Des experts réagissent à la déclaration de Peter Mertens (PVDA) concernant les emplois dans le secteur public et l’industrie de l’armement

Dans son nouveau livre « Les derniers jours de l’ancienne normalité », Peter Mertens (PTB) fait des déclarations qui font sensation. Il estime notamment que les liens entre l’industrie de l’armement et les pouvoirs publics sont trop étroits, ce qui mettrait la démocratie en danger. La VRT s’est entretenue avec Fabienne Bossuyt et Tim Haesebrouck, professeurs de politique internationale.

Depuis l’invasion russe en Ukraine en 2022, l’Europe est contrainte d’investir davantage dans la sécurité et la défense. Sous la pression du président américain Donald Trump, les pays européens membres de l’OTAN s’efforcent d’atteindre la norme des 2 pour cent. La Belgique se situe actuellement à ce niveau, selon la VRT. Les dirigeants européens ont toutefois décidé de porter cet objectif à 5 pour cent d’ici 2035. Cela impliquera probablement encore plus d’investissements dans la défense, mais certains partis politiques, comme le PVDA, s’y opposent fermement.

Influence limitée de l’industrie de l’armement

L’une des thèses avancées par Mertens concerne l’imbrication entre les grandes entreprises militaires et l’État, qu’il juge néfaste pour la démocratie. Fabienne Bossuyt, professeure de politique européenne et internationale à l’UGent, estime qu’il y a une part de vérité dans cette affirmation. « C’est d’ailleurs prouvé scientifiquement. Mais le fait que nous vivions dans une démocratie limite également le pouvoir de ces entreprises. Même si nous devons rester vigilants : il suffit de regarder les États-Unis, où cette imbrication existe bel et bien. »

Tim Haesebrouck, professeur de politique internationale à l’université de Gand et expert en matière de défense, rétorque que nos responsables politiques ne subissent pas la pression de l’industrie de l’armement. « On pourrait inverser le raisonnement et affirmer que nous n’aurions pas autant négligé nos dépenses de défense si tel avait été le cas.

Le fait que l’Allemagne se militarise actuellement, comme l’affirme Peter Mertens, est confirmé par Bossuyt : « En raison de l’invasion russe en Ukraine, nous sommes effectivement dans une phase d’accélération. » « Le lobbying des entreprises allemandes reste encore relativement limité », nuance Tim Haesebrouck.

Différence floue entre armes offensives et défensives

Mertens affirme également que l’Occident achète non seulement du matériel défensif, mais aussi offensif, comme des missiles de croisière, des frégates et des F-35. Selon Bossuyt, ces systèmes d’armes ne servent pas uniquement à des fins offensives. Selon Mertens, l’Europe ne doit pas copier ce que font les États-Unis et « ne pas constituer une armée qui intervient au Sahel pour l’uranium ou au Congo pour le cobalt ». « Si tel était le cas, l’Union européenne violerait ses propres principes. C’est moralement indéfendable », affirme Bossuyt.

La distinction entre offensif et défensif est apparemment difficile à établir. Les F-35, par exemple, servent à la police du ciel, pour sécuriser notre espace aérien ou celui de nos alliés. L’armée peut bien sûr aussi les utiliser pour des actions offensives, même si ce n’est pas leur objectif premier. « Cette affirmation témoigne surtout d’un manque de connaissances en matière de défense », estime Haesebrouck.

Capacités militaires de l’Europe et de la Russie

« Nous disposons déjà de quatre fois plus de porte-avions, trois fois plus d’artillerie et deux fois plus de chars que la Russie », affirme Mertens. Haesebrouck n’est pas convaincu non plus. Le « nous » dans l’affirmation de Mertens est vague. Si l’on additionne l’Europe et les États-Unis, c’est vrai. Mais la question de savoir si l’Europe peut encore compter sur les États-Unis pour sa défense reste difficile. Selon Haesebrouck, le seul domaine dans lequel l’Europe occidentale excelle est celui des avions de combat de pointe. Les moyens militaires dont dispose la Russie sont difficiles à évaluer.

Bossuyt est également sceptique quant à cette affirmation de Mertens. Elle fait ainsi référence à la difficulté d’évaluer le matériel militaire. « Comment évalue-t-on cela, au juste ? Mertens s’exprime à partir de son idéologie. La Chine a également investi massivement dans la défense, mais il n’en dit rien », affirme Bossuyt.

Rechercher la paix

Mertens affirme également qu’« un certain nombre de forces en Europe souhaitent que la guerre en Ukraine se poursuive ». « De quelles forces s’agit-il donc ? », s’interroge Mme Bossuyt. Elle précise qu’elle est elle aussi favorable à des négociations, mais doute que celles-ci puissent aboutir à l’heure actuelle. La Russie souhaite elle-même que cette guerre se poursuive. L’Ukraine, quant à elle, veut des garanties de sécurité et ne souhaite céder aucun territoire.

Haesebrouck soulève ici aussi des questions. « Quel type de paix est réellement acceptable ? » Selon lui, celle-ci doit en tout cas garantir la souveraineté de l’Ukraine. Ce n’est d’ailleurs pas que l’Europe ne veuille pas la paix. Des pays comme les États baltes ou la Pologne restent toutefois sceptiques quant aux intentions de la Russie.

Économies au profit de la défense

Enfin, Mertens affirme que le gouvernement fait des économies au profit des dépenses militaires. Bossuyt admet que c’est une observation juste et que cela pose problème pour notre pays. « Nous n’avons toutefois pas vraiment le choix, car nous sommes membres de l’OTAN. On ne peut pas prétendre investir moins dans la défense tout en profitant des autres pays qui investissent davantage. » Selon elle, réduire nos dépenses de défense n’est pas une option.

Selon Haesebrouck, il est un peu simpliste de considérer les investissements dans la défense comme la cause des économies réalisées dans la sécurité sociale. « Il y a aussi le contexte budgétaire général. Tous les problèmes de la Belgique ne sont pas dus aux dépenses de défense. » Il précise que la Belgique est confrontée à une dette publique élevée et à une fiscalité élevée. De ce fait, les pouvoirs publics en viennent rapidement à des mesures d’économie. « Même s’il n’est pas nécessaire de faire des économies sur la sécurité sociale. On pourrait par exemple le faire sur les subventions pour les voitures de société », propose-t-il.

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