Principaux renseignements
- En octobre, la Russie a mené avec succès un essai du missile Burevestnik, propulsé à l’énergie nucléaire.
- Les chercheurs soulignent qu’un tel système est certes pratique en théorie, mais qu’il reste très dangereux en raison des gaz d’échappement radioactifs.
- Son coût élevé et sa faible valeur stratégique font de cette arme un échec sur le plan pratique.
Le lancement d’un missile depuis une île russe située au-delà du cercle polaire arctique en octobre dernier a révélé l’existence d’une arme connue sous le nom de « Burevestnik », ou « Skyfall » selon l’OTAN. Cette missile, qui a effectué des loopings pendant plusieurs heures, est propulsé par un réacteur nucléaire miniature.
Coûteux et dangereux
De nouvelles recherches menées par deux chercheurs du MIT – via NPR – suggèrent que cet événement pourrait constituer le premier vol réussi d’une missile à propulsion nucléaire, marquant ainsi une escalade périlleuse dans la course aux armements moderne.
Jake Hecla et R. Scott Kemp, les chercheurs à l’origine de cette analyse, affirment que ce système est à la fois d’un coût exorbitant et dangereux. Leurs simulations indiquent que le réacteur émet probablement des radiations pendant le vol, ce qui représente un risque sanitaire grave pour toute personne se trouvant à proximité du site d’essai.
Aviation nucléaire
Le concept de l’aviation nucléaire remonte aux années 1950, lorsque les États-Unis et l’Union soviétique ont exploré la possibilité d’autonomies de vol quasi infinies. De telles capacités permettraient aux bombardiers de survoler indéfiniment leurs cibles ou de s’en approcher depuis des directions inattendues.
Alors que les États-Unis ont mené des essais de réacteur sur un bombardier B-36 puis développé le missile de croisière supersonique « Project Pluto », les risques pour la sécurité ont finalement mis un terme à ces programmes.
Remise en question du discours sur la vitesse supersonique
Contrairement aux hypothèses initiales selon lesquelles le Burevestnik serait le successeur de la technologie de statoréacteur du « Project Pluto », Hecla estime que ce missile est un système subsonique. Les statoréacteurs nécessitent des vitesses supersoniques pour fonctionner, mais des preuves visuelles et des modélisations aérodynamiques suggèrent que le Burevestnik vole à environ 925 kilomètres par heure, une vitesse comparable à celle d’un avion de ligne.
Pour déterminer le mode de propulsion, Hecla a utilisé des images diffusées par les médias russes afin de construire un modèle 3D du missile en le comparant à des objets connus présents dans une usine. Cela l’a conduit à conclure que l’arme utilise probablement un système de propulsion nucléaire aérobie à « cycle direct ». Dans cette conception, l’air atmosphérique est acheminé directement à travers le cœur du réacteur, où il est chauffé puis expulsé pour créer une poussée. Cela diffère des réacteurs nucléaires standard, qui utilisent des circuits fermés et des fluides de refroidissement pour contenir les radiations.
Gaz d’échappement radioactifs
Cette approche à cycle direct est très problématique, car l’air lui-même devient radioactif lorsqu’il traverse le cœur du réacteur. Hecla note que les gaz d’échappement contiendraient probablement des isotopes radioactifs de carbone, de krypton et d’argon. De plus, l’air chauffé à haute pression pourrait éroder les composants internes du moteur, libérant potentiellement encore plus de matières radioactives pendant le vol.
Jeffrey Lewis, expert en systèmes de missiles au Middlebury College, décrit cette arme comme une catastrophe environnementale et un cauchemar logistique pour le personnel chargé de la manipuler. Ce danger a été mis en évidence par un accident survenu en 2019 au large des côtes russes, qui a coûté la vie à plusieurs personnes et provoqué un pic de radioactivité, probablement lors d’une opération ratée de récupération d’un prototype du Burevestnik.
Peu d’utilité pratique
Malgré la prouesse technique, les détracteurs affirment que cette arme est pratiquement inutile. Hecla souligne qu’elle n’est pas plus difficile à intercepter qu’un missile de croisière standard. De plus, le réacteur lui-même étant radioactif, l’arme n’est viable qu’avec une ogive nucléaire ; l’utilisation d’explosifs conventionnels constituerait un usage inefficace d’un vecteur aussi dangereux.
Les motivations qui poussent la Russie à développer cette technologie restent floues. Hecla suggère qu’il pourrait s’agir du résultat d’un lobbying politique interne au sein de l’industrie nucléaire ou d’une étape intermédiaire vers la création de systèmes spatiaux à propulsion nucléaire ou de drones de surveillance. Bien que le projet puisse être considéré comme un échec stratégique, l’étude du MIT prouve qu’une machine aussi dangereuse est techniquement réalisable. (fc)
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