L’élargissement de l’Europe se heurte à une résistance face aux inquiétudes liées au populisme et à la géopolitique


Principaux renseignements

  • De nombreux États membres de l’Union européenne s’opposent à l’élargissement par crainte d’un retour de bâton politique et en raison d’expériences passées.
  • Les inquiétudes concernant la main-d’œuvre bon marché, qui risquerait de remplacer les emplois et d’alimenter le sentiment anti-immigrés, entravent les discussions sur l’élargissement.
  • L’opposition de la Hongrie à l’adhésion accélérée de l’Ukraine amplifie les craintes des membres de l’UE quant à l’admission de pays susceptibles de perturber le bloc.

La perspective d’un élargissement de l’Union européenne se heurte à une forte résistance de la part de plusieurs États membres, motivée par des craintes de réactions politiques négatives et par des expériences passées, ont déclaré neuf diplomates interrogés par Politico. Alors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, plaide en faveur d’une UE élargie, incluant l’Ukraine, de nombreuses capitales hésitent à s’engager dans des discussions sur l’élargissement.

Inquiétudes face à la rhétorique populiste

L’une des principales craintes découle de la résurgence potentielle d’une rhétorique populiste rappelant le débat sur le « plombier polonais » qui a précédé l’adhésion de la Pologne en 2004. Les gouvernements craignent d’être accusés de permettre à une main-d’œuvre bon marché de supplanter les emplois nationaux et d’attiser les sentiments anti-immigrés.

La France, qui est légalement tenue d’organiser un référendum pour tout nouvel adhésion, est particulièrement exposée, car l’intégration de l’Ukraine pourrait renforcer la campagne du leader populiste Jordan Bardella lors de la prochaine élection présidentielle. D’autres pays, comme l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie, insistent sur le respect du processus d’adhésion rigoureux et « fondé sur le mérite » de l’UE, s’opposant à toute exception géopolitique.

Position de la Hongrie sur l’Ukraine

Le récent changement de direction en Hongrie a anéanti les espoirs de voir Budapest assouplir sa position sur l’adhésion de l’Ukraine. Péter Magyar, le successeur de Viktor Orbán, semble déterminé à maintenir la position du gouvernement précédent. Il s’oppose à une adhésion accélérée de Kiev.

Par ailleurs, l’expérience avec la Hongrie alimente les inquiétudes des membres de l’Union européenne. Le pays est accusé de porter atteinte à la démocratie et de s’aligner sur la Russie. Cela renforce les craintes liées à l’adhésion de nouveaux États susceptibles de perturber le consensus au sein du bloc. En réponse, la Commission européenne cherche à réduire ce risque. Elle propose notamment de limiter les droits de veto des nouveaux membres durant leurs premières années d’adhésion.

Appels à la réforme

Ursula von der Leyen reconnaît la réticence des principales capitales européennes. Elle plaide en faveur de la suppression de la règle de l’unanimité. Cette règle permet actuellement à un seul pays de bloquer les perspectives d’adhésion. Cependant, même le Monténégro, pourtant proche de remplir ses critères d’adhésion, fait face à des retards. Ces retards sont dus aux hésitations des pays de l’Union européenne. Ils concernent notamment la prochaine étape, à savoir la rédaction du traité d’adhésion.

Par ailleurs, la situation est particulièrement difficile pour l’Ukraine. Elle considère l’adhésion à l’UE comme une protection essentielle contre une future agression russe. De plus, les partisans les plus engagés visent une conclusion des négociations d’ici fin 2024. Toutefois, obtenir l’accord des principaux États membres reste un obstacle majeur.

(jw)(fc)

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