Principaux renseignements
- L’Iran cherche à monétiser le détroit d’Ormuz par le biais de redevances de transit obligatoires et d’assurances.
- Bien que la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer interdise un tel péage, celle-ci bénéficie tout de même d’un soutien limité de la part des pays voisins.
- Les États-Unis ne disposent pas d’options non militaires efficaces pour contrer la domination maritime croissante de Téhéran.
L’Iran tente de monétiser le passage des navires dans le détroit d’Ormuz, un corridor maritime crucial par lequel transite 20 pour cent du pétrole mondial. Les détracteurs affirment que ces redevances proposées relèvent essentiellement de l’extorsion, suggérant que les navires doivent payer pour éviter le type d’agressions violentes qui ont coûté la vie à des membres d’équipage plus tôt cette année.
Pour institutionnaliser ce système, l’Iran a créé l’Autorité du détroit du golfe Persique (PGSA) chargée de superviser le trafic et d’imposer une assurance aux navires en transit. Alors que l’administration Trump soutient que cette voie navigable doit rester libre de tout péage, les observateurs suggèrent qu’un glissement de pouvoir s’est produit, laissant aux États-Unis moins de stratégies pour contrer la domination iranienne.
La stabilité à long terme reste incertaine
Les tensions actuelles font suite à une période d’engagements militaires intenses au cours de laquelle les frappes américaines et israéliennes ont gravement affaibli les capacités navales et aériennes de l’Iran. En réponse, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a recouru à la guerre asymétrique — notamment à l’aide de drones, de mines et de vedettes rapides — pour bloquer le détroit et faire pression sur la communauté internationale afin qu’elle mette fin aux bombardements.
Au cours de cette phase, plus de 40 navires commerciaux neutres ont été pris pour cibles. Aujourd’hui, le régime considère l’imposition de droits de transit comme un moyen de relancer son économie en difficulté. Bien qu’une trêve fragile soit en place à la suite d’un protocole d’accord, la stabilité à long terme de la région reste incertaine.
Différence par rapport au Panama et à Suez
L’ambition stratégique de l’Iran est de revendiquer la souveraineté sur le détroit, à l’image du contrôle administratif exercé par l’Égypte et le Panama sur leurs canaux respectifs. Cependant, contrairement à ces ouvrages artificiels, le détroit d’Ormuz est une voie navigable internationale. Selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, les États côtiers ne peuvent pas suspendre le droit de passage en transit.
Si Oman a rejeté l’idée de péages, il n’a pas pour autant écarté totalement la possibilité de percevoir des redevances pour des services spécifiques liés à la navigation ou à l’environnement. Cette ambiguïté permet à Téhéran de continuer à faire pression en faveur d’un cadre juridique qui légitime son autorité sur ces eaux.
Réponse internationale
Les experts avertissent que le paysage maritime de la région a été fondamentalement bouleversé. Noam Raydan, du Washington Institute, note que l’ordre d’avant-guerre a disparu, remplacé par un système conçu par l’Iran pour s’assurer un rôle central dans la navigation régionale. L’obligation de souscrire une assurance auprès de la PGSA est considérée par beaucoup comme un racket à peine voilé, les paiements constituant essentiellement des pots-de-vin destinés à prévenir les attaques iraniennes.
Les avis divergent quant à la manière dont la communauté internationale devrait réagir. Certains suggèrent une coopération régionale impliquant des pays comme l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie pour gérer la voie navigable. D’autres émettent l’hypothèse que l’Iran pourrait mettre en place un système à plusieurs niveaux, offrant le libre passage aux pays du « Sud » tout en faisant payer les États plus riches. Cependant, les opposants à cette approche font valoir que négocier avec Téhéran ne fait qu’encourager de nouvelles exigences.
Options limitées pour les États-Unis
À l’heure actuelle, Washington ne dispose que d’un éventail restreint de choix. Les États-Unis refusant toute forme de paiement pour le transit, ils doivent soit recourir à nouveau à l’action militaire — en ciblant les lanceurs du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et en imposant des blocus navals —, soit trouver un moyen de forcer l’ouverture du détroit. Sans une opération militaire décisive ou un accord global mettant fin au contrôle iranien, la voie maritime a peu de chances de retrouver son état antérieur de circulation libre et sans restriction. (fc)
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