L’économie russe ne se remettra peut-être jamais complètement de la guerre en Ukraine


Principaux renseignements

  • La poursuite du conflit menace de paralyser définitivement l’économie russe.
  • Les déficits budgétaires colossaux obligent le Kremlin à puiser dans ses réserves d’or et à réduire drastiquement les dépenses publiques.
  • La priorité accordée aux dépenses de défense risque d’aliéner une population accablée par l’inflation et les pertes.

La décision de Vladimir Poutine de lancer une offensive de grande envergure contre l’Ukraine est de plus en plus considérée comme une erreur monumentale susceptible de modifier de manière irréversible la trajectoire de l’économie russe. Alors que l’on s’attendait initialement à ce que le conflit se termine rapidement, celui-ci entre désormais dans sa cinquième année, les forces russes subissant de lourdes pertes pour des gains territoriaux minimes le long d’un vaste front.

Le coût économique d’une guerre prolongée

Le fardeau financier de cette guerre prolongée est immense. Le Kremlin doit financer le recrutement continu de soldats, la production massive d’armement et le remplacement des drones perdus. Parallèlement, les frappes de drones ukrainiens sur les infrastructures nationales ont perturbé les chaînes d’approvisionnement et réduit les exportations d’énergie.

De plus, les sanctions internationales imposées depuis début 2022 ont freiné la croissance mondiale des entreprises russes, entraînant une baisse des bénéfices des entreprises et une diminution des recettes fiscales pour l’État.

Une crise de liquidité qui s’aggrave

Ces pressions ont abouti à une grave crise de liquidités. Des rapports internes du gouvernement indiquent que le ministre des Finances, Anton Siluanov, a alerté le Premier ministre d’une importante pénurie de liquidités qui menaçait la capacité de l’État à honorer ses paiements. Cette instabilité financière s’est traduite par un déficit budgétaire fédéral de 5 500 milliards de roubles (55 milliards d’euros), le déficit global du premier trimestre de l’année atteignant environ 2,5 pour cent du PIB. C’est le double du pourcentage de l’année précédente.

Pour atténuer ces pertes, le gouvernement a épuisé son Fonds national de bien-être et vendu ses réserves d’or, qui ont atteint leur plus bas niveau depuis dix ans. De plus, les dépenses non militaires ont été réduites de près de 35 pour cent, certaines agences étant confrontées à des réductions d’effectifs de 15 pour cent et à des limites strictes sur les dépenses non essentielles.

Priorité à l’appareil militaire

Malgré ces difficultés, les dépenses de défense restent inchangées et continuent d’augmenter. Le président Poutine a souligné que la sécurité nationale était l’objectif principal pour les trois prochaines années, critiquant l’influence occidentale tout en affirmant que les institutions souveraines de la Russie devaient repousser les menaces extérieures.

Début 2026, les dépenses militaires ont déjà bondi d’environ 30 pour cent par rapport à l’année précédente, les besoins prévisionnels dépassant le budget alloué de plusieurs milliers de milliards de roubles.

Risques sociétaux à long terme

Bien que la Russie ne soit pas techniquement en faillite — puisqu’elle peut encore augmenter les impôts, emprunter davantage en raison d’une dette publique relativement faible ou saisir les actifs des entreprises contrôlées par l’État —, elle est confrontée à un manque critique de liquidités. Si ce déficit de liquidités ne risque pas d’arrêter immédiatement la machine de guerre, le coût sociétal ne cesse d’augmenter.

Le détournement de fonds des services publics vers l’armée risque d’aliéner une population déjà accablée par l’inflation et la perte de proches, ce qui pourrait éroder le soutien national au conflit en cours. (fc)

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