pour la BCE de justifier une aide sélective.

Options politiques alternatives

Une approche plus générale, telle que l’arrêt du resserrement quantitatif (QT) pour soutenir tous les États membres, reste une possibilité mais est actuellement peu probable étant donné que la tension se concentre principalement en France.

Voie à suivre pour la politique monétaire

En définitive, la BCE évolue dans un environnement de risques asymétriques, rapporte Carmignac. Si les prix de l’énergie et les salaires exigent une certaine vigilance, le ralentissement de la production industrielle et la fragilité économique – notamment en France – rendent le compromis entre croissance et inflation plus précaire que les années précédentes ou qu’aux États-Unis.

Par conséquent, la banque devrait maintenir ses taux actuels à 2,50 pour cent, choisissant d’attendre les nouvelles projections de décembre avant de prendre d’autres mesures.

(at)

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