Principaux renseignements
- L’Égypte est confrontée à une grave pénurie de gaz due à la baisse de la production nationale et à la hausse de la demande.
- Le projet Cronos achemine le gaz chypriote vers l’Égypte pour y être traité puis exporté vers l’Europe.
- Les partenariats régionaux transforment les lacunes communes en matière d’infrastructures en un corridor énergétique stratégique.
L’Égypte est actuellement confrontée à une pénurie critique de gaz national, dont la production est en baisse depuis 2021. Selon des données récentes d’Oilprice indiquent que la production a chuté de 7 pour cent en glissement annuel au deuxième trimestre 2026, les pertes se concentrant dans les gisements offshore de la Méditerranée. Ce déclin coïncide avec une forte hausse de la demande intérieure, en particulier dans le secteur de l’électricité, ce qui laisse Le Caire avec un déficit quotidien de plus de 75 millions de mètres cubes. Bien que l’Égypte ait tenté d’atténuer ce problème en important du GNL via des unités flottantes de stockage et de regazéification (FSRU), sa capacité a récemment été réduite à la suite d’une attaque de drone contre une installation à Damiette. Bien que de nouveaux cycles d’exploration aient été lancés, ceux-ci ne devraient pas permettre de combler les déficits d’approvisionnement immédiats.
Stratégie du projet Cronos
Dans ce contexte, le projet Cronos au large de Chypre représente une opportunité stratégique. Géré par Eni et TotalEnergies, le projet vise une première production de gaz d’ici 2028, avec un débit prévu d’environ 14,2 millions de mètres cubes (500 mmcf/j) par jour. Plutôt que d’investir dans des installations d’exportation autonomes et coûteuses — que Chypre n’a ni les capitaux ni le temps de construire —, le gaz sera acheminé par gazoduc vers l’Égypte. Il y sera traité dans les installations de Zohr, puis liquéfié à l’usine de Damiette en vue de son expédition vers l’Europe. Cet accord permet à Chypre d’accélérer ses flux de recettes et de minimiser les risques financiers, en contrepartie du paiement de frais de traitement et de transport.
Avantages stratégiques pour l’Égypte
Pour l’Égypte, le projet Cronos représente bien plus qu’une simple source d’approvisionnement. Le volume ne suffit pas à combler le déficit national, mais il fournit une matière première essentielle. Le projet génère également des revenus grâce aux infrastructures et contribue à maintenir les installations de Zohr et de Damiette sur le long terme.
Cronos pourrait aussi servir de modèle pour d’autres découvertes chypriotes. Le gisement d’Aphrodite suit déjà une voie similaire. L’EGAS égyptienne a signé un accord d’achat de 15 ans pour soutenir sa production, prévue pour 2030-2031.
D’autres découvertes réalisées par ExxonMobil et QatarEnergy restent encore à l’étude. Plusieurs options sont envisagées, notamment le recours à des installations flottantes de GNL ou l’exportation du gaz vers l’Égypte.
Obstacles techniques et financiers
Malgré le potentiel de ce corridor régional, plusieurs obstacles subsistent. Sur le plan technique, l’expérience de l’Égypte avec le gisement de Zohr montre les risques liés à un déclin rapide des réservoirs et à l’intrusion d’eau. Ces problèmes pourraient également affecter les projets qui dépendent de ce type d’infrastructure.
À Chypre, le projet de terminal GNL de Vasilikos reste à l’arrêt. Des enquêtes pour fraude et des litiges financiers bloquent actuellement son avancement. Cette situation illustre les difficultés que peuvent rencontrer les grands projets énergétiques nationaux.
Risques géopolitiques et perspectives régionales
Les tensions géopolitiques restent également un facteur important. La Turquie continue de contester les frontières maritimes de Chypre et ses droits sur les ressources offshore. Les sanctions actuelles pourraient toutefois ouvrir une période de calme relatif. Une nouvelle confrontation pourrait néanmoins faire augmenter les coûts liés à l’assurance et à la sécurité.
Malgré ces risques, les sanctions imposées à Cronos marquent une étape importante pour la Méditerranée orientale. Elles pourraient transformer deux faiblesses complémentaires en un partenariat énergétique durable. L’Égypte manque de gaz, tandis que Chypre dispose de ressources mais manque d’infrastructures pour les exporter.
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