La Suisse approuve un financement supplémentaire pour le F-35 après un long débat sur le prix convenu


Principaux renseignements

  • La Suisse a approuvé un financement supplémentaire de 394 millions de francs suisses (421 millions d’euros) pour l’acquisition d’avions de combat F-35.
  • Des rapports d’audit révèlent que le « prix fixe » promis était juridiquement impossible.
  • Les contraintes budgétaires entraîneront probablement une réduction du nombre total d’avions livrés, qui passera de 36 à 30.

Le Conseil national suisse a autorisé un financement supplémentaire de 394 millions de francs pour l’acquisition d’avions de chasse F-35A, à la suite d’une décision similaire prise par le Conseil des États en juin. Cette décision met définitivement un terme au débat, puisqu’aucun référendum ne peut être organisé.

Prix fixe

Cette mesure revêt une importance particulière car le vote public de 2020 visant à approuver l’acquisition de cette flotte avait été remporté d’une très courte majorité, en grande partie grâce à l’assurance donnée par le gouvernement que le coût du projet était fixe.

Une enquête détaillée de 95 pages menée par la commission de gestion du Conseil national a révélé que le « prix fixe » promis au public et au Parlement n’existait en réalité pas sous la forme décrite. Bien qu’une clause de prix fixe ait été incluse dans les négociations, il ne s’agissait pas d’un forfait global et exhaustif.

Cette divergence découle de la nature des ventes militaires à l’étranger (Foreign Military Sales, FMS), dans le cadre desquelles l’acheteur conclut un accord avec le gouvernement américain plutôt qu’avec le fabricant. En vertu de la législation américaine, le gouvernement américain ne peut assumer de pertes financières pour le compte de clients étrangers, ce qui signifie qu’une véritable garantie de prix fixe enfreindrait les lois fédérales.

Critiques formulées dans le rapport d’audit

Le rapport a mis en évidence plusieurs avertissements qui n’ont pas été pris en compte. Fin 2021, des conseillers juridiques ont suggéré de supprimer des projets de contrat les mentions relatives aux « coûts estimés » et aux « meilleurs efforts », mais ces suggestions ont été ignorées.

De plus, la recommandation formulée en 2022 par le Bureau fédéral d’audit de considérer l’incertitude tarifaire comme un risque financier a été rejetée par Armasuisse, qui a fait valoir qu’une reconnaissance publique de ce problème pourrait compromettre les intérêts suisses. Le comité d’audit a par la suite jugé cette réponse inappropriée. Malgré ces défaillances, le rapport s’est abstenu d’accuser les responsables de fraude intentionnelle, invoquant plutôt une mauvaise gestion, une tenue des registres insuffisante et une communication publique trop catégorique.

Une flotte plus réduite

La réalité financière a conduit à une réduction de la taille de la flotte. Bien que le contrat initial de 2022 prévoie toujours 36 avions, le gouvernement suisse a décidé de ne pas solliciter l’intégralité du financement nécessaire pour ce nombre. Il tente plutôt d’acquérir autant d’avions que possible dans la limite de six milliards de francs, ce qui est actuellement estimé à environ 30 appareils.

Cela signifie que malgré les 394 millions de francs supplémentaires désormais approuvés, la Suisse recevra probablement six avions de moins que prévu initialement.

Débat parlementaire

Au cours du débat parlementaire, les avis étaient partagés. Certains députés ont plaidé en faveur d’un financement encore plus important afin d’obtenir l’ensemble des 36 avions, tandis que d’autres ont considéré cette situation comme un manque de transparence. Cependant, l’opinion dominante au sein du centre-droit était que des erreurs de communication ne devaient pas entraîner l’annulation d’un projet de défense essentiel.

Le ministre de la Défense, Martin Pfister, a fait valoir qu’une réduction supplémentaire de la flotte compromettrait la sécurité nationale, affirmant que le budget actuel reflétait la faisabilité financière plutôt que des idéaux militaires.

Calendrier de livraison

Le processus d’acquisition se poursuivra avec l’arrivée des huit premiers avions en provenance de Fort Worth en 2027, destinés à la formation des pilotes en Arkansas. Le premier appareil atterrira sur le sol suisse mi-2028 à Payerne, les livraisons suivantes étant prévues à Meiringen en 2030 et à Emmen d’ici 2032.

Parallèlement à la controverse autour du F-35, d’autres modernisations dans le domaine de la défense — notamment en matière de cybersécurité et de systèmes de lutte contre les drones — ont reçu un large soutien, certains critiques soulignant que la stratégie d’armement globale répond désormais mieux aux menaces contemporaines. (fc)

Suivez également Business AM sur Google Actualités

Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

Ajoutez fr.businessam.be en tant que source préférée sur Google
Plus