Début des pourparlers de transition au Venezuela sur fond de tensions au sein de l’opposition


Principaux renseignements

  • Les négociations menées à Caracas avec le soutien des États-Unis doivent permettre de rétablir les structures démocratiques et la légitimité institutionnelle du pays.
  • L’exclusion de Maria Corina Machado des pourparlers alimente le scepticisme et les protestations généralisées de la population.
  • Les factions chavistes rejettent ce processus, qu’elles qualifient d’imposition étrangère dictée par Washington.

Les négociations sur la transition politique au Venezuela, soutenues par les États-Unis, débuteront samedi à Caracas. L’exclusion de Maria Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix et figure de proue de l’opposition, a toutefois semé le doute parmi ses partisans. Dans le même temps, les factions de gauche restent méfiantes à l’égard d’un processus. Dont elles affirment qu’il ne rassemble que des représentants approuvés par Washington.

Objectifs américains

Le ministère américain des Affaires étrangères a indiqué que ces discussions accorderaient la priorité au rétablissement des structures démocratiques, au renforcement du rôle des électeurs et à la garantie de la participation politique. Ces discussions ont lieu dans un contexte d’extrême instabilité. Le pays se remet encore de violents séismes qui ont fait plus de 5 500 victimes. Par ailleurs, le paysage politique a radicalement changé en janvier, lorsque les forces américaines ont destitué le président Nicolás Maduro. Depuis lors, Delcy Rodríguez, l’ancienne vice-présidente, dirige le gouvernement par intérim sous la supervision des États-Unis.

Tollé général

Les tensions dans les rues restent vives. Dans l’est de Caracas, des centaines de partisans de Machado se sont rassemblés pour réclamer un référendum national. Williams Davila, ancien député et prisonnier politique, a souligné que la population souhaitait des élections véritablement démocratiques et a affirmé que la présence de Machado était essentielle à ce processus. Ce sentiment trouve son origine dans les élections controversées de 2024, au cours desquelles l’opposition avait affirmé qu’Edmundo Gonzalez Urrutia était le véritable vainqueur, malgré la victoire revendiquée par Maduro.

L’exil de María Corina Machado

Bien que Machado ait indiqué qu’elle n’avait aucune objection à la poursuite des pourparlers, elle n’y participera pas et restera en exil au Panama. Certains analystes suggèrent que les États-Unis auraient bloqué son retour, malgré son geste consistant à offrir son prix Nobel au président américain Donald Trump. Trump a adopté une position favorable à l’égard du leadership de Rodríguez et considère le Venezuela comme une sphère d’influence américaine.

Le cadre des négociations

Les négociations seront menées par Dinorah Figuera, qui représente le bloc d’opposition ayant obtenu la majorité parlementaire en 2015, et Jorge Rodríguez, le frère du dirigeant par intérim. Bien que l’ordre du jour et le cadre précis de ces discussions restent secrets, l’analyste politique Pedro Benítez fait remarquer que Washington cherche à conclure des accords fondamentaux pour aider le pays à réorganiser ses institutions, en faisant valoir que le gouvernement actuel manque de légitimité en raison de fraudes électorales antérieures.

Opposition du chavisme et manifestations

D’un autre côté, les partisans de l’ancien président vénézuélien Hugo Chávez, aujourd’hui décédé, s’opposent farouchement à cette initiative menée par les États-Unis. Le député Francisco Arias a critiqué ces pourparlers, estimant qu’ils seraient dictés par le gouvernement américain, et a souligné que tout accord légitime devait être approuvé par le peuple vénézuélien. Dans l’ouest de Caracas, des manifestants ont exprimé leur colère face à l’opération du 3 janvier visant à destituer Maduro, qui a fait environ 100 morts. Certains détracteurs, comme Noel Urbina, ont remis en cause la possibilité d’un dialogue avec une opposition qui encourageait l’intervention étrangère et ont déclaré qu’ils ne soutiendraient pas Rodriguez lors des prochaines élections. D’autres, comme Carmen Montes, ont fait valoir que le dirigeant par intérim n’agissait que sous la pression extrême des États-Unis. (ev)

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