Principaux renseignements
- La Marine américaine met hors service ses croiseurs de classe Ticonderoga en raison du vieillissement des coques et de la flambée des coûts de maintenance.
- Les efforts de modernisation imposés ont entraîné un gaspillage de 3,7 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros) pour des navires qui n’ont plus jamais été déployés.
- Le retrait crée un déficit critique de puissance de feu antimissile dans le Pacifique.
La Marine américaine procède au retrait des croiseurs de classe Ticonderoga, les navires de surface les plus lourdement armés de l’histoire des États-Unis. Chaque navire disposait de 122 cellules de missiles et a servi de bouclier de défense aérienne principal aux groupes aéronavals pendant quatre décennies. Malgré leur importance, ces navires datant des années 1980 sont devenus d’un coût d’entretien prohibitif et sont physiquement usés.
Programme de modernisation
Le processus de retrait de ces navires a été marqué par un conflit acharné entre la Marine et le Congrès. Alors que la Marine cherchait à retirer prématurément ces croiseurs afin de donner la priorité à des navires plus récents, les législateurs sont intervenus, imposant un programme de modernisation visant à prolonger la durée de vie de la flotte.
Cette initiative s’est soldée par un désastre financier. Le Government Accountability Office (GAO) a mis en évidence un gaspillage d’environ 3,7 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros). Selon le GAO, près de 1,84 milliard de dollars (1,6 milliard d’euros) ont été dépensés pour quatre croiseurs qui ont été mis au rebut sans jamais avoir été déployés à nouveau. Certains détracteurs au Congrès sont allés jusqu’à évoquer une « conformité malveillante », alléguant que la Marine avait intentionnellement laissé les navires se détériorer afin de prouver que les efforts de modernisation étaient vains.
Système de combat Aegis
Sur le plan technologique, la classe Ticonderoga a fait figure de pionnière. Initialement conçus comme des destroyers, ces navires ont été reclassés en croiseurs en raison du système de combat révolutionnaire Aegis et du radar AN/SPY-1, qui leur permettaient de suivre et d’engager simultanément de nombreuses menaces aériennes.
Leurs vastes cellules de lancement vertical leur permettaient de tirer une gamme polyvalente d’armes, notamment des Tomahawk pour les attaques terrestres et divers missiles Standard pour la défense contre les menaces aériennes et les missiles balistiques.
Le déficit de puissance de feu
Le retrait des navires crée un déficit critique en matière de puissance de feu navale, car il n’existe aucun remplaçant direct. Les destroyers de classe Arleigh Burke Flight III, bien que modernes, possèdent nettement moins de cellules de missiles – environ 90 à 96 contre 122 pour les Ticonderoga.
Les tentatives précédentes visant à développer un successeur dédié, comme le programme CG(X), ont été annulées. La prochaine génération de grands navires de combat, les DDG(X), ne devrait pas entrer en service avant les années 2030.
Pacifique
Cette perte de capacité est particulièrement alarmante compte tenu du climat géopolitique actuel dans le Pacifique. La Marine perd plus d’un millier de cellules de lancement sur ses croiseurs, à quoi s’ajoute la perte de plus de 600 cellules liée au retrait des sous-marins lance-missiles de classe Ohio.
Cette réduction combinée représente la baisse la plus importante de la capacité de frappe depuis la Guerre froide.
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